2e Dimanche de Carême B 

 Il n'y a pas beaucoup de haute montagne dans la géographie de la Terre Sainte.

Et la montagne de la Transfiguration ne porte pas de nom.

Car avant même d'être une indication topographique,

la montagne est un lieu théologique :

lieu de la révélation par excellence, lieu du culte et de la rencontre avec le Seigneur.


La liturgie de ce deuxième dimanche de carême met en relation deux montagnes :

celle de la Transfiguration et celle du sacrifice d'Isaac.

Le sacrifice d'Isaac n'est pas finalisé : Dieu arrête le geste d'Abraham au dernier moment.

La Transfiguration est une vision, et Jésus lui-même demande aux trois disciples 

de garder le silence jusqu'à sa Résurrection.

Ces deux révélations en appellent donc une troisième,

et c'est vers celle-là que nous marchons en notre pèlerinage de carême.

Montons donc sur la montagne avec Pierre, Jacques et Jean !


Gravissons-la en pèlerins à la suite de Moïse qui fut appelé sur le Sinaï

pour rencontrer le Seigneur dans une étonnante proximité :

il avait été enveloppé de la nuée,

la gloire du Seigneur lui était apparu sous la forme d'un feu dévorant.

Et quand il redescendit de la montagne après quarante jours,

la peau de son visage était devenue rayonnante !


Gravissons-la aussi à la suite du prophète Élie

avec qui le Seigneur s'est entretenu à l'Horeb dans le murmure d'une brise légère.

Son zèle et son ardeur furent telle que le Seigneur l'emporta au ciel de son vivant.


Et là, Jésus est transfiguré devant nos yeux, 

plus rayonnant encore que le visage de Moïse.

Celui qui est la Lumière du monde apparaît dans sa gloire,

son Corps d'homme est resplendissant de ce que sera son Corps de Ressuscité.


Là, la nuée recouvre les disciples du poids de la Présence du Père,

et la voix qui avait parlé à Élie s'adresse maintenant à nous :

Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le !


Ce n'est plus Abraham qui offre son fils unique, celui qu'il aime, Isaac,

c'est le Père lui-même qui présente son Unique, Jésus.

Abraham n'a pas refusé d'offrir 

celui qui, pourtant, devait réaliser la promesse d'une descendance nombreuse.

Il ne pouvait comprendre la portée de ce que Dieu lui demandait.

Mais il connaissait Dieu, et il obéit fidèlement.


Le Seigneur ne voulait pas la mort d'Isaac, 

mais la fidélité d'Abraham.

Le père des croyant préfigurait ainsi le sacrement de notre salut.

Car « Dieu n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous. »

Le seul sacrifice qui pouvait sauver l'humanité,

ce n'est pas l'homme qui devait l'offrir, mais notre Père céleste.


Qu'il suffise à l'homme d'offrir à Dieu le sacrifice d'un cœur brisé et repentant.

Le Père, lui, offre son Fils Jésus,

et ce n'est pas pour satisfaire aux exigences de la mort,

mais pour que par la mort de Jésus, la Vie soit manifestée.


C'est cette Vie que nous contemplons aujourd'hui sur la montagne.

Vie éblouissante de la Résurrection,

Vie débarrassée des scories de la corruption du péché et de la mort.

Notre Père ne peut se contenter pour nous 

d'une vie réduite à la misère et à la condamnation.

Il veut nous donner tout, comme le dit saint Paul.

Tout, c'est en même temps la vie éternelle, et la justification.


Il ne suffit pas que nous ayons la vie,

il nous faut aussi la paix de celui qui a été rendu juste et sans crainte.

La Transfiguration ne nous donne pas encore la justice,

mais elle est offerte aux disciples pour qu'ils soient fortifiées dans l'espérance,

jusqu'à la Pâque véritable, 

le sacrifice parfait qui accomplit toute chose selon le désir du Père.


Durant notre montée vers Pâques, 

où irions-nous chercher force et réconfort, sinon en celui de qui nous avons tout reçu ?

Le Père nous montre encore son Bien-aimé en nous disant : « Écoutez-le ».

Écoutons-le, en effet !

Que ta Parole, Seigneur Jésus, soit notre nourriture pour la route.

Comme tu as fendu le rocher au désert, 

ouvre notre cœur profond et fais-y couler l'eau vive de l'amour.


Nos yeux sont obscurcis et pervertis : ils ne voient que ce qui les flatte. 

Répands sur nous la nuée de ton Esprit Saint,

afin que notre regard retrouve la juste clarté et la joie de te contempler toi seul.


Ta sainte Passion est un scandale à notre pensée déformée par le péché.

Dévoile-nous la profondeur de ton Amour,

détends nos résistances qui s'y opposent pour que nous sachions l'accueillir 

et y trouver le repos.


La plénitude de ta gloire est manifestée tout à la fois 

sur la haute montagne du calvaire, où tu nous as aimés jusqu'à l'ultime,

et dans les profondeurs du tombeau vide illuminé par le matin de Pâques.

Tu fais éclater nos pensées par en haut et par en bas,

et si tu nous fais plier le genou,

c'est pour nous élever jusqu'à la plénitude de ton Cœur.


Frères et sœur, à qui irions-nous ?

En Jésus, Dieu nous donne tout.

Et ce que nous contemplons sur la montagne n'est que ce que nos sens peuvent concevoir.

C'est ainsi, également, pour le sacrifice de l'Eucharistie :

Jésus nous y donne tout,

mais nos sens n'en perçoivent presque rien.


Pourtant, la réalité la plus profonde, 

ce n'est pas le pain et le vin,

mais bien le Fils bien-aimé du Père qui se donne pour que nous ayons tout.

Comme tout pèlerinage, notre marche de carême est donc un chemin de dépouillement ;

dépouillement de ce qui n'est que réalités superficielles :

jouissances de la nourriture, de la possession des biens matériels, du confort étroit...

Et c'est en vue de l'accueil d'un Bien autrement plus profond :

le partage de la Vie avec le Christ pour toujours.

 

Ne perdons pas le cap de notre pèlerinage.

Méditer la Parole

1er mars 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Gense 22,1...18

Psaume 115

Romains 8,31b-34

Marc 9,2-10