15e semaine du Temps Ordinaire - A

Chercheurs de paix, semés de paix

Que sème donc ce semeur
dont la parabole nous dit
qu’il le fait avec tant de prodigalité ?
C’est Jésus lui-même qui répond sans détour
à la demande d’explication des disciples (Mc 4,10),
en leur disant : La semence c’est la Parole de Dieu (Lc 8,11) ;
ou, plus précisément encore : la Parole du Royaume (Mt 13,19).
Nous voilà, d’emblée, mis dans la bonne intelligence
de ces mystères du Royaume des cieux
que le Christ a bien voulu nous révéler (13,11).

Ainsi, dès l’abord,
bien au-delà de l’image des semailles,
comprenons-nous le pourquoi de ce qui est bien plus qu’une folle largesse,
une véritable universalité dans le don.
Non, le bon grain n’est pas seulement semé largement ;
il est semé universellement !

Qu’a fait la Parole de Dieu en effet ?
Elle a créé l’univers !
Et le monde entier chante sa gloire (Ps 19,1-4).
Il suffit de le voir et de l’entendre
pourvu que l’on ait des yeux pour voir
et des oreilles pour entendre (Mt 3,14-15).

Elle a été ensuite semée en nos cœurs.
Dans le cœur, sans distinction, de tous les hommes.
Ainsi en témoigne, nous dit l’apôtre Paul,
la réalité de cette loi inscrite en leur âme,
à preuve le témoignage de leur conscience (Rm 2,15).

Et elle est plus encore semée
en nos cœurs de croyants par l’Évangile du salut
qui nous a été révélé et transmis.
Et celui qui se penche sur cette loi parfaite de liberté,
nous dit l’apôtre Jacques et s’y tient attaché,
non pas en auditeur oublieux,
mais pour la mettre activement en pratique,
celui-là trouve son bonheur en la vivant (Jc 1,20).

Ainsi, par sa Parole, qui, tout à la fois et tour à tour,
nous crée, nous rachète et nous sanctifie,
sommes-nous comblés de toutes sortes de biens et de bienfaits.
Car de sa plénitude nous avons tous reçu,
nous dit saint Jean, et grâce pour grâce (Jn 1,10).


Parmi toutes ces grâces,
comment ne pas évoquer plus spécialement aujourd’hui,
en ce jour où les défilés militaires évoquent
tout ce qu’on peut faire, justement, pour éviter la guerre,
la grâce de la paix.

En ce jour où, ici même et à cette heure,
sont rassemblés dans cette église Saint-Gervais de Paris,
tous ces jeunes venus de ce Moyen-Orient
si avide de paix, pour redire précisément, ensemble,
qu’ils veulent être des «chercheurs de paix».
Oui, qu’ils veulent être,
chrétiens israéliens, palestiniens, libanais,
égyptiens, jordaniens, avec nous tous, réunis,
des artisans et des messagers de paix.
Comme nous le demande Celui qui s’est révélé sur terre
sous les traits du Prince de la Paix (Is 9,5).
Car c’est lui qui est notre paix,
lui qui des deux n’a fait qu’un peuple
détruisant la barrière qui les séparait,
supprimant en sa chair la haine…
pour créer en sa personne les deux en un seul homme nouveau,
faire la paix et les réconcilier avec Dieu,
tous deux, en un seul corps, par le salut de sa croix.
Et l’Écriture de conclure : Nous avons tous en effet,
en un seul esprit, accès auprès du Père (Ep 2,14-18).
Notre unique Père !


Que nous dit donc, en ce jour, la parole de Dieu ?
À travers le message du prophète Isaïe, tout d’abord,
dans une espérance pleine de force paisible,
le Seigneur lui-même nous dit :
Ma Parole qui sort de ma bouche,
ne me reviendra pas sans résultat,
sans avoir fait ce que je veux,
sans avoir accompli sa mission (55,11).
Et Dieu a tenu parole.
Devant tous nos refus de paix,
nos bouderies, nos retards, nos faire semblant de paix,
il s’est fait, lui-même, notre Paix (Rm 15,35 ; Ep 2,14).
Il est venu, en personne, nous porter l’Évangile de la paix (Ep 6,15).
Il est descendu établir son règne de paix
— la paix du Christ — en nos cœurs (Jn 14,27 ; Col 3,15).
La question, dès lors, qui est la nôtre, est celle-ci :
Sommes-nous prêts à accueillir vraiment
en nos cœurs cette semence de paix
descendue pour nous du ciel dans la terre de nos vies ?
Si oui, nous pouvons en être sûrs :
la Parole de Dieu ne restera pas sans résultat.
Et, chacun de nous déjà, ensemencé par cette paix divine,
deviendra à son tour comme un petit havre de paix.
Et même aussi, comme Jésus nous le demande, donc
un artisan et un messager de paix, de Sa paix.


