2e Dimanche du Temps Ordinaire B

 Eli et Samuel, Jean et André

 La liturgie de la Parole de ce dimanche

nous offre quatre scènes à contempler,

quatre rencontres, quatre passages de témoins ;

Éli et Samuel, Jean-Baptiste et André,

André et Simon, Paul et Stéphanas.

Relisons-les l’une après l’autre.


Éli n’est pas un saint.

C’est un prêtre influençable, mou, 

privé de détermination intérieure,

mais, lorsque pour la troisième fois le jeune Samuel

vient à lui comme si Éli l’avait appelé,

Éli comprend qu’il s’agit de Dieu.

Il aide Samuel à entrer dans l’expérience de Dieu.

Car « Samuel vivait auprès du temple,

mais il ne connaissait pas encore le Seigneur.

La Parole du Seigneur ne s’était pas encore révélée à lui » (1 S 3,7).

Le vieil Éli aide ce jeune à entrer en relation avec Dieu,

à entrer en amitié avec Dieu,

à entendre sa Parole.

Quelle bénédiction Éli a été pour Samuel !


Est-ce qu’il y a eu des « Éli » dans votre vie

qui vous ont ouvert à la rencontre de Dieu ?


*


La deuxième scène est celle de l’Évangile :

Jean et ses deux disciples.

Que fait Jean ? 

Il désigne Jésus.

Jean ne cherche pas à convaincre André et son compagnon.

Il montre Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1,36).

La parole de Jean et la vie de Jean indiquent un autre,

renvoient à un autre, humblement mais très clairement.


L’attente qu’André portait en lui trouve, grâce à Jean, 

une réponse qui est un visage, 

celui de Jésus, Maître et Seigneur.


Jean a été une bénédiction extraordinaire pour André :

en peu de mots, mais avec la vérité d’une vie qui s’efface

pour que paraisse Jésus.


Est-ce qu’il y a eu des Jean-Baptiste dans votre histoire

qui vous ont montré Jésus et ont su se retirer ?


*


La troisième scène est la suite de ce même Évangile.

André est allé avec Jésus.

Il a vu et il est resté auprès de Lui.

Et comme spontanément, 

il s’en va trouver son frère Simon et lui dit :

« Nous avons trouvé le messie » (Jn 1,41)

et il amène Simon à Jésus,

simplement, par sa joie, par son enthousiasme.


Quelle bénédiction là aussi, André a été pour Simon !

Simon a été amené à Jésus 

et a fait immédiatement l’expérience du regard de Jésus.

Et jamais Simon n’avait été regardé comme cela ;

regardé et transformé par Jésus.

« Désormais tu seras Pierre » (1,42).

Avec moi, ta vie devient solide.


Est-ce qu’il y a eu des André sur votre route

qui vous ont amené à Jésus ?


*


La quatrième scène, c’est la deuxième lecture de ce dimanche.

Paul qui écrit aux Corinthiens.

Paul qui écrit à des hommes et à des femmes 

qui ont déjà reçu l’Évangile,

qui ont fait l’expérience de Jésus.

Des femmes, des hommes comme Stéphanas par exemple,

un chrétien bien connu à Corinthe 

que Paul lui-même a baptisé.

Que leur dit Paul ?

Paul les questionne : « Ne le savez-vous pas… ? » (1 Co 6, 15)


Est-ce que vous savez que « votre corps est pour le Seigneur 

et le Seigneur pour votre corps » (v. 13) ?

Est-ce que vous savez que « vos corps 

sont les membres du Christ » (v. 15) ?

Est-ce que vous savez que « votre corps 

est le temple de l’Esprit Saint » (v. 19) ?

Est-ce que vous savez 

que Dieu nous ressuscitera pas sa puissance ?


Paul aide Stéphanas à prendre conscience

des merveilles de la foi, des merveilles de son baptême,

des merveilles du don de Dieu.

Ta vie et ton corps lui-même 

ont infiniment plus de dignité que tu ne le penses !

Quelle bénédiction pour Stéphanas !

Quelqu’un lui révèle 

toute une profondeur de la foi qu’il ignorait.


Y a-t-il eu des « Paul » dans votre vie 

qui vous ont révélé 

votre dignité extraordinaire d’enfants de Dieu ?


*


Éli, un pauvre homme, mais un instrument de Dieu.

Jean-Baptiste, un grand ami de Dieu qui sait s’effacer.

André, un jeune témoin de Jésus par son enthousiasme.

Paul, un terroriste converti 

qui est devenu le serviteur du Mystère du Christ.


Grâce à eux, Samuel est entré dans l’expérience de Dieu.

André a fait la rencontre de Jésus.

Pierre a été transformé par Jésus.

Stéphanas a découvert les merveilles de son baptême.


On nous parle beaucoup d’hommes aujourd'hui, 

mais le Nouveau Testament est rempli de femmes 

qui ont été témoins et même les premiers témoins du Christ.

