5e Dimanche de Pâques B

 Produire les fruits de l'Esprit

 Dans ce passage de l’Évangile selon saint Jean, 

Jésus prend soin de décoder toutes les images qu'il emploie :

la vigne, les sarments, le vigneron...

Tout est expliqué aux disciples. Tout sauf les fruits...

Et pourtant, le but de cet entretien de Jésus avec les siens 

semble bien être destiné à leur faire comprendre la vocation à laquelle ils sont appelés : 

qu'ils portent beaucoup de fruits !


Nous sommes, en Bourgogne, au cœur d'un vignoble réputé.

Laissons-nous saisir et interpeller par cette comparaison que le Seigneur nous propose,

afin que la sève de la vie divine circule au milieu de nous.

Chacune de nos vies, et notre Église d'aujourd'hui, si elle ne porte pas le fruit attendu,

est condamné à se dessécher et à brûler au feu.

Comment donc pouvons nous demeurer en Christ et être fécond ?


En employant l'image de la vigne, Jésus reprend un thème connu dans la Bible.

Les prophètes Isaïe et Jérémie l'utilisent pour désigner Israël.

Cette figure souligne tout particulièrement l'amour et l'élection 

dont le peuple de Dieu est l'objet :

planté et protégé par Dieu, il aurait dû produire des fruits de justice et de sainteté.

Mais quel fruit a-t-il donné ?


Aujourd'hui, dans les propos que Jésus nous adresse, l'image se développe.

La vraie vigne, c'est lui, Jésus.

Et c'est en sa personne que doivent désormais s'accomplir 

les promesses de justice et de sainteté.

En lui, l'élection d'Israël atteint sa perfection.

Elle est même largement dépassée, car à partir du Christ,

le Père fait advenir une vigne nouvelle sur laquelle chaque homme peut être greffé.


C'est dans ce contexte qu'il nous faut entendre l'insistance lancinante de Jésus :

Demeurez en moi afin de porter du fruit. 

Car en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire !


Le verbe « demeurer » est cher aux écrits de saint Jean.

Il indique la relation propre que le disciple entretient avec le Christ.

Demeurer, c'est être raccordé de manière vitale à Jésus.

Le vrai disciple ne cherche qu'en Jésus seul l'essence de sa propre vie, 

sa sève.

Jésus est la source de sa vie.


Et il sait qu'il lui serait parfaitement illusoire de rechercher ailleurs 

les ressources dont il a besoin pour agir et pour aimer.

Elles ne sont ni en son propre fond, ni dans les autres, 

ni dans des circonstances qui devraient lui être favorables...

Nulle part ailleurs qu'en Jésus seul.

En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire, nous rappelle Jésus.


Il est clair, donc, que la première condition pour porter du fruit,

c'est être ce disciple de Jésus qui demeure en son Seigneur par la foi et l'amour,

tout tourné vers lui plutôt que vers d'autre secours.

Jésus est son seul Sauveur.


Il n'est pas besoin d'insister sur le style de vie qui s'accorde avec l'attitude du disciple :

pour demeurer sans cesse en Christ,

il faut avoir choisi de consacrer des moments de la journée dans le cœur à cœur avec son Seigneur,

mais aussi aller puiser souvent à la source de l'eucharistie et du sacrement de réconciliation.

En cela, on ne peut porter du fruit sans une vie où règne la prière et la vie en Église.


Jésus pose ensuite une deuxième condition :

c'est d'accepter d'être émondé par la Parole de Dieu.

Dans la vie du chrétien, la Parole de Dieu est comme une thérapie active :

elle corrige et elle répare,

elle retranche et elle fait croître.

Ne pas laisser la Parole de Dieu nous transformer, c'est se condamner au dessèchement : 

la sève aura bien du mal à pouvoir circuler en notre vie. 


Le disciple, pour porter du fruit, ne peut faire l'économie de la conversion permanente.

Il doit se laisser corriger par Dieu, 

redresser et guider par les mains du vigneron.

C'est pourquoi nous devons nous mettre entre ses mains,

nous soumettre à sa Parole jusqu'à ce que sa Parole demeure en nous.


J'insiste sur ce point si important pour notre vie chrétienne en ce monde d'aujourd'hui :

si nous ne sommes pas formés et façonnés en permanence par la Parole de Dieu,

nous le serons inévitablement par les principes de ce monde

et nous porterons les fruits du monde, des fruits d'esclavage, des fruits de mort.

Il ne suffit donc pas de lire la Parole, ni même de l'étudier.

Il faut nous laisser éduquer et convertir par elle, nous laisser remettre en cause,

comme un apprenti se place sous l'enseignement de son Maître.


Jésus donne alors un repère au disciple pour qu'il vérifie s'il est bien greffé à lui.

Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous,

demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.

Savons-nous demander à Jésus ce qu'il nous faut ou ce qu'il faut à notre prochain ?

C'est un test pour savoir si nous attendons vraiment tout de Jésus,

s'il est vraiment notre vie, toute notre vie.

Quand nous ne demeurons pas en lui, nous ne pensons même pas à lui demander quoi que ce soit.

Nous cherchons ailleurs notre secours ou notre soutien.


Mais, dirons-nous, voilà qui semble un peu trop merveilleux :

il suffirait de demander à Jésus, et tout deviendrait simple !

Non : tout ne devient pas lisse et sans épreuves.

Mais oui, tout devient simple,

car alors, comme le dit la première lettre de Jean,

devant Dieu, nous apaiserons notre cœur. 

Car Dieu est plus grand que notre cœur.


Oui, il nous donne le repos et nous garde dans la paix,

car ce qui nous garde dans l'angoisse et l'inquiétude, 

c'est de prendre sur nous ce qui revient à Dieu.


Toutefois, et c'est sûrement pour cela qu'il y en a si peu,

être disciple a un prix.

Et ce prix, c'est notre vie !

Qui veut sauver sa vie la perdra, dit Jésus.

Mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui–là la sauvera. (Lc 9, 24)

Il n'y a que deux manières face à sa vie :

soit la tourner sur soi, sur sa sécurité et ses satisfaction,

soit la donner, à Dieu et à nos frères,

suivant son état de vie : à son épouse ou son époux, à sa communauté, à l’Église,

et ainsi à Jésus lui-même, chacun selon son appel.

Quel que soit l'appel de Dieu,

c'est en donnant notre vie qu'on trouvera le bonheur et qu'on portera du fruit.

C'est en donnant notre vie que l'on pourra être disciple du Christ.


Alors, le Seigneur pourra se servir de nous.

Il pourra nous conduire par son Saint Esprit.

C'est ce que dit saint Jean : Voilà comment nous reconnaîtrons qu'il demeure en nous, 

puisqu'il nous a donné son Esprit.

Et les fruits que nous porterons, ce sont les fruits de l'Esprit.

Paul l'enseigne en disant : Marchez sous l’impulsion de l’Esprit...

voici les fruits de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi,

douceur, maîtrise de soi ; 

contre de telles choses, il n’y a pas de loi. (Gal 5, 22)


Voilà donc à quoi nous sommes appelés :

être vivifié par la sève de la Vie en Christ pour porter un fruit qui demeure.


Demeurez en moi !

Ce qui fait la gloire de mon Père,

c'est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples.

Méditer la Parole

3 mai 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Actes 9,26-31

Psaume 21

1 Jean 3,18-24

Jean 15,1-8