Vigiles pascales B

Jésus réhabilite Pierre

«Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ?
Il est ressuscité : il n’est pas ici.»
Inutile, frères et sœurs, d’attendre de ce jeune homme,
vêtu de blanc et assis dans le tombeau vide,
qu’il nous explique la Résurrection.
Elle est un fait qui se constate.
Les paroles du jeune homme n’apportent pas de preuves
mais leur autorité rend incontournable l’événement.

Le messager, nous le voyons, rassure les femmes,
il est capable de leur dire ce qu’elles cherchent,
il connaît l’existence des disciples et de Pierre,
il est initié aux paroles de Jésus puisqu’il s’y réfère.
Et quand il dit aux femmes :
«Voici le lieu où on l’avait mis» (Mc 16,6),
elles ne peuvent qu’attester la véracité de ce détail
puisque l’évangéliste Marc note lors du récit
de l’ensevelissement : «Marie Madeleine et Marie,
mère de José, regardaient où on l’avait mis» (Mc 15,47).
Elles ont vu le corps de Jésus déposé dans le tombeau
et aujourd’hui, elles voient que l’endroit est vide.
Le constat est clair : Jésus n’est plus là.

Si le récit ne nous en dit pas plus
sur le fait observable de la Résurrection,
il en dit beaucoup plus à celui
qui relit tout l’Évangile à la lumière de cet événement.
C’est ce à quoi invite le jeune homme vêtu de blanc.
Voici ce qu’il dit aux femmes :
«Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre :
il vous précède en Galilée.
Là vous le verrez, comme il vous l’a dit» (Mc 16,7)

«Comme il vous l’a dit …»
Saviez-vous, frères et sœurs, que Jésus avait parlé un jour
d’un rendez-vous en Galilée ?
Personnellement, j’ai pris ma Bible,
plus précisément cet Évangile selon saint Marc,
pour aller à la recherche de ce rendez-vous.
Et j’ai remonté le cours du récit évangélique verset après verset.
Quel ne fut pas mon étonnement de trouver
au chapitre 14, verset 28, entre la prédiction de Jésus
annonçant la dispersion des disciples
et celle annonçant le triple reniement de Pierre,
cette parole de Jésus :
«Mais après ma Résurrection,
je vous précèderai en Galilée» (Mc 14,28).

Voilà où nous renvoie la parole du jeune homme vêtu de blanc !
Nulle part ailleurs dans l’Évangile,
il sera fait mention de cette rencontre en Galilée,
mais uniquement là, en pleine tragédie, prémices de la Passion.

On comprend, depuis qu’hier nous avons entendu
Pierre renier son Maître, que le jeune homme
précise : «Allez dire aux disciples et à Pierre»,
– sous-entendu «et en particulier à Pierre» –,
car Pierre est un disciple meurtri par sa faiblesse.
Il n’est pas au tombeau en ce matin
du premier jour de la semaine.
Il se cache car il n’a pas été
à la hauteur de la croix du Christ.
Au chant du coq, il s’est souvenu
que Jésus lui avait annoncé qu’il le renierait.
Cette parole prophétique de Jésus,
que sa suffisance avait effacée de sa mémoire,
s’est réveillée en lui mais elle le blesse, l’humilie
car elle est encore sans lien, dans la conscience de Pierre,
avec l’autre parole qu’il a visiblement oubliée :
«Après ma Résurrection,
je vous précèderai en Galilée» (Mc 14,28).
Il aura fallu ce jeune homme vêtu de blanc,
à la parole de feu, pour que Pierre
soit capable d’aller jusqu’au bout
de ce réveil de sa mémoire.

L’événement de la Résurrection du Christ
en ce premier jour de la semaine,
c’est pour Pierre une expérience de relecture,
un travail de mémoire qui ouvrent
toutes les paroles du Christ sur un horizon nouveau.
Oui, par trois fois, Jésus avait parlé de sa Résurrection
mais associée à l’annonce de sa Passion et de sa mort,
elle était inaudible, incompréhensible.
La première fois, Pierre s’était même révolté
contre Jésus qui lui avait répondu :
«Passe derrière moi, Satan !
Car tes pensées ne sont pas celles de Dieu,
mais celles des hommes !» (Mc 8,33)
Pierre, en ce matin de la Résurrection,
consent désormais à ce que le dessein de Dieu
ne soit pas à sa mesure à lui.
Il comprend que jusque dans sa mort,
Jésus demeure le maître des événements.
La Résurrection du Christ, c’est l’expérience
d’un Dieu qui ouvre des chemins de vie
même à travers la mort.
Relire son itinéraire de disciple
à la lumière de la Résurrection,
c’est découvrir qu’il est conduit par un autre,
par le Tout-Autre, c’est aussi décider d’écouter
le Fils bien-aimé du Père (Mc 9,7).

