1er Dimanche de Carême B

Le contraire de l'indifférence, c'est la croix glorieuse ! 

 Quatre jours déjà depuis notre mise en route de Carême !

Avec un objectif clair : sortir de l’indifférence,

lutter contre la mondialisation de l’indifférence.

L’indifférence sous ses deux aspects inséparables :

l’indifférence vis-à-vis de Dieu,

l’indifférence vis-à-vis des plus souffrants.


La Parole de Dieu, ce matin, nous aide sur ce chemin

à partir du cœur, de l’essentiel.

Aujourd’hui c’est l’évangile du désert.

Jésus au désert.

Que voyons-nous lorsque nous parcourons les trois évangiles 

qui racontent les tentations de Jésus?


Saint Luc nous dit que Jésus est plein d’Esprit Saint 

et qu’il est amené au désert par l’Esprit (Lc 4,1).

Cela veut dire que si nous sommes tentés

ce n’est pas nécessairement 

que nous soyons privés d’Esprit Saint, au contraire !

Un chrétien authentique ne peut pas 

ne pas connaître le combat spirituel.


Ensuite les trois évangiles nous parlent du désert.

Jésus au désert, Jésus dans l’épreuve.

Et il est clair que ce n’est pas une erreur de parcours.

L’épreuve spirituelle fait partie de la mission.

Elle est nécessaire.

Matthieu nous dit que Jésus est amené en haut, dans le désert,

pour être éprouvé par le diable (Mt 4,1).

L’épreuve spirituelle ne signifie pas 

que nous sommes hors de la track.

Elle fait partie de notre mission de chrétien.


Les évangiles nous parlent aussi de jeûne.

Jésus jeûne quarante jours (v.2).

Et il y a quelque chose de clair ici :

le jeûne en soi ne chasse pas le démon !

Mais le jeûne nous met dans un état de vulnérabilité intérieure,

un inconfort où l’épreuve spirituelle se fait vive, pénible.

Mais si cet inconfort est choisi et vécu avec Jésus et par amour,

alors la tentation est démasquée,

et la grâce est là, forte, puissante !

Nous faisons l’expérience des manœuvres du démon

et nous faisons l’expérience de la grâce du Christ.


Cela signifie que nous découvrons la réalité…

Nous échappons à l’anesthésie générale de notre monde.

Nous découvrons les vrais combats,

les vrais enjeux de notre temps

qui sont sous-jacents à toute l’actualité 

mais constamment occultés.


Ensuite, Matthieu et Luc nous font un récit détaillé

des manœuvres du démon.

Que voyons-nous ?


Le démon a accès à nos sens externes :

il fait miroiter la pierre qui pourrait devenir du pain.

Il a accès à nos sens internes : 

il donne à Jésus l’impression

qu’il est sur le pinacle du temple 

ou sur un sommet de montagne.

Il a accès aussi à l’intelligence,

avec des raisonnements très subtils :

« Puisque tu es le Fils de Dieu, alors… »

Mais de sa propre autorité, 

il n’a pas accès à la relation avec Dieu.

Or c’est cela qu’il veut pénétrer, détruire et occuper.

D’où ses stratégies...


Jésus en son humanité vient d’entendre le Père lui dire :

« Tu es mon Fils bien-aimé en qui je me complais » (Mc 1,11).

Jésus a entendu cela au moment 

où il est descendu dans le Jourdain,

où il a pris la voie de l’abaissement, de l’anéantissement.

Le démon va jouer le tout pour le tout

pour s’introduire dans cette relation filiale ,

briser la communication et, inséparablement,

détourner Jésus de la voie de l’anéantissement.


Le démon joue sur la vulnérabilité de Jésus 

épuisé par quarante jours de jeûne.

Il utilise l’intelligence : 

« Puisque tu es le Fils de Dieu… » (Lc 4,3)

et il va chercher la mission de Jésus : 

« Tu dois régner, pas vrai ? »


Son pivot est la puissance.

« Regarde : ton identité de fils te donne puissance.

Sois puissant par toi-même, sans Dieu.

Sois puissant sur la création : 

c’est la pierre qui deviendrait pain.

Sois puissant sur les autres :

c’est le règne sur tous les humains.

