Saint Jour de Pâques

Jésus est ressucité : il le fallait ! 

L'évangile qui nous est donné en ce saint jour de Pâques
nous rapporte ce qui s'est passé dès les premières lueurs d'un matin où tout bascule.

Le récit débute en précisant qu'il s'agit du premier jour de la semaine.
L'expression renvoie évidemment au récit de la création (Gn 1).
Le premier jour est celui de la création de la lumière.
En ce petit matin de Pâques,
voilà que la création toute entière est reprise dans le Christ,
et la lumière qui pointe désormais, ce n'est pas d'abord celle du soleil,
mais c'est le Christ lui-même, le Ressuscité Lumière du monde nouveau.

Le texte de la Genèse culminait à la création de l'homme et de la femme,
où Dieu vit cela était très que bon.
Mais immédiatement après, il y eut la chute.

Voilà ici Marie-Madeleine, puis Pierre et Jean,
représentants de la création très bonne mais blessée par le péché.
Marie-Madeleine se rend au tombeau, et c'était encore les ténèbres.
Oui, ce qui nous est raconté est bien la création d'un jour véritablement nouveau,
jour au cours duquel Marie et les deux disciples vont être progressivement illuminés,
jusqu'à proclamer leur foi au monde entier.

En ce saint Jour de Pâques, nous sommes, nous aussi, appelés à ajuster nos vies
à ce qui s'est passé en ce premier jour de la semaine.
Et cette radicale nouveauté ne peut que nous faire porter sur le monde et la vie
un regard transformé par cette Lumière qui ne s'éteint pas.


Marie, en arrivant au tombeau, voit donc que la pierre qui le fermait a été enlevée.
Elle imagine qu'on a dérobé le corps,
et elle court trouver Pierre et Jean.

Pierre et Jean sont les deux disciples qui apparaissaient durant le récit de la Passion.
La fidélité du premier a failli.
Le deuxième était là, au pied de la croix, avec la Mère de Jésus et Marie-Madeleine.

Sur les paroles de la femme, les deux disciples partent immédiatement sur les lieux.
Ils couraient tous les deux ensemble, précise l'évangéliste.
Marie courait, Pierre et Jean aussi...
On pressent que l'événement, pourtant non encore nommé,
est en train de faire basculer le monde, pour le remettre en mouvement.

Les disciples couraient ensemble... et pourtant pas vraiment ensemble,
puisque le disciple bien-aimé arrive le premier.
L'amour arrive toujours en premier.
Jean, bien que le plus rapide, n'entre pas dans le tombeau.
Il reconnaît l'autorité que Pierre a reçue pour conduire l’Église,
il attend donc afin que Pierre soit celui qui constate les faits.

Alors ils voient.
Le témoignage que les apôtres nous transmettent ici est saisissant :
Ils voient les linges qui avaient servi à envelopper le corps du Seigneur,
et de toute évidence, ils constatent qu'aucun vol ne peut avoir été commis ici.

Au moment de l'ensevelissement, le corps était lié avec des linges (Jn 19,40).
Le buste et les membres étaient enveloppés d'un long drap, par dessous puis par dessus.
Enfin, la tête était entourée d'une bandelette.
En entrant, Pierre voit le drap posé à plat, comme affaissé.
Et les bandelettes sont restées enroulées, à la place de la tête.

Alors, le disciple bien-aimé entre : il voit et il croit !
L'amour croit toujours en premier.

Mais que croit-il, le disciple bien-aimé ?
L'évangéliste nous l'explique : il croit dans l'accomplissement des Écritures.
Il croit dans la Parole même de Jésus qui avait annoncé sa mort et sa résurrection.

Bien plus, il croit à l'évidence et à la nécessité du passage que vient de réaliser le Seigneur :
Jésus est bien mort, Jean en est le témoin le plus autorisé,
l'ayant contemplé longuement en croix,
ayant accueilli en son cœur le dernier souffle du Maître.
Mais l'Amour est plus fort que la mort (Ct 8,6).