L’événement de la Résurrection du Christ
en ce premier jour de la semaine,
c’est ensuite pour Pierre une expérience
de la miséricorde infinie de Dieu.
En annonçant la rencontre de Galilée après sa Résurrection,
au cœur de la prédiction de la dispersion des disciples
et du reniement de Pierre,
Jésus signifiait par avance que rien ne pouvait le séparer
de ses amis, ni sa mort, ni leur défaillance.
De la bouche même de Jésus, la Résurrection se dévoile
comme un mystère d’alliance que rien,
pas même le péché de ses disciples, ne peut rompre.
Pierre, en ce matin de la Résurrection,
comprend combien il est aimé
et que rien ne pourra désormais
le séparer de l’amour du Christ,
ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l’avenir.
La Résurrection du Christ, c’est l’expérience
d’un Dieu qui pardonne tout homme pécheur,
qui le restaure dans sa dignité d’enfant de Dieu.
Relire son itinéraire de disciple,
à la lumière de la Résurrection,
c’est consentir à son indignité
et en même temps, oser croiser le regard du Vivant,
regard qui lave, qui relève, qui recréé.

L’événement de la Résurrection du Christ,
en ce premier jour de la semaine,
c’est aussi pour Pierre une révélation sur le sens
de la croix dans sa vie de disciple du Christ.
Le disciple n’est pas épargné par les épreuves
que subit son Maître.
À Gethsémani, Jésus avait dit aux disciples :
«Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation» (Mc 14,38).
Jésus a été tenté en tout (He 4,15) mais il n’a pas succombé,
les disciples, oui.
Pierre, en ce matin de la Résurrection,
comprend qu’il ne peut suivre le Christ
sans accepter de porter sa croix avec lui.
La Résurrection du Christ, c’est la réponse de Dieu
à la parole de Jésus au Père durant son agonie :
«Non pas ce que je veux mais ce que tu veux» (Mc 14,36).
Relire son itinéraire de disciple
à la lumière de la Résurrection,
c’est entendre l’appel à mettre sa confiance
en Dieu seul et non en soi.

L’événement de la Résurrection du Christ
en ce premier jour de la semaine,
c’est enfin pour Pierre l’assurance
d’une relation nouvelle, personnelle
et unique avec Jésus.
Le jeune homme vêtu de blanc
n’annonce pas la Résurrection.
Il renvoie à ce que Jésus
avait déjà dit de son vivant sur cette terre.
Il ouvre l’événement annoncé
à sa réalisation qui dépasse toute attente :
Jésus ressuscité veut rencontrer son disciple,
tous ses disciples.
Pierre, en ce matin de la Résurrection,
comprend que ce qui compte dans sa relation au Christ,
ce n’est pas sa force, son courage, sa sainteté,
mais le fait d’avoir été choisi, appelé
pour une rencontre de personne à personne.
La Résurrection du Christ, c’est l’affirmation
que les défaillances du disciple ont été assumées,
dépassées par la croix du Christ.
Relire son itinéraire de disciple
à la lumière de la Résurrection,
c’est entrer dans la dynamique d’une rencontre avec le Christ
toujours en devenir, toujours ouverte sur un avenir
et qui advient sans prévenir.

Frères et sœurs, si le jeune homme vêtu de blanc
convoque Pierre à un acte de mémoire
pour faire l’expérience de la Résurrection,
il s’adresse à nous aussi, les disciples du Christ.
Relisons notre vie à la lumière de la Parole de Dieu
et de la Résurrection,
et nous découvrirons des chemins nouveaux
de croissance, de fécondité, d’ouverture à la vie dans l’Esprit.
«La Résurrection n’est pas seulement un fait
qu’il faut comprendre
mais un fait qui permet de comprendre»
notre propre histoire, notre propre relation à Jésus (J. Ph Fabre).
Aujourd’hui encore, le Ressuscité nous précède
dans notre Galilée.
Courons donc à sa rencontre !
Le voici qui vient.


(inspiré du livre de Jean Philippe Fabre,
Comment Jésus pétrit Pierre, Ed. Parole et Silence)

Méditer la Parole

4 avril 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Romains 6,3b-11

Marc 16,1-7

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