3e semaine du Temps Ordinaire - A

Convertissez-vous !

Les premiers et les derniers mots du Christ dans les Évangiles
sont pur nous adresser un appel à la conversion.

Saint Marc nous rapporte cette toute première parole de Jésus
qui lance d’emblée et sans autre préalable :
Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout proche :
Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle (Mc 1,15).

Et saint Luc nous dit, tout à la fin de son Évangile,
qu’au moment où Jésus s’apprête à quitter les siens,
sa dernière invitation est pour rappeler l’urgence
d’un repentir en vue de la rémission des péchés,
à proclamer à toutes les nations en commençant par Jérusalem (Lc 24,47).

C’est bien ce que fera l’apôtre Pierre, dès le lendemain de la Pentecôte,
en s’adressant, dans ces mêmes termes, aux habitants de Jérusalem,
inaugurant ainsi ce grand appel de l’Église qui court à travers les siècles.

Cet appel dont saint Matthieu nous redit, lui aussi, aujourd’hui,
qu’il est la première parole du Fils de Dieu
adressée aux hommes au sortir du désert.
Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche (Mt 4,17).

C’est dire combien la conversion est chose importante en nos vies.
Mais qu’est-ce que se convertir ? Et comment peut-on se convertir ?


Il y a conversion et conversion.
Il y a conversion qui est un retour,
la techouva, comme dit la Bible, dans l’hébreu ;
et la conversion qui est une transformation,
la metanoia, comme disent les Pères grecs.
La conversion consiste donc, tout à la fois, à se détourner d’une certain état de vie,
pour se retourner vers une nouvelle manière d’être.
À se détacher de tout ce qui n’est pas Dieu, comme dit saint Ignace,
pour s’attacher à tout ce qui nous vient de lui.
Sans cette rupture et sans cette adhésion,
cette rupture par rapport au passé et cette adhésion à un monde nouveau,
il n’y a pas de conversion.
Saint Paul dont nous venons justement de fêter «la conversion»,
a été littéralement détourné pour être retourné.
Ramené d’une route de mal où il s’enfonçait,
pour être orienté sur le chemin du bien où Dieu l’attendait.

Pour savoir donc si nous sommes vraiment convertis, c’est-à-dire bien orientés
nous avons d’abord à nous demander
de quoi nous sommes réellement détachés ;
et à qui nous sommes vraiment attachés.
Quelle belle question pour nos âmes !


La conversion, quand elle est vraie, nous apparaît ensuite
comme un engagement qui nous prend sur le champ et tout entier.

L’Évangile de ce jour nous donne à contempler l’appel de Jésus
adressé à Jacques et Jean, Pierre et André (Mt 4,18-20) .
Et il nous est dit qu’aussitôt, laissant tout, ils le suivirent (Lc 5,11 : Mt 4,22).
En une phrase tout nous est dit
sur cette immédiateté et cette totalité
qui constituent toujours les conversions authentiques.

Nous le comprenons bien : dans l’appel de Dieu
qui est lui-même l’Absolu et l’Éternel
et nous convie au partage de tout et pour toujours,
il ne peut qu’y avoir une certaine radicalité.
On n’est donc vraiment converti que lorsqu’on a opté carrément
contre Mammon et pleinement pour Dieu (Mt 6,24).
Que lorsque notre oui est véritablement oui
parce que notre non est vraiment non (Mt 5,37).
Ainsi l’ont fait Charles de Foucauld, Ignace de Loyola, François d’Assise,
le jour où ils se sont vraiment tournés vers Dieu
en se détournant sans plus attendre
de ce qui coupait de Dieu.
Quels beaux exemples pour nos vies !


C’est dire combien une conversion, on peut encore le noter,
n’est jamais pleinement réalisée.
Elle est l’œuvre de toute une vie.

La vie chrétienne tout entière n’est même qu’une grande conversion.
Oui, Dieu nous a donné toute une vie pour nous tourner enfin vers lui.
On a beau avoir tout donné et pour toujours,
on court sans cesse le risque de tout reprendre au fil des jours ;
C’est pourquoi la vie spirituelle tout entière
est tissée de ces petits «retournements»
qui nous ramènent sans cesse de nos incessants écarts.
De ces mille et une tentations
de nous arrêter à ceci ou de récupérer cela.

