3e Dimanche de Pâques B

 Vivre de la Résurrection ?

 C'est trois jours après la mort de Jésus.

Les disciples s'étaient dispersés, dans la peur et l'horreur de la Passion.

Les voilà à nouveau tous réunis.

Et suite aux apparitions de Jésus vivant, il règne parmi eux une belle agitation !


Rendez-vous compte : 

celui qu'ils avaient suivi depuis le commencement,

celui qui était leur ami, leur maître et leur Seigneur,

ils l'ont vu arrêté, condamné, défiguré et mis à mort.


Voir celui qu'on aime tordu de douleur et déchiré sur la croix,

voir son cadavre - Jean l'a même touché en participant à sa mise au tombeau -

autant de raison qui font que ces hommes sont cassés, choqués et abattus… 

Jésus est mort, toute leur personne est chamboulée par cette vérité.


Qui plus est, aucun d'entre eux n’a su faire face au scandale de cette mort infâme,

si bien que le film des événements tourne en boucle dans leur cœur ;

et c'est pour y creuser un sillon amer de tristesse et de culpabilité.


Aussi, vu l'état de choc dans lequel ils se trouvaient,

les apparitions de Jésus vivant aux disciples d'Emmaüs et à Pierre ont de quoi les retourner !

Bref, ils sont tous là, 

ils s'échangent les nouvelles si incompréhensibles de ces rencontres avec lui,

et ils sont en grand état d'excitation !


Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d'eux.

Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »


L'évangéliste souligne avec soin ce que provoque cette soudaine présence chez les disciples :

ils sont saisis de frayeur et de crainte,

les voilà tout bouleversés, saisis d'étonnement, 

leur cœur est troublé par le bouillonnement des pensées...


Qu'il est admirable de tendresse, Jésus ressuscité,

pour les ramener à la paix et à la réalité de sa présence :

Il leur parle personnellement, 

il leur rappelle ce qu'il avait dit quand il était précédemment avec eux ;

il explique avec douceur et autorité.


Puis il se fait toucher : oui, il est bien de notre chair !

Non, le Ressuscité n'est pas un esprit !

Et ce corps qu'il presse dans leurs mains, 

c'est bien le même qu'ils ont accompagné pendant trois ans, 

le même qu'ils ont aimé, avec qui ils ont vécu, avec lequel ils ont marché sur les chemins,

le même aussi qu'ils ont vu transpercé sur la croix.


Et ça ne suffit pas ! 

La joie pointe déjà, mais ils n'arrivent pas encore à y croire.

Alors il mange devant eux.

Combien de fois ils avaient mangé et bu avec lui !

Il avait aussi nourri la foule en leur présence avec quelques pains et des poissons.

Il y avait eu aussi cette dernière Cène où il avait rompu le pain : 

ceci est mon corps livré pour vous, ceci est mon sang, versé pour vous...

Faites cela en mémoire de moi.


Voilà qu'il mange devant eux, lui le Ressuscité.

Il mange, mais ce n'est pas pour se nourrir, 

c'est pour nourrir la foi de ses disciples.


Il mange, mais ce n'est pas qu'il ait faim de poisson grillé,

il a faim de les voir retrouver la paix pour qu'il puisse recevoir l'Esprit Saint.


Il mange, mais ce n'est pas pour se faire servir, 

c'est pour se faire tout proche, pour être frère avec eux.


Il mange parce que désormais, la table commune sera le signe du lien qui l'unit à eux.


Il s'était fait leur semblable pour qu'ils connaissent son Père,

il demeure leur semblable pour qu'ils le reconnaissent, lui le Vivant pour toujours.

C'est bien moi ! leur dit-il.


Il fallait qu'ils en fassent l'expérience, 

aussi certainement qu'ils avaient fait l'expérience de sa mort.


Il fallait que sa Résurrection soit constatée avec la certitude de tous leurs sens d'homme.

Et ce qui leur est si dur à croire,

c'est ce qu'ils ne vont ensuite cesser d'annoncer à temps et à contre-temps :

celui qui était mort, il est ressuscité ! Nous en sommes les témoins.


Il fallait que tout cela s'accomplisse,

il fallait que les apôtres soient retournés par cette expérience,

afin qu'ils proclament par toute la terre la conversion au nom de Jésus.


Il fallait aussi un moyen pour transmettre cette expérience fondatrice à travers les siècles.

Non seulement pour la raconter,

mais afin que les disciples de tous les temps puissent eux-mêmes rencontrer le Ressuscité,

le rencontrer personnellement,

et devenir à leur tour de vrais témoins.


C'est pourquoi Jésus mange devant eux,

et c'est pourquoi il ouvre leur intelligence à la compréhension des Écritures.


Depuis lors, chaque communauté chrétienne revit cette même expérience 

dans la célébration de l'eucharistie, 

et tout spécialement lors de la célébration dominicale. 

L'Eucharistie est ce lieu privilégié où l’Église reconnaît l'auteur de la vie

lors de la fraction du pain


C'est le moment privilégié où, grâce à la foi, nous entrons en communion avec le Christ, 

qui est alors parmi nous. 


Depuis lors, aussi, les chrétiens invoquent l'Esprit Saint 

et ouvrent leur cœur pour rencontrer le Christ dans les Écritures.

La Bible devient pour eux Parole vivante et personnelle,

une Parole créatrice qui façonne leur vie, 

une Parole qui les enseigne et transforme leur intelligence,

une Parole puissante qui fortifie leur volonté et guide leurs décisions.


Par la Parole et par l'eucharistie, 

il nous est donné de puiser dans le Ressuscité le pardon et la vie nouvelle,

de communiquer avec le Christ, de recevoir la grâce de sa Passion et de sa Résurrection.

C'est ainsi que Jésus continue à imprimer en nos vies l'efficacité inépuisable de son salut,

qu'il nous fortifie intérieurement de jour en jour 

et qu'il fait de chacun un témoin de sa grâce.


Que serait notre vie de chrétiens sans l'Eucharistie et la Parole de Dieu ?

Elle ne serait que préceptes sans vie et morale sans espérance.

Or, baptisés en Christ, nous avons accès à la source qui ne s'épuise jamais,

afin que la grâce de la résurrection prenne son ampleur en nous,

et que l'amour de Dieu atteigne en nous sa perfection.


Frères et sœurs, vivons de la Résurrection du Christ !

Mangeons et buvons au banquet qui, seul, peut nourrir le baptisé.

Mettons-nous à l'écoute de la Parole qui, elle seule, vivifie notre cœur et nous donne la vie.

Jésus est venu nous chercher pour faire éclater nos peurs et dilater notre cœur. 

Il a fondé notre foi sur une expérience ferme qui ne sera jamais ébranlée.


C'est celui que nous avons touché, celui que nous avons mangé,

celui qui a parlé à notre cœur,

celui qui se rend présent au milieu de nous jusqu'à la fin des temps, 

c'est le Vivant que nous annonçons ! Alléluia !

Méditer la Parole

19 avril 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Actes 3,13-17

Psaume 4

1 Jean 2,1-5

Luc 24,35-48