Solennité de Pentecôte 

La fête de l'Esprit 

 Puisque l'Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l'Esprit, dit l'Apôtre.

Et le but vers lequel l'Esprit veut nous conduire,

c'est un banquet de noces, 

des noces éternelles où tout est joie et tout est fête !


Car voici le fruit de l'Esprit : 

amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi.

Le fruit de l'Esprit se déploie en nos vies comme un chant d'amour,

et les pas de danse par lesquels l'Esprit nous conduit 

nous ajustent peu à peu à la volonté du Père dans le Christ.


Entrons donc dans la fête de l'Esprit !


L'Esprit Saint est tellement déconcertant, tellement insaisissable,

que nous avons souvent l'impression que nous ne le connaissons pas.

Le monde, lui, est incapable de le recevoir, dit Jésus,

parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas ; 

mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous, 

et qu'il est en vous. (Jn 14,17)


Puisqu'il est en nous, habitons vraiment nos vies de baptisés afin de mieux le connaître,

afin de pouvoir entendre sa voix et comprendre comment il nous guide.


L'Esprit Saint est appelé Paraclet, le Défenseur ;

car il est cet avocat intérieur qui nous détache de nous-même et de toute culpabilité.

Il veut au contraire nous tourner vers le Christ, car en Jésus, nous sommes sauvés.

Dans l'Esprit, nous sommes rendus intérieurement libres,

libres pour louer et adorer le Seigneur,

libres pour aimer nos frères. 

Là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté, dit Paul (2 Co 3,17)


Il est aussi l'Esprit Consolateur ;

car si notre cœur est abîmé par le péché, le nôtre ou celui du monde,

l'Esprit de douceur et de paix intervient comme un baume. 

Il enveloppe le pécheur de la présence continuelle de Dieu.

Il lui rappelle que Dieu est sans cesse autour de lui, et qu'il est en lui.

Or celui qui est en Dieu ne peut jamais désespérer,

car rien n'est impossible à Dieu.


De plus, l'Esprit Consolateur est aussi l'Esprit de Vérité.

Le malin cherche à nous plonger dans le mensonge,

il obscurcit notre vision du monde et déforme à nos yeux le visage de nos frères.


L'Esprit de Vérité, lui, nous conduit dans la vérité tout entière (Jn 16,13),

c'est à dire qu'il nous centre sur Jésus-Christ qui, lui seul, 

peut nous donner le juste éclairage sur nous-même, sur les choses et sur le monde.

Il nous fait tout voir selon le Christ.

En fait, l'Esprit Saint fait de nous des fils comme Jésus est Fils, 

des fils du Père céleste par notre union au Fils unique qui est le Christ.

Alors la vérité, qui est le Christ, nous rend libres. (cf. Jn 8,32)


Quand il se rend visible, lors du baptême de Jésus, 

l'Esprit Saint apparaît comme une colombe.

La colombe évoque la grâce et la délicatesse, la légèreté et la fragilité.

Un rien peut en effet faire obstacle à l'Esprit Saint,

un rien peut l'éloigner.

Avec l'Esprit, il y a lieu d'être infiniment attentionnés !


Paul exhorte ses frères en leur disant :

N’attristez pas le Saint Esprit, dont Dieu vous a marqués ! (Ep 4,30) 

Ce qui attriste et éloigne l'Esprit Saint, 

c'est le péché, bien sûr ; le manque de droiture.

Mais aussi la raideur, la lenteur dans l'obéissance, le repli sur soi...


Pour suivre l'Esprit, il nous faut de la patience, de la douceur, 

et le désir de l'approcher comme on apprivoiserait une jeune colombe.

La Tradition l'appelle « doux hôte de l'âme », 

et sa présence nous procure une « adoucissante fraîcheur »,

tant sa venue est subtile et légère.


Pourtant, une autre figure nous le montre comme un torrent impétueux

une « source vive » qui coule avec puissance.

C'est l'apparent paradoxe de l'Esprit Saint : sa douceur est en même temps sa force,

car sa délicatesse n'est entravée par aucun obstacle 

pourvu que le cœur du croyant l'accueille avec foi et disponibilité.


C'est le propre de l'Amour d'être tout à la fois délicat et invincible !


