5e Dimanche de Pâques B

Disciples missionnaires 

Quand Jésus dit les paroles que nous venons
d’entendre dans notre page d’Évangile,
il prépare ceux qui l’ont suivi,
ceux qu’il appelle désormais «mes amis»,
à entrer dans le mystère de sa Pâque.
Jésus va entrer dans sa Passion,
il va mourir sur la croix
mais la mort n’aura pas le dernier mot.
La vie va l’emporter.
C’est ce que nous célébrons dans ce temps pascal.
Jésus prépare ses amis à la mission qui les attend,
celle de l’Église
dont ils sont les pierres de fondation.
Jésus parle au cœur de ses amis
pour que celui-ci se transforme
et devienne un cœur de disciple.
L’enjeu de notre page d’Évangile est là.

Devenir un véritable disciple du Christ,
c’est le désir ardent qui habite
le tréfonds de l’être de Jésus
pour tous ceux qui l’ont suivi.
Pierre, André, Jacques, Jean, Matthieu,…
tous ceux qu’il a appelés,
vont-ils comprendre que la pâque de Jésus
est un appel à la conversion,
à un changement radical intérieur
pour une vie nouvelle dans l’Esprit Saint ?
Être disciple du Christ,
ce n’est pas seulement dire «Seigneur, Seigneur» ;
c’est engager des pas concrets
de transformation personnelle
pour que ce ne soit plus nous-mêmes qui vivions
mais le Christ qui puisse vivre en nous.

Pour faire comprendre l’identité nouvelle
du disciple qui doit surgir avec le Ressuscité
du tombeau au matin de Pâques,
Jésus utilise l’image bien connue en Israël de la Vigne.
Le disciple, tel le sarment relié au cep,
est héritier de la sollicitude de Dieu
pour sa vigne qui est le Christ.
Dieu prend soin du disciple
comme il prend soin de sa vigne.
La vie divine de Jésus circule dans la vie du disciple
comme la sève du cep irrigue les sarments.
La pâque de Jésus ouvre à une communion
de vie nouvelle entre les disciples et leur Maître.
Chaque disciple est rendu participant de la nature divine.
Il reçoit sa dignité non pas de lui-même
mais de celui sur qui il est greffé
par l’action de l’Esprit.
«Celui qui demeure en moi
et en qui je demeure,
celui-là porte beaucoup de fruit. »
Le disciple est comme saisi par le haut,
il devient instrument de la grâce de Dieu.
Pour que cela se réalise, une condition est nécessaire :
garder la Parole de Jésus.
Le disciple fonde sa vie
sur les paroles du Christ qui sont esprit et vie.
La Parole de Jésus est plus que des mots.
Elle est suprême efficacité,
plus incisive qu’un glaive à double tranchant.
«Mais vous, déjà vous voici purifiés
grâce à la parole que je vous ai dite»,
affirme Jésus.
Sa Parole ne lui revient pas sans résultat.
Elle éclaire, chasse le mal,
aide à discerner, nourrit l’âme.
Le disciple devient Évangile ouvert.
Si la simple lettre tue,
l’esprit qui porte la Parole de Jésus
vivifie le disciple et en fait un prophète.

Si l’image de la vigne illustre admirablement
la communion de vie et d’amour
qui relie Jésus à ses disciples,
elle exprime aussi un aspect plus douloureux
que Jésus ne cache pas à ses disciples.
Le disciple doit consentir à laisser le Père
être le vigneron de la vigne.
Il doit donc accepter ses manières de faire
qui ne sont pas les nôtres.
Tout l’art du vigneron excelle dans son talent
pour émonder sa vigne,
c’est-à-dire pour tailler ce qui est nécessaire
afin de favoriser la croissance
des fruits tant désirés pour la vendange.
Que le vigneron taille les rameaux secs,
ou ceux dont les bourgeons ne donneront
que des feuilles, on peut facilement le comprendre.
Mais Jésus précise :
«Tout sarment qui porte du fruit,
il le purifie en le taillant
pour qu’il en porte davantage».
Comment comprendre qu’on puisse tailler
ce qui est porteur de vie ?
Là est tout le secret du vigneron
qui ne se laisse pas séduire
par ce qui est déjà visible et satisfaisant
mais qui voit plus loin que les premiers résultats.
Il ose tailler, couper, réduire
pour que la sève vienne fortifier
les meilleurs sarments et donner de beaux raisins.
Tel le vigneron, le Père du ciel semble parfois
permettre que notre vie de disciple
soit émondée, élaguée.
Si nous n’y reconnaissons pas
l’action de la main du vigneron,
le découragement peut vite nous écraser.
Mais si nous croyons que le Père
fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment,
rien ne doit arrêter notre espérance
d’une vie toujours plus en croissance.

Jésus prononce ces paroles
alors qu’il va être abandonné de tous
et qu’il va passer au pressoir de la croix.
Le sang qu’il va verser jusqu’à en  mourir,
il en fera le vin de la nouvelle alliance.
Jésus est ce fruit de choix, unique,
pendu au bois sec de la croix,
qui possède la vie en plénitude
et qu’il donne en partage à ses disciples.
Notre marche à la suite du Christ
a pour finalité notre pleine maturité spirituelle,
cette stature de l’homme parfait,
dont parle saint Paul.
Le disciple qui se laisse émonder par le Père
affine sa capacité de jugement et de discernement.
Peu à peu sa volonté s’ajuste à celle de Dieu.
C’est pour cela que Jésus peut dire :
«Si vous demeurez en moi,
et que mes paroles demeurent en vous,
demandez tout ce que vous voulez
et cela se réalisera pour vous».
Tout est possible à celui qui abandonne
sa vie entre les mains de Dieu.
La gloire qu’il perçoit alors
à travers ses bonnes œuvres n’est pas sienne.
Elle est celle du Père.
Le disciple rend gloire à Dieu pour la fécondité de sa vie
et le Père glorifie le disciple de son Fils
en lui donnant en héritage la vie éternelle.

Frères et sœurs, Dieu attend de nous
que nous soyons de véritables disciples.
Des disciples missionnaires prêts à donner
notre vie pour l’annonce de l’Évangile.
Des disciples prophètes qui réveillent
notre monde endormi.
Que s’étende donc la vigne du Seigneur !
Que notre ville devienne cette vigne nouvelle
par le partage de l’Esprit de Dieu
et la communion de l’amour.
Allons donc travailler à la vigne du Seigneur !

Méditer la Parole

3 mai 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Actes 9,26-31

Psaume 21

1 Jean 3,18-24

Jean 15,1-8

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