Mercredi des Cendres

 Tétanisés par la spirale de la violence ? Non !

 Une vidéo innommable…

Vous l’avez peut-être vue.

On y voit 21 chrétiens coptes revêtus de combinaison orange

accompagnés par des djihadistes revêtus de noir, le visage caché.

Ils marchent au bord de la mer Méditerranée

dans une mise en scène d’une élégance proprement diabolique

qui se termine par la décapitation de ces 21 chrétiens.

Innommable…


Mais il faut aussi regarder une autre scène

qui se situe aussi au bord de la mer.

Et je vis comme une mer de cristal mêlée de feu

et ceux qui ont triomphé de la Bête, 

de son image et du chiffre de son nom,

debout, près de cette mer de cristal.

S’accompagnant sur les harpes de Dieu,

ils chantent le Cantique de Moïse, le serviteur de Dieu,

et le Cantique de l’Agneau :

« Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, 

Seigneur, Dieu Maître-de-tout,

justes et droites sont tes voies, ô Roi des nations.

Qui ne te craindrait Seigneur, et ne glorifierait ton Nom ?

Car seul Tu es saint.

Et tous les païens viendront se prosterner devant Toi

parce que Tu as fait éclater tes vengeances » (Ap 15, 2-4).

Tu as fait éclater la victoire de ta miséricorde,

ton Règne d’amour et de justice…


C’est l’autre côté de la médaille.


D’un côté, il y a la mort des martyrs de Lybie

dans un bain de sang, dans un bain d’horreur,

de voyeurisme, de terrorisme diaboliquement calculé.


De l’autre, il y a la victoire des martyrs de Lybie

qui, la vidéo le montre, 

sont morts en gémissant « Jésus, aide-nous ».

Fidèles au Christ jusqu’à la mort…

Et Jésus leur est fidèle jusque dans la mort :

la victoire pascale de Jésus transforme l’horreur

en un couronnement éternel.

Et nul doute qu’aujourd'hui les martyrs de Lybie

prient pour les terroristes :

« Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).


Le mystère pascal est l’horizon de lumière de toute l’humanité :

« et tous les païens viendront se prosterner devant Toi » (Ap 15,4).

C’est la seule lumière qu’aucune violence ne peut éteindre.

C’est l’amour qui entre dans la haine

et en brise les forces diaboliques,

ouvrant un chemin de vie,

un chemin vers le Père.

Le mystère pascal, c’est une porte désormais débarrée

entre l’homme et Dieu, entre la terre et le Ciel.


*


Qu’est-ce que le Carême ?

Ce sont quarante jours pour élargir nos cœurs

pour que le mystère pascal remplisse davantage nos vies

et que nous en devenions davantage les témoins

dans un monde qui en a tant besoin.


Quarante jours pour sortir de l’indifférence vis-à-vis de Dieu

et de l’indifférence vis-à-vis des autres

dans lesquelles nous ne cessons de retomber.

Le monde, nous dit le Pape François,

cherche continuellement à fermer les portes 

entre les humains et Dieu,

entre la terre et le Ciel.

L’Église est la main qui tient cette porte ouverte

pour que nous ne soyons pas privés du salut de Dieu.


Le terrorisme religieux ferme la porte, 

enferme les humains dans la violence.

Le nouvel ordre moral occidental ferme la porte, 

enferme les humains dans une culture de mort.

Et mon cœur, et le tien, ferment si souvent cette porte,

nous refermant sur nous-mêmes, 

sur nos convoitises et nos peines.

Quarante jours pour apprendre ou réapprendre

à quitter toute indifférence, 

tout enfermement sur nous-mêmes.

C’est ce que le Pape François nous invite à vivre 

en ce « temps de grâce ».


Comment cheminer alors ?

Tout d’abord en vérifiant la santé de nos communautés.

Ta famille, ta fraternité, ta communauté est-elle en santé ?


Une communauté est en santé à deux conditions.

La première, c’est que nous soyons des hommes et des femmes

qui se laissent revêtir de la bonté et de la miséricorde de Dieu.

Est-ce que nous laissons Jésus nous laver les pieds ?


La deuxième est que nous devenions ce que nous sommes : 

le corps du Christ.

Cela veut dire que si un membre souffre, tous souffrent ;

si un membre est dans la joie, tous vivent de cette joie.

Cela veut dire aussi que la grâce reçue par un membre

n’est jamais reçue et gardée pour soi

et que jamais Lazare n’est laissé seul

à croupir devant notre porte fermée.

Est-ce que notre communauté est en santé ?