De fait, l'Esprit est aussi Feu divin :

Feu qui se pose sur les apôtres lors de la Pentecôte ;

Feu qui, déjà, embrasait le buisson ardent sans le consumer ;

Feu qui rend notre cœur incandescent d'amour et de désir 

jusqu'à communiquer sa flamme à tous ceux qui s'approchent.


L'Esprit est en nous comme un brasier ardent 

qui nous pousse à donner notre vie pour nos frères 

dans une gratuité qui nous surprend nous-mêmes. 


Il est Feu et Lumière :

sa lumière illumine les cœurs et chasse toute ténèbre.

Une lumière bienheureuse qui donne la paix et affermit dans la confiance ;

Un rayon de lumière qui irrigue notre intelligence 

et nous ouvre à la compréhension des œuvres de Dieu.


Je ne vous appelle plus serviteurs, dit Jésus,

car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; 

maintenant, je vous appelle mes amis, 

car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître. (Jn 15,15)

C'est bien l'Esprit Saint qui fait de nous des amis de Jésus 

et non plus seulement des servants.


Le projet de Dieu, en effet,

c'est de rassembler dans l'unité ses enfants dispersés 

pour en faire un seul corps en Jésus-Christ (cf. Jn 11,52).

C'est ce que ne cesse de réaliser l'Esprit Saint : il est l'Unificateur.

En Jésus, il rassemble, il fait l'unité sans se lasser,

il réconcilie et il rapproche.

Que leur unité soit parfaite, dit Jésus

ainsi, le monde saura que tu m'as envoyé, 

et que tu les as aimés comme tu m'as aimé (Jn 17,23).


De ce fait, pour entrer dans la danse de l'Esprit, 

il faut nous appliquer à conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix,

comme dit encore l'Apôtre (Ep 4,3).

Une unité qui, loin d'aplanir les personnalité de chacun,

les déploie au contraire.

Car l'Esprit fortifie les dons propres à chacun de nous, 

il les fait grandir jusqu'à  maturité.


L'Esprit fait l'unité dans la diversité des dons et des personnes,

il met la diversité de nos charismes et de nos talents au service les uns des autres.

De tous les membres, il fait un seul corps dans l'amour mutuel.


C'est ainsi que l'Esprit est Créateur :

il nous introduit dans la vie nouvelle et fait de nous des créatures selon le Cœur de Dieu.

Comme le dit Paul, les tendances de la chair, 

c'est à dire de notre humanité livrée à elle-même, s'opposent à l'esprit,

et les tendances de l'esprit s'opposent à la chair.

Pour vivre selon l'Esprit de Dieu,

il nous faut crucifier en nous cet homme qui s'en va à sa ruine,

et choisir délibérément la vie nouvelle, la vie selon l'Esprit.


L'Esprit Saint qui nous est donné a coulé pour nous du côté transpercé du Crucifié.

Pour vivre selon l'Esprit Saint, n'ayons pas peur de recevoir cet Amour 

non de quelque échauffement affectif, mais de la croix de Jésus.

N'ayons pas peur de laisser mettre à mort l'homme égoïste en nous 

afin de laisser croître l'homme spirituel, celui qui reçoit sa vie de Dieu dans l'Esprit.


Pour en finir, la marque de l'Esprit Saint, c'est la louange et la joie.

La louange qui est la marque de l'Esprit en nous, 

lui qui ne cesse de prier et de s'émerveiller au plus profond de notre cœur.

La joie profonde et vraie, qui ne dépend pas des circonstances, mais de Dieu seul,

car désormais, Dieu habite en nous afin que nous habitions en Lui.

Celui qui s'engage dans la danse de l'Esprit devient par nature 

un homme ou une femme de louange et de joie !


Frères et sœurs, entrons joyeusement dans la fête de l'Esprit !

L'Esprit Saint nous est donné en ce jour de la Pentecôte :

marchons donc,

non sous l'impulsion de notre affectivité, de notre seule intelligence

ou de notre volonté propre,

mais en recevant la joie de Dieu, sous la conduite de l'Esprit Saint !

Méditer la Parole

24 mai 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Actes 2,1-11

Psaume 103

Galates 5,16-25

Jean 15,26-27.16,12-15