Mercredi des Cendres

Triple mort pour la vie en plénitude

 Le temps de Carême qui commence aujourd’hui 

ne prend pleinement son sens 

que si notre regard est tourné vers son terme, 

c’est-à-dire la célébration pascale, 

l’offrande de Jésus sur la croix 

et sa Résurrection d’entre les morts.

La cendre, signe de vulnérabilité, de mort, 

a pour vis-à-vis au terme de cette quarantaine 

un feu, signe de force et de vie.

Le Carême nous prépare à vivre avec le Christ 

ce passage de la mort à la vie.

Et cela est d’autant plus marquant 

pour les 10 catéchumènes qui seront baptisés ici 

dans la nuit de Pâques.

Mourir pour vivre encore plus intensément, 

voilà ce que nous proposent ces jours 

de jeûne, de prière et de partage.

Combien plus nous serons prêts à mourir 

si nous savons qu’une vie en surabondance 

nous est promise !

Mais nous pouvons nous demander : 

à quoi devons-nous mourir pour vivre ?


Nous sommes d’abord appelés à mourir 

à une foi désaxée de la vérité.

Que nous en soyons conscients ou non, 

nous croyons bien souvent à un dieu imaginaire 

bien plus qu’au Dieu trois fois saint 

révélé à la plénitude des temps en Jésus-Christ.

Or nous sommes appelés à croire en Dieu qui a pris chair 

pour sauver notre humanité de sa finitude 

et lui ouvrir les portes de l’éternité.

La foi est un don merveilleux 

que nous avons reçu le jour de notre baptême.

Elle se nourrit de la Parole de Dieu, 

de l’enseignement de la tradition et de l’Église, 

mais aussi de la prière, 

du cœur-à-cœur en seul à seul avec Dieu.

Une foi qui n’est pas nourrie se dessèche 

et des faux dieux s’emparent alors de notre cœur.

Le Carême nous invite à redécouvrir 

le Visage unique du plus beau des enfants des hommes, 

Celui de Jésus dont le Nom est le seul 

qui puisse nous sauver.

Croire en Jésus, c’est croire en notre humanité 

comme chemin pour retrouver la divinité.

Croire en Jésus, c’est consentir à la croix 

comme chemin de vie transfigurée dans sa pâque.

Croire est l’acte le plus beau de notre liberté 

sans cesse à retrouver.


En second lieu, le Carême nous invite 

à mourir à une espérance à taille humaine.

L’espérance chrétienne n’a pas d’autre objet 

que la plénitude du ciel.

Elle est une force baptismale 

qui nous permet de traverser les épreuves de la vie.

Souvent nous confondons l’espérance 

que nous ouvre la pâque du Christ 

avec nos petits espoirs qui ne voient pas plus loin 

que ce qui est visible à nos yeux.

Si la prière fervente, amoureuse, nourrit la foi, 

le jeûne du superflu, de l’inutile, de l’accessoire 

nourrit l’espérance.

En nous libérant de ce qui nous divertit, 

nous pouvons revenir à l’essentiel, c’est-à-dire au Christ.

Il est cette force intérieure qui est 

lampe pour nos pas, 

lumière dans nos choix, 

certitude dans nos doutes.

Espérer dans le Christ, c’est oser l’inconnu, 

c’est permettre à d’autres d’avoir confiance, 

c’est goûter dès maintenant à ce qui nous est promis 

dans un devenir  qui advient.


Croire, espérer … la troisième mort à vivre 

est celle d’un amour captatif, autocentré sur soi.

Nous voulons tous aimer et être aimés.

Mais notre amour est à purifier.

Trop facilement, il cherche son intérêt, 

il est impatient, il se gonfle d’orgueil.

Or à notre baptême, notre cœur a été rendu capable 

d’un amour oblatif, 

d’un amour qui donne.

L’Esprit Saint cherche ce cœur-là 

comme une perle fine pour y faire son temple.

Il nous faut donc retrouver cet amour premier, 

cet amour qui est celui de Jésus 

lavant les pieds de ses disciples 

en signe de son offrande sur la croix.

Le remède pour raviver la flamme de l’amour vrai, 

c’est le partage qui nous décentre de nous-mêmes.

Aimer comme Jésus, c’est donner notre vie 

à ceux qu’on aime.

Aimer comme Jésus, c’est rejoindre 

l’oublié, l’isolé, l’étranger 

et ouvrir pour eux des chemins de vie.


Nous l’avons compris, frères et sœurs, 

ce temps favorable du Carême nous pousse 

à convertir notre foi, notre espérance et notre charité 

afin que notre être baptismal porte des fruits féconds 

pour l’avènement du Royaume.

Disons oui, par la conversion, 

«à la grâce reçue de Dieu» 

afin qu’elle «ne reste pas sans effet» (2 Co, 6,1).

Que cette route quadragésimale 

soit toute orientée vers ce terme de lumière, 

la joie du Christ Ressuscité, 

premier-né d’une multitude de frères, 

dont nous sommes, appelés à la vie éternelle.

Méditer la Parole

18 février 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Joel 2,12-18

Psaume 50

2 Corinthiens 5,20-6,2

Matthieu 6,1-6.16-18