Sois puissant sur Dieu… mets-le à l’épreuve… »


Puisque tu es Fils !

Être fils, c’est un droit sur Dieu, un pouvoir personnel!


Remarquez bien que cette triple tentation

veut aussi couper Jésus des autres.

Le pain n’est pas pour les affamés, il est pour Jésus.

Le règne n’est pas un service des autres, mais un pouvoir.

Et la chute du pinacle ou ignore les autres, ou les séduit.

L’autre est ignoré ou manipulé.


Mais revenons au cœur de la tentation :

être fils, c’est un pouvoir personnel...


Qu’y a-t-il alors dans les trois réponses de Jésus?

Par trois fois, Jésus affirme à travers l’Écriture sa relation au Père.

Le Père dont il reçoit et recevra sa nourriture ;

Le Père que jamais il ne mettra  à l’épreuve ;

Le Père, le seul qui peut être adoré.


La porte est fermée.

Le démon fuit humilié jusqu’à ses ultimes tentatives

à l’heure de la Passion

où Jésus mettra fin définitivement à son emprise

sur la relation filiale entre les humains et le Père.


*


Frères et sœurs, retenons ceci :

le démon veut détruire notre relation au Père.

Il nous empêche d’avoir accès à ce trésor qui est en nous.

Et ce faisant, il nous empêche de vivre 

la vraie relation aux autres

qui est une relation de fraternité,

où nous partageons la joie d’être enfants du même Père.


Comment Jésus s’en est-il tiré dans le désert ?

Par un acte magique ? Non !

Par l’Écriture.

Est-ce que nous avons accès à l’Écriture ?

Oui !

Et par conséquent, nous aussi, avec Jésus,

nous pouvons vivre cette lutte 

et puiser dans la victoire de Jésus.


La vraie partie est là

entre la voix de Dieu et la voix malfaisante du diable.

La coupe Stanley, c’est Jésus qui la remporte,

et c’est chacun de nous si nous sommes dans son équipe !


Tout cela, c’est la vraie réalité, le combat spirituel,

qui, aujourd’hui, est particulièrement 

un combat contre l’indifférence.

La tentation de l’indifférence…

Vous voyez la pertinence du Carême ?


Si vous vivez sérieusement le Carême,

vous allez faire l’expérience d’une vulnérabilité,

d’une fragilité où l’on se rend compte 

que rien sur cette terre ne peut nous en sauver,

pas même la religion.

Et vous vous jetterez dans le cœur du Christ.

Vous jetterez le monde entier dans le Cœur du Christ.


Vous savez ce qu’est le contraire de l’indifférence ?

C’est la croix.

Et la croix avec Jésus, unie à Jésus, c’est la résurrection,

Ou, autrement dit, cette solidarité divinement profonde 

qu’on appelle la communion.


Or, cette victoire sur l’indifférence, elle est en nous !

Elle est en nous depuis notre baptême.

Pourquoi avons-nous lu aujourd’hui le récit de la fin du déluge ?

Parce que cela nous parle du baptême.

Le signe du baptême, c’est l’eau.

La réalité, c’est le salut !

Pensez à la joie de Noé et de sa famille 

quand ils découvrent la création libérée du déluge 

et la Nouvelle alliance.

C’était une image !

À nous la réalité a été donnée, elle est en nous.

La nouvelle création, l’Alliance éternelle, sont en nous,

dans ce trésor commun qui habite nos cœurs de baptisés.

« Le baptême n’est pas la purification des souillures du corps

mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience.

Le baptême vous sauve par la résurrection de Jésus-Christ

qui, parti pour le Ciel, est à la droite de Dieu,

et à qui sont soumis anges, 

Pouvoirs, et Puissances » (1 Pi 3, 21-22).


Le Carême ce n’est pas : serrer les dents pendant 40 jours

espérant que cela passera vite,

…mais dans le fond je le mérite bien !

Non ! C’est un temps de grâce, 

une libération des griffes du prince de l’indifférence 

pour nous connecter au Christ en qui est la nouvelle création,

l’Alliance éternelle, la communion entre tous, 

tous enfants du même Père.

Méditer la Parole

22 février 2015

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Gense 9,8-15

Psaume 24

1 Pierre 3,18-22

Marc 1,12-15