Ainsi une œuvre de conversion est-elle donc avant tout
une affaire de longue haleine.
et nous devons rester notamment attentifs
à ces moments plus particuliers de l’existence
où nous avons en quelques sorte à reprendre
un second, un troisième et, s’il le faut, un quatrième souffle.
Notre vie n’est vraie que si elle est une montée !
Pouvons-nous donc dire, par exemple, que nous sommes meilleurs
à quarante qu’à vingt ans ? à soixante qu’à quarante ?
et à quatre-vingt qu’à soixante ans ?
Il serait bien dommage que ce soit l’inverse !
Pourquoi faudrait-il en effet que ce ne soit que demain
que nous nous convertirons ?
Quel stimulant pour l’aujourd’hui de nos vies !


Le problème de la conversion nous amène alors
à des réalités bien concrètes.
À découvrir un jour que nous sommes bel et bien conduits
à rectifier ceci et à entreprendre cela.

Vient un jour en effet
où l’on a plus le droit de s’illusionner !
Où l’on voit bien, en toute loyauté et clarté,
ce qu’il faudrait, enfin, que l’on convertisse en sa vie,
pour être, enfin, les dignes fils de notre Père du ciel.
Où il faudrait, enfin, que l’on sorte
du « ronron » quotidien de la médiocrité
pour se lancer avec détermination sur ce «chemin de perfection».
Sainte Thérèse d’Avila, toute carmélite qu’elle était,
a mis vingt ans de profession religieuse pour faire le pas.
Mais, du jour où elle l’a fait, on ne l’a plus arrêtée.
Elle est partie, comme elle l’a dit, avec une «détermination déterminée».

Frères et sœurs, dans le secret de notre vie,
Dieu lui-même ne nous demande-t-il pas, aujourd’hui,
si c’est bien aujourd’hui que nous voulons, librement,
nous convertir vers lui,
en orientant véritablement nos vies dans le sens de son Évangile ?
Quelle exigence paisible dans cet appel qu’il adresse à nos cœurs !


En finale, la conversion nous apparaît comme un intime secret.
Cela même un frère, une sœur, un conjoint, un père spirituel,
l’ami le plus intime ne peuvent le partager.
Et il y aurait autant de manières d’en parler
que nous sommes ici de personnes rassemblées.
Chacun est seul ou plutôt reste unique, en face de son âme.
Nous vivons tous cela comme un tête à tête avec Dieu.
En cœur à cœur avec lui.
Et nous n’avons donc nullement à nous comparer
et encore moins à nous juger, mais à nous stimuler.

La conversion nous apparaît dès lors comme la rencontre
d’un double amour et d’une double liberté.
Dans un libre appel, Dieu s’adresse à notre propre liberté.
Et dans le libre amour de notre cœur,
nous répondons à l’amour de notre Dieu.
Dieu seul peut donc nous donner la grâce d’une vraie conversion.
Mais nous seuls avons la clef de notre propre conversion.
Se convertir, c’est donc choisir enfin, et une fois pour toutes,
le plus beau de la liberté et le plus beau de l’amour.

Convertissez-vous, nous dit Jésus ; et il ajoute :
car le Royaume des cieux est tout proche (Mt 4,17).
Il ne nous dit pas encore qu’il est au-dedans de nous ;
il nous dit seulement qu’il est à la porte de notre cœur (Ap 3,20).
Car il dépend de nous justement
que nous lui ouvrions, ou non, la porte de notre vie.

Nous sommes ici au cœur d’un merveilleux paradoxe :
Dieu nous appelle sans cesse. et il reste toujours silencieux.
Dans son amour, il ne cesse pas de nous parler, de nous faire signe,
de nous attendre (Lc 15,20), de nous chercher (15,4).
Mais, par respect de notre liberté, il se tait, il patiente, il détourne les yeux.
Fais-moi revenir, Seigneur, que je revienne, crie le prophète.
Oui, je me lèverai et j’irai vers mon Père, répond le fils prodigue.

Quelle belle aventure dès lors, si nous le voulons,
que celle de notre conversion !
 

Méditer la Parole

27 janvier 2002

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 8, 23-9,3

Psaume 26

1 Corinthiens 1, 1017

Matthieu 4,12-23

Imprimer l'homélie

Télécharger la version pdfTélécharger la version pdf