Il suffit de penser à la femme de Samarie ou à Marie-Madeleine !


Frères et sœurs, est-ce que Dieu aime ces passages de la grâce

où un homme ou une femme est l’instrument

pour un autre de la rencontre de Dieu ?

Oui… Oh oui…

Le Seigneur aime que la vérité de son amour 

circule entre nous les humains,

que nous nous enfantions les uns les autres 

à la vie de Dieu, à l’amitié avec Dieu.

Quelle magnifique charité que d’accompagner

un homme ou une femme dans la rencontre de Dieu ! 

N’est-ce pas ?


Et ce n’est pas réservé aux saints :

Éli ne l’était pas, la femme de Samarie ne l’était pas.

Ce n’est pas réservé aux anciens.

Le jeune ouvrier de la pêche, André, ne l’était pas.

Ce n’est pas réservé aux prêtres.

Jean-Baptiste ne l’était pas.

Combien Dieu aime ce tissage de la grâce

où l’un de nous conduit un autre à Dieu !


Cela porte un nom… cela s’appelle l’Église.

L’Église, c’est Éli qui conduit Samuel à Dieu ;

Jean qui montre Jésus à André ;

André qui témoigne auprès de Pierre ;

Paul qui révèle le mystère aux chrétiens de Corinthe ;

la Samaritaine qui porte l’Évangile dans sa ville

et Madeleine qui témoigne auprès des apôtres.


L’Église, c’est aussi Samuel qui se laisse enseigner ;

André qui écoute Jean ;

Pierre qui se laisse bousculer 

et ainsi de suite.


L’unité de l’Église pour laquelle 

nous prions spécialement cette semaine,

ce n’est pas que tous pensent de la même façon.

Ce n’est pas que tous deviennent catholiques de rite latin.

Cela, ce n’est pas l’unité de l’Église, 

mais le ratatissement de l’Église

dont le Seigneur a la bonté de nous préserver.


L’unité, c’est cette circulation de la vie divine

où moi, catholique de rite latin, 

je voudrais me laisser enseigner

par Bassan, mon ami syriaque orthodoxe.

L’unité, c’est le Pape François

qui demande à des chrétiens évangéliques de le bénir.

L’unité, c’est nos frères maronites

qui nous ont demandé de venir les aider à prier pendant l’Avent.

L’unité, c’est nous tous qui, cette semaine,

demandons à un prêtre maronite,

un pasteur évangélique,

un pasteur presbytérien

et un prêtre orthodoxe, de nous aider à cheminer vers Dieu.


L’autre, celui qui est différent,

est celui par qui je peux découvrir davantage la vraie vie en Dieu.


Le but ce n’est pas d’être semblables,

c’est de nous laisser tisser dans ces liens d’amour,

de nous laisser prendre dans le filet de l’Amour de Dieu.


Il s’agit d’une unité vivante, organique

où nous ne sommes plus dominés par la peur de l’autre.

Au lieu de tuer Abel, nous allons l’écouter 

et par Abel, nous allons découvrir une vie en Dieu,

une amitié avec Dieu que nous ne connaissions pas.


Frères et sœurs, cette unité vivante et organique,

elle a aujourd'hui un caractère d’urgence.

Aujourd’hui s’affrontent, je le répète, deux violences extrêmes.

La violence de ceux qui ont peur de perdre Dieu

et deviennent terroristes.

Et cela va jusqu’à des violences innommables 

où Dieu est défiguré à l’extrême.

Et la violence des tenants du « nouvel ordre moral » occidental

où l’homme prend la place de Dieu 

comme mesure de toutes choses.

Et cela va jusqu’à ridiculiser le pardon.

Deux violences qui s’affrontent et se vengent aveuglément.


La seule issue est dans le Christ,

qui prend sur Lui l’une et l’autre violence

qui accueille avec tendresse l’un et l’autre fils

qui tous deux ignorent le visage du Père.

La seule issue, c’est la Croix glorieuse de Jésus.

La seule issue est l’Agneau de Dieu 

qui enlève le péché du monde.


Un jour des multitudes s’agenouilleront devant l’Agneau.

Tous aspireront à vivre de l’humilité du Christ.

Tous prendront les vrais chrétiens par la manche

et leur demanderont : 

conduis-nous vers la douceur et l’humilité du Christ.


Mais la condition pour cela,

c’est que nous vivions de cette douceur et de cette humilité.


Ce sont nos querelles, nos arrogances, nos rivalités

qui font obstacle au salut du monde.

La prière pour l’unité commence par l’unité ici…

dans nos cœurs, dans nos communautés, dans notre diocèse.



Seigneur, donne-nous l’humilité de Samuel,

d’André, de Simon, de Stéphanas

que nous sachions Te recevoir à travers l’autre,

à travers celui ou celle qui est assis près de nous ce matin.

Méditer la Parole

18 janvier 2015

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

1 Samuel 3,3.10-19

Psaume 39

1 Corinthiens 6,15.17-20

Jean 1,35-42