Vendredi Saint 

 L'amour ne peut être que miséricorde

 Les soldats virent que Jésus était déjà mort.

Alors, l’un d’eux, de sa lance, lui transperça le côté.


Ultime violence vis-à-vis de Jésus pour l’achever,

pour achever sa mort ;

pour que le mort soit vraiment mort.


Aussitôt sortent du sang et de l’eau.

De ce corps meurtri, défiguré par la violence,

jaillit du sang et de l’eau,

comme une source, 

comme une fontaine.


« Celui qui a soif, 

qu’il vienne à Moi et qu’il boive » (Jn 7,37).

Boire.

Boire au Côté du Christ.


Mais, quelle est cette eau qui jaillit

de ce corps qui n’est que blessures ?


Quelle est cette eau ?


Serait-ce la source entrevue par le prophète :

« Je verserai sur vous une eau pure

et vous serez purifiés » (Éz 36,25).


Une eau pure ?

Quelle est cette eau ?


Remontons un peu le cours de la Passion.

Nous nous souvenons d’hier soir : l’agonie de Jésus.

Jésus littéralement écrasé par le péché de toutes les générations,

qui sue du sang dans la nuit.

Seul.

Seul.

Seul.

Laissé seul par ses plus proches compagnons.

Est-ce que Jésus leur montre de la rancœur, de l’hostilité ?

Non…


Jésus embrassé traîtreusement par son propre disciple

qui l’a trahi, qui l’a vendu, qui le jette dans l’horreur…

Comment Jésus lui parle-t-il ?

Comme à un « ami »…


Pierre prend les armes.

« Remets ton épée au fourreau » lui ordonne Jésus (Jn 18,11).

Aucune violence.


Malmené, outragé, moqué au palais du grand-prêtre,

aucune hostilité de la part de Jésus.


Livré à une justice sans justice, aux faux témoignages,

à la haine du pouvoir religieux,

aucune violence de la part de Jésus.


Outragé par Hérode « le renard »,

aucune parole pour dénigrer ou blesser sur les lèvres de Jésus.


Devenu l’égal du criminel Barrabas

et soumis au bon vouloir d’une foule manipulée,

aucun reproche.


Victime des angoisses politiques d’un païen

qui se lave les mains,

aucune malédiction dans la bouche de Jésus.


Jeté en pâture à la violence folle et perverse des soldats romains,

pas un mot, pas une condamnation.


Condamné à traîner son propre moyen de torture

de par les rues de la ville,

tombant et retombant dans la poussière et dans son sang,

aucune révolte.


Dévêtu et cloué sauvagement sur des poutres de bois,

pas un mot de mépris ou d’accusation.


Et quand se lève le concert des insultes, des quolibets, 

des moqueries, des obscénités et des blasphèmes,

va-t-il alors parler ? Accuser ? Condamner ?


Va-t-il au moins demander à Dieu de le venger

comme le fait le psalmiste, comme le fit Jérémie ?


Va-t-il alors parler ?

Oui !

Au dire de l’évangéliste saint Luc,

ce sont les premières paroles de Jésus en croix :

« Père ! »

Que va-t-il demander au Père 

pour ceux qui l’ont livré et outragé ?

Que va-t-il demander pour cette meute de moqueurs 

qui le blasphèment à tort et à travers ?

« Père, remets-leur, pardonne-leur, 

car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).


Tout est dit…

Et bientôt, Jésus dira « tout est accompli » (Jn 19,30).


La Miséricorde…

Au mal qu’il subit ;

au mal qui le torture à l’extrême ;

au mal qu’il entend ;

Jésus répond par le pardon.


Jésus choisit le pardon.

Et au Père, il demande ce pardon

pour tous ceux qui dans toutes les générations

le mettent à mort de toutes les façons les plus cruelles qui soient :

y compris les bourreaux des 21 chrétiens égorgés en Lybie

il y a quelques semaines.


Pardonner.

Faire miséricorde.

C’est la décision, c’est l’acte le plus créateur qui soit.

Le plus re-créateur.


La rancune est un acte de mort,

un acte dé-créateur,

un acte qui nous déshumanise,

qui torture l’autre et nous torture nous-mêmes.


La miséricorde est créatrice de communion.

Elle rassemble l’humanité autour du Christ crucifié et glorieux.


La miséricorde – la vraie – n’est jamais univoque.

Elle est vraie quand j’accueille la miséricorde

de celui à qui je fais miséricorde.

Sans cela, elle est une pseudo-absolution

où je reste à distance de l’autre dans la peur et le rejet.

Jésus lui-même, sur la croix, demande notre miséricorde.

Le Crucifié se tient à la porte de notre cœur 

et Iil frappe.

Il nous demande aujourd'hui notre miséricorde.


Il nous demande, il nous prie, il nous supplie

de faire miséricorde

à ceux et à celles qui nous ont insultés,

blessés, violentés, violés, calomniés.

Il nous supplie de pardonner

toutes les paroles entendues qui nous ont déchiré le cœur.


Voici que le Crucifié se tient à la porte de notre cœur…


Et nous ne sommes pas démunis.

Nous ne sommes plus démunis pour pardonner.

Si ce soir, tu ouvres la porte de ton cœur,

si tu laisses entrer Jésus,

alors c’est la miséricorde qui entre dans ton cœur.


L’amour en notre monde, en notre culture, 

marqué par le péché,

ne peut être que miséricorde.

Au Ciel, la miséricorde se révèlera comme amour.

Mais ici-bas, l’amour se révèle dans la miséricorde.


*


Frères et sœurs, quelle est donc cette eau 

qui jaillit du crucifié mort et vraiment mort ?

Cette eau pure ?

C’est la source de la miséricorde…

C’est la source dont l’humanité a le plus besoin.

La source qui désaltère nos cœurs.

La source qui transforme nos cœurs 

qui s’endurcissent et s’assèchent 

en des cœurs pétris d’amour, de bienveillance et de bonté.


C’est cette source que nous laissons 

descendre en nous maintenant,

car le pardon veut entrer dans beaucoup de cœurs ici, ce soir.


Il se fraye un chemin jusqu’au plus intime, 

au plus secret de notre mémoire, de notre cœur.

Il entre, il lave, il purifie,

il nous dépossède de nos souvenirs blessants ;

il nous surprend intérieurement, nous bouleverse dans l’âme.


Et nous découvrons une joie toute nouvelle.

La joie que nous cherchions depuis longtemps.

C’est une résurrection intérieure qui commence…

Méditer la Parole

3 avril 2015

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isaie 52,13-53,12

Psaume 30

Hbreux 4,14...5,9

Jean 18,1-19,37