Il croit en Jésus qui avait dit : Je suis la Résurrection et la Vie (Jn 11,26).
En un instant, comme un éclair de lumière jaillit dans son âme,
tout lui revient :
il avait ressuscité un jour le fils de la veuve, à Naïm (Lc 7,11-17),
il avait encore ressuscité la fille de Jaïre (Mc 5,35-43),
il avait enfin ressuscité Lazare mort depuis quatre jours (Jn 11,43-44).

Tout s'éclaire à présent.
La vie de Jésus, ses paroles, ses œuvres, ses prophéties, tout s'éclaire :  
la Vie, en Jésus, s'est manifestée car il le fallait.
Jésus est mort pour que la mort soit vaincue !
Il est vivant pour que la Vie jaillisse au cœur d'une humanité condamnée.

La liturgie de cette messe solennelle de Pâques interrompt l'évangile
sur la foi du disciple bien-aimé.
Jésus lui-même semble encore absent.
Et c'est pour manifester encore davantage sa vraie présence.
Nous savons que le texte continue,
que Marie-Madeleine demeurant seule devant le tombeau vide, verra elle aussi.

Elle verra le Ressuscité lui-même venant à sa rencontre
et ce sera pour la faire parvenir jusqu'à la perfection de la foi,
la perfection de l'amour.

Pierre aussi verra.
Et ce sera afin d'être envoyé pour devenir le berger du troupeau,
et fortifier ses frères (Jn 21,15-19).

Thomas et tous les disciples verront (Jn 20,19-29),
et ce sera pour qu'ils retrouvent la joie,
une joie que personne ne pourra leur ravir.

Nous, nous en sommes les témoins, dit Pierre dans la première lecture.

Cette Bonne Nouvelle est pour nous, aujourd'hui.
Nous aussi, nous cherchons quelque chose et Quelqu'un.
Où donc est le Seigneur ?
Nous cherchons à donner un sens à notre vie
qui bute inexorablement sur l'impasse absurde de la mort.
Où donc orienter nos pas ?

Nous rencontrons la limite au bout de tous nos désirs.
Nous éprouvons l'insatisfaction au terme de nos efforts.
Et même le désenchantement, au lendemain de nos réjouissances.
Notre corps s'use. Le temps s'écoule. La vie s'en va...
Que pourrions-nous chercher, que pourrions-nous trouver
qui ait un poids de plénitude ? qui ait un goût d'éternité ?

Maintenant, nous savons.
Pour nous, le Seigneur a endossé notre finitude,
et il y fait germer l'infini de l'amour divin.
Pour nous, il a  affronté la mort,
et il y fait jaillir la vie éternelle par sa résurrection.

Il nous faut donc chercher plus haut que nous-même,
plus profond et plus loin.
Tendre vers les réalités du ciel, là où est le Christ,
et non pas vers celles de la terre (Col 3,2).

Nous marchions dans la nuit,
notre marche devient montée vers la lumière.
Nous pouvons bien, aujourd'hui, traverser une période bousculée
et, par certains égards, dramatique,
certains d'entre nous peuvent même vivre la souffrance ou le deuil...
maintenant, nous savons !

Nous savons que la vie du Christ est plus forte que la mort.
Nous savons que, par notre baptême,
notre vie est cachée avec le Christ en Dieu,
et dès lors, sa mort et sa résurrection ont englouti nos péchés.

À la lumière de ce jour sans déclin, nous savons.
Puisque Jésus ressuscité est avec nous, qui sera contre nous ? (Rm 8, 31)
Si nous voulons vraiment aimer,
rien ne peut désormais nous arrêter.
Si nous voulons vivre de sa vie,
personne ne peut éteindre en nous la puissance de notre baptême.
Si nous voulons dépasser le ressentiment et vivre le pardon,
même l'étroitesse de notre cœur ne peut empêcher la Lumière de Pâques.

Que la splendeur de Jésus ressuscité nous embrase donc,
que sa joie nous inonde.
Christ est ressuscité : voilà tout !

Méditer la Parole

5 avril 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Actes 10,34.37-43

Psaume 117

Colossiens 3,1-4

Jean 20,1-9