Si elle est en santé, notre communauté, 

c’est-à-dire nous tous,

nous allons vivre une double ouverture,

un double élargissement.


D’une part, nous allons nous associer 

à la prière des saints du Ciel.

Tant que la victoire de la miséricorde 

n’a pas pénétré le monde entier,

les saints travaillent.

L’Église triomphante n’est pas une Église qui se désintéresse

des souffrances du monde… au contraire.

Pour nous qui sommes à Montréal,

qui sont les saints avec qui nous allons travailler à la transformation de notre ville ?

Marguerite Bourgeoys, Jeanne Le Ber, 

Frère André… certainement.

Je vous invite à me donner le nom d’autres saintes 

et saints canonisés ou non qui aujourd'hui 

prient avec nous pour Montréal.


L’autre élargissement, est la sortie de notre petit univers

de chrétiens apeurés pour contrer l’injustice immense 

qu’est l’ignorance du salut en Jésus.

Je vous cite le Pape et je vous propose ces quelques lignes

comme orientation pour notre sortie sur le Parvis :

Notre mission est le « témoignage patient », persévérant,

de « celui qui veut porter au Père 

toute la réalité et toute personne humaine ».

La mission c’est l’amour qui ne peut pas se taire…

c’est ce que l’amour ne peut pas garder pour soi.

L’Église suit Jésus ;

Elle suit Jésus-Christ sur la route 

qui conduit à toute personne humaine

jusqu’aux extrémités de la Terre (cf. Ac 1,8).

Ainsi, nous apprenons à reconnaître « dans notre prochain,

le frère et la sœur pour qui le Christ est mort et ressuscité. »

« Ce que nous avons reçu,

nous l’avons reçu pour eux ».

« Et de la même façon, ce que ces frères et sœurs possèdent

est un don pour l’Église et pour l’humanité entière »

(message du pape François pour le Carême) .


Voilà notre mission !

Nous sommes appelés à être une île de miséricorde

au beau milieu de l’océan de l’indifférence et de la violence.

Une île qui s’appelle Ville-Marie…


*


Comment allons-nous cheminer pour retrouver la santé

et élargir nos cœurs aux dimensions du mystère pascal ?

Le Pape François nous propose trois orientations.

La première c’est la prière.

Et ce sera toujours la prière.

Ce ne sont pas les valeurs qui sauveront notre monde,

c’est la prière, c’est Dieu !

Prier…

Nous sommes constamment soumis à une actualité violente

qui nous laisse effrayés et impuissants,

avec le risque d’être tétanisés par cette spirale de violence.

Priez !

Nous le vivrons en particulier avec tous les catholiques du monde

les 13 et 14 mars à travers « 24 heures pour le Seigneur ».


La deuxième, c’est la charité en acte.

Du concret dans l’amour.

Du concret pour échapper à l’indifférence.

Des gestes concrets pour prendre soin 

de ceux qui nous sont tout proches.

Des gestes concrets pour prendre soin de ceux qui sont au loin

et cela commence avec la quête d’aujourd'hui.

Pas de jeûne sans charité.


Ne jeûnez pas si votre jeûne n’est pas associé 

à un geste de charité ou ne vise pas une croissance dans la charité.

Sinon, « mangez santé »… simplement.


La troisième orientation est un appel à la conversion du cœur

qui a un impact sur le monde entier.

Je m’explique :

si je me crois tout-puissant, 

capable de tout résoudre avec mes forces,

alors je ne fais pas appel à Dieu,

et donc, j’enferme les pauvres dans leur misère.

Si au contraire, je consens à mes limites, à mes pauvretés,

alors je vais mettre ma confiance 

dans les possibilités infinies de l’amour de Dieu 

et je permettrai à Dieu d’agir sur la Terre, de déployer sa grâce

de libérer l’humanité, de consoler les pauvres.

« Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2,12)

nous dit le Seigneur aujourd’hui. 


*


Chers frères et sœurs,

nous avons tous une décision à prendre ce soir, en conscience.

Est-ce que j’entre dans ce Carême 2015, oui ou non ?

Est-ce que je choisis de reconnaître ma pauvreté

et de m’ouvrir au mystère pascal ?

Prenons un bon moment de silence pour mûrir notre décision,

puis si la réponse est oui,

nous nous avancerons pour recevoir sur le front

les cendres qui disent notre misère

sous la forme du signe de croix qui dit notre espérance

dans le mystère pascal de Jésus.

Méditer la Parole

18 février 2015

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Joel 2,2-18

Psaume 50

2 Corinthiens 5,20-6,2

Matthieu 6,1-6.16-18