3e Dimanche de Pâques B 

 La Paix soit avec vous !

 « De cela vous êtes témoins » (Lc 24,48).

Jésus dit cela aux apôtres 

non pas lorsqu’il les a invités à le palper,

qu’il s’est donné à voir,

qu’il a mangé avec eux,

mais quand il leur a ouvert l’esprit

à l’intelligence des Écritures (Lc 24,45),

c’est-à-dire après la catéchèse 

qu’il leur a donnée sur l’Ancien Testament.


Le terme « intelligence » n’est pas la meilleure traduction.

Intus legere veut dire « lire dedans ».

En réalité, le terme grec est sunienai

qui apporte l’idée de « mettre ensemble »,

de com-prendre, de rassembler.


Jésus aide les apôtres à rassembler les morceaux !

Essentiellement deux morceaux :

sa Passion et sa mort comme maudit de Dieu,

et sa présence dans une vie toute nouvelle.

Non pas une âme avec apparence de corps,

ni un fantôme, ni un esprit, ni un hologramme,

mais un corps glorieux.


La mort d’un maudit et la vie glorieuse,

voilà qui semble absolument incompatible !


Jésus leur fait voir que c’était déjà inscrit 

dans l’Ancien Testament. 

Les apôtres le savaient déjà « par cœur »

mais cela n’était pas entré « dans » le cœur !


Le psaume 22 par exemple parle de quelqu’un 

qui est comme un ver, non plus homme.

Tous ceux qui me voient me raillent… (v. 7-8),

des lions, déchirant et rugissant, 

ouvrant la gueule contre moi… (v. 14).

Tous mes membres se disloquent (v. 15).

Tu me déposes dans la poussière de la mort (v.16).

Ils m’ont percé les mains et les pieds (v. 17).


Or Dieu n’a pas rejeté ni réprouvé 

ce malheureux de sa misère (v. 25)

et la terre toute entière se souviendra

et reviendra vers le Seigneur (v. 28).


C’est un psaume de David, un psaume du Messie.

Vous me direz : mais ce psaume 

ne parle pas d’un « maudit de Dieu » 

alors que Jésus a été considéré comme tel.

Alors regardez Isaïe 52-53 :

Nous l’estimions touché, frappé par Dieu et humilié,

déshonoré à cause de nos révoltes,

broyé à cause de nos perversités.

Il a porté les fautes des foules.

Or il sera exalté à l’extrême,

il justifiera les multitudes.


Ce sont ces textes que Jésus a commentés.

Il n’y a pas la mort de Jésus qui serait un échec, un non-sens

et puis la résurrection qui serait un autre événement, 

une « heureuse fin » qui fait oublier la mort.


Jésus aide les apôtres à mettre les deux ensemble.

Il fallait que le Messie souffre tout cela 

pour entrer dans sa gloire (Lc 24,26).

Il fallait que Jésus prenne sur lui 

la haine qui habite le cœur humain.

Il fallait que toute la violence des humains lui tombe dessus

pour qu’elle ne retombe pas sur nous au dernier jour.

Il fallait que Jésus prenne sur lui toute l’injustice humaine,

sinon c’est dans cette injustice 

que nous tous serons éternellement plongés.


Il fallait que le Messie souffre tout cela… tout cela…

tout cela pour entrer dans sa gloire

et sa gloire, c’est de nous sauver.

La croix est une violence terrible contre le Fils de Dieu.

Pierre y insiste… lourdement.

Vous l’avez livré.

Vous l’avez rejeté en présence de Pilate qui voulait le relâcher.

Vous avez refusé le Saint et le Juste.

Vous avez réclamé la grâce d’un meurtrier.

Vous avez fait mourir le Prince de la Vie (Ac 3, 13…16).


Et qu’a fait Dieu ?

Il l’a ressuscité des morts.

Jésus gisait au fond du péché

et de la mort dans lesquels il a choisi de descendre,

Lui qui est sans péché,

Lui qui est la Vie,

et le Père l’a ressuscité.

Il s’est relevé.

C’est-à-dire que le Père et le Fils 

ont orchestré une grande absolution de l’humanité.


Quelle est la première parole de Jésus ressuscité aux Onze ?

« La Paix soit avec vous ».

Une absolution.


Et regardez comment Jean nous a parlé de Jésus tout à l’heure :

Jésus est « l’expiation ».

Nous traduisons « la victime d’expiation »,

mais le grec dit simplement : Jésus est l’expiation,

c’est-à-dire Celui qui s’est offert 

pour rendre Dieu favorable 

en prenant sur lui tout le péché du monde.


Vous voyez que la mort et la résurrection de Jésus,

ce n’est pas séparable.

Et qu’est-ce qui les unit ?

L’Amour !

C’est le même amour qui se laisse couvrir de haine

et qui répond à cette haine par la tendresse.


C’est le même amour qui descend dans la mort

et la traverse, la retournant en passage vers la Vie.


Peut-être Jésus a-t-Il commenté 

le chapitre 11 du Livre d’Osée où Dieu révèle 

que son cœur est sens dessus-dessous (cf. Os 11,8),

que son cœur se retourne contre lui-même,

qu’il répond à la colère des hommes 

non par la colère, mais par la tendresse.


C’est cela qui est désormais visible et même palpable

quand Jésus invite ses apôtres littéralement à « palper »

son corps blessé et glorieux.


L’Amour retourne le cœur de Dieu.

En réponse au péché des hommes, 

la réponse définitive de Dieu

n’est pas de dévaster l’humanité,

mais de dévaster son propre cœur.


Tout cela c’est l’amour du Père,

le Père qui a tant aimé le monde 

qu’il a donné son Fils (Jn 3,16).

C’est l’amour du Fils qui

ayant aimé les siens qui étaient dans le monde,

les aima jusqu’au bout (Jn 13,1)

C’est l’amour du Père et du Fils,

c’est-à-dire l’Esprit Saint

qui est l’artisan de tout le mystère pascal,

le souffle de l’amour qui vient traverser et féconder 

toute la douleur de l’humanité.


*


Frères et sœurs, de cela, nous sommes « témoins ».


Un témoin dans une procédure judiciaire idéale

c’est une personne qui apporte un récit 

absolument objectif de ce qu’elle a vu.

Un récit objectif, froid, sans implication personnelle.


Quand il s’agit du mystère pascal, c’est impossible !

Celui qui a vu, ne peut pas raconter froidement des faits 

comme si cela ne le regardait pas.

C’est impossible, parce que le mystère pascal 

quand on l’a contemplé, transforme notre vie.

Et le témoignage est justement 

la transformation de notre vie.


Et cette transformation a, entre autres, 

un aspect particulier :

Jésus est entré dans ma misère.

Jésus est entré dans mon péché.

Jésus est entré dans ma mort.

Nous ne sommes plus seuls à porter le fardeau du non-sens,

du dégoût, de la dépression, de la douleur 

et de tout ce qui nous fait honte.

L’Amour y est entré.

Et la Résurrection commence à faire fleurir notre âme.

Notre âme repliée, apeurée, torturée, 

contractée commence à fleurir.

L’Amour éclot là où tout semblait fermé en nous.

Les tombeaux s’ouvrent en nous et entre nous.


« La Paix soit avec vous » (Lc 24,36).

Cette Paix entre en nous, elle absout, elle guérit,

elle fait tomber les culpabilités malsaines

qui nous tiennent captifs depuis si longtemps.


La Paix soit avec vous…

De cela vous êtes témoins.

Méditer la Parole

19 avril 2015

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Actes 3,13-17

Psaume 4

1 Jean 2,1-5

Luc 24,35-48