5e Dimanche du Temps Ordinaire B 

 C'est pour cela que je suis sorti

 «C’est pour cela que je suis sorti»,

dit Jésus à ses disciples qui le cherchent de bon matin 

aux alentours de Capharnaüm.

Ils ne seront pas déçus de l’avoir cherché.

Au contraire, Jésus devance leur attente.

S’il est sorti, ce n’est pas pour s’enfermer 

dans la solitude mais pour aller à la rencontre 

de l’autre, de l’homme, du frère.

Jésus est sorti tel le semeur sorti 

pour jeter en terre sa semence, 

c’est-à-dire sa Parole qui libère, 

qui relève, qui guérit.

Jésus est sorti pour donner la vie, 

et la vie en surabondance.

Sortir, c’est sa mission.

Il vient habiter notre temps et notre espace.

Il en épouse toutes les formes et tous les contrastes.

Il va d’un lieu à un autre, 

il est à la synagogue, à la maison de Pierre, 

à la porte de la ville.

On le retrouve dans un lieu désert, 

et de là, il s’en va vers les bourgs voisins 

et puis dans toute la Galilée …

Espace religieux, espace privé et espace public, 

espace profane, rien ne lui est étranger.

Il est auprès des intimes 

comme il est auprès de tous les malades.

Toute la ville est là, nous dit même l’évangéliste.

On se déplace beaucoup dans cet évangile.

On va à Jésus, on le cherche,

on le trouve et Jésus va de bourg en bourg.

Il se fait toujours plus proche 

de ceux qui sont toujours plus loin.

Il doit occuper tout l’espace de notre monde 

et de notre vie.

Il proclame le Royaume et fait taire 

l’esprit mauvais pour qui il n’y a plus de place.

Il s’arrête également et il a tout son temps 

quand il est avec nous.

Le temps d’être servi par la belle-mère de Simon, 

comme il a pris le temps de s’approcher d’elle, 

de la toucher et de la guérir.

Il se retire aussi.

Il se retrouve seul pour prier.

Bruit et silence, la foule et le désert, 

nuit et jour, urgence et patience, 

partage et solitude, épreuve et réjouissance.

La vie, en fait.

La vie dans toutes ses dimensions et dans ses contrastes.

Toute la vie dans une toute petite page d’Évangile.

Cette vie, c’est bien celle de Jésus 

parce que cette vie, c’est bien la nôtre.

Cette vie, Jésus l’emplit de sa  présence 

sans restriction aucune.

Il habite tel et tel moment, telle et telle situation 

comme le Sauveur, le Vivant, le Maître, 

l’Ami, le Frère aîné, l’Hôte de nos vies, 

le Mendiant qui frappe à la porte.

Pas de moment dont il ne puisse faire 

chaque fois le lieu de sa rencontre.

«C’est pour cela que je suis sorti», dit Jésus.

Une mission qui engage tout son être.


Mais si Jésus est sorti, d’où vient-il donc ?

Jésus vient de loin, de très loin.

Plus loin que de Capharnaüm, 

plus loin que de Nazareth ou de Béthléem.

Il vient d’ailleurs.

Il vient d’en haut. Il vient de Dieu.

Il est «celui qui est dès le commencement» (1 Jn 2,13).

«Au commencement était le Verbe, 

et le Verbe était auprès de Dieu, 

et le Verbe était Dieu» (Jn 1,1).

Et c’est ce Verbe, ce Fils éternel, qui, 

à un moment donné du temps est «sorti», 

a pris notre nature humaine 

et a reçu le nom béni de Jésus.

En nous disant qu’il est «sorti», 

Jésus nous révèle son identité.

Jésus n’est pas un homme qui serait devenu Dieu.

Jésus est Dieu lui-même, Dieu en personne, 

la deuxième personne de la Sainte Trinité 

qui communique son existence à une nature humaine.

Entendre «c’est pour cela que je suis sorti» 

est une invitation à accueillir Jésus dans la foi, 

à reconnaître son origine éternelle :

«Ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, 

dira Jésus dans son ultime prière au Père, 

et ils ont vu que tu m’as envoyé» (Jn 17,8).

Cette sortie n’est pas pour autant éloignement.

Pour nous, quand nous passons d’un point A 

à un point B, nous cessons d’exister en A 

pour commencer à exister en B.

Mais pour le Fils de Dieu, rien de tel.

En venant du ciel pour s’incarner sur la terre, 

le Fils ne quitte pas pour autant le sein du Père.

De sorte qu’il est à la fois 

pleinement présent aux hommes 

et pleinement présent au Père.

«C’est pour cela que je suis sorti», dit Jésus.

Son identité se dit en son être profond 

qui est comme aimanté vers le Père, 

tourné vers le sein du Père.

«Le Père et moi, nous sommes un.»


Si cette sortie de Jésus nous renvoie à ses origines, 

elle nous projette aussi vers un terme.

«Le matin, bien avant le jour, 

il se leva et sortit», dit saint Marc (Mc 1,35)

Bien sûr, il s’agit de l’échappée matinale de Capharnaüm, 

mais elle annonce et prophétise un «lever» et une «sortie» 

autrement plus importante : la Résurrection.

Au matin de Pâques, comme de grand matin à Capharnaüm, 

tout le monde cherchera Jésus 

car l’Enseveli n’est plus dans le tombeau.

À Jérusalem comme à Capharnaüm, 

les disciples veulent le saisir, le ramener en arrière 

mais il leur échappe.

«Ne me retiens pas», dit-il à Marie de Magdala (Jn 20,17).

«Allons ailleurs» (Mc 2,38).

«Allez donc, de toutes les nations faites des disciples» (Mt 28,19).

Si Jésus est sorti, ce n’est pas pour se laisser enfermer 

dans des projets étroits, à taille humaine.

Jésus sort pour entraîner toute l’humanité 

avec lui sur un chemin de conversion.

Le disciple doit convertir son regard sur Jésus.

Il n’est pas un simple guérisseur.

Il est l’Envoyé du Père venu nous tirer des ténèbres 

de ce monde pour nous faire passer avec lui 

vers la lumière véritable.

Nous avons à sortir avec lui 

de ce monde qui court à sa ruine 

pour faire lever un monde nouveau 

de justice et de paix, de joie et d’amour.

Suivre le Christ, c’est se situer d’emblée 

dans la perspective du dernier jour de notre vie.

Ce jour-là, nous sortirons avec la lampe de la foi allumée 

pour aller à la rencontre de l’Époux.

Nous ne mourrons pas, 

nous entrerons dans la vie, comme dit sainte Thérèse.

Sortir avec Jésus, c’est accueillir notre nouvelle identité, 

celle de fils et filles bien-aimés du Père.


Frères et sœurs, nous venons d’entendre en ce matin 

quelques versets du premier chapitre de l’Évangile 

selon saint Marc. 

L’Évangile ne fait que commencer 

et pourtant tout semble déjà dit, annoncé.

À nous de nous mettre en route 

en annonçant, comme l’Apôtre Paul, 

l’Évangile par toute notre vie.

Soyons cette «Église en sortie», 

comme nous y appelle le pape François.

Le Christ est sorti.

Allons à sa rencontre !

 

Inspiré  de fr. Jean-Marc Gayraud o.p., Rangueil, 9 février 2003

et de fr Serge-Thomas Bonino o.p., Rangueil, 5 février 2012

Méditer la Parole

8 février 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Job 7,1-7

Psaume 146

1 Corinthiens 9,16-23

Marc 1,29-39