À travers la parabole du semeur,
Jésus lui-même nous rappelle, dans l’Évangile,
que si la Parole de Dieu est toute-puissante,
il dépend de nous qu’elle puise ou non germer.
Oui, sa parole est capable de créer le monde,
de racheter les hommes et de sanctifier les pécheurs.
Mais Dieu ne veut et ne peut le faire
que dans le respect de notre sainte liberté !

Quelle efficacité cette Parole de Vie,
qui est donc aussi parole d’amour, de lumière et de paix,
n’aura-t-elle pas, si nous la laissons simplement
descendre, monter et fructifier en nous (Jn 15,5.16) !
Tout est possible à celui qui croit (Mc 9,23),
nous rappelle celui qui nous dit aussi :
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix.
Je ne la donne pas comme le monde la donne.
Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre…
Et il ajoute, pour nous aussi :
Je vous dis ces choses pour qu’en moi vous ayez la paix (Jn 14,27).
Dans le monde vous aurez à souffrir,
mais gardez courage ! j’ai vaincu le monde (16,33).

Peut-être, parmi vous, chers amis,
qui venez de ces pays du Moyen-Orient si précieux à nos cœurs,
quelle que soit la nationalité à laquelle vous appartenez,
parce que ce sont les pays des terres bibliques,
peut-être, oui, certains se sentent-ils las, découragés et sans espoir,
dans l’attente d’une paix qui n’en finit pas de s’établir.
Mais Jésus nous invite aujourd’hui à avancer quand même
avec la foi et l’espérance du laboureur.
Ce laboureur, dont saint Jacques, précisément,
premier évêque de Jérusalem, nous dit
qu’il attend patiemment le précieux fruit de la terre
jusqu’aux pluies de la première et de l’arrière-saison.
Soyez patients vous aussi, nous redit l’Apôtre,
affermissez vos cœurs, car l’Avènement du Seigneur est proche (Jc 5,7-8).

Ceci dit et posé, car il ne faut jamais désespérer
du cœur de l’homme
(l’histoire même de ce jour de fête nationale nous le rappelle),
le christianisme ne verse pas dans l’irénisme et l’utopie.
La création tout entière crie sa souffrance, reconnaît l’apôtre Paul,
elle passe par les douleurs
d’un enfantement qui dure encore.
Et elle n’est pas seule.
Nous aussi nous crions en nous-mêmes notre souffrance.
Nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit,
mais nous attendons notre peine adoption filiale
et la délivrance de notre corps (Rm 8,22-23).
Ainsi pouvons-nous dire,
car c’est l’espérance malgré tout qui reste la plus forte,
que la création aspire de toutes ses forces
à voir cette révélation des fils de Dieu (8,19).


Frères et sœurs, chers amis,
dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu (1 Jn 3,2).
Dès maintenant restons donc,
et devenons de plus en plus,
ces «chercheurs de paix» que Dieu appelle
et que le monde attend.
Chacune, chacun de nous, soyons
cet artisan, ces artisans de paix, là où nous sommes.
Devenons ce messager, ces messagers de paix
auprès d e ceux et celles avec qui nous vivons.
Ceux-là seuls méritent vraiment
d’être appelés fils de Dieu (Mt 5,9).
Et le monde saura que ce n’est pas en vain
que le Semeur est sorti pour semer sa semence !

Parmi les milliards de milliards de grains
qui ont été semés sur la terre des hommes,
quelques-uns sont devenus ces petites parcelles de pain
qui vont devenir tout à l’heure
ce pain consacré qui est le Corps du Christ.
Puissions-nous accueillir de toute notre foi, en nos cœurs,
ce germe vivant de paix divine.
Pour que nous devenions en vérité
des témoins et des porteurs de paix !
De Sa Paix !
 

Méditer la Parole

14 juillet 2002

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 55, 10-11

Psaume 64

Romains 8, 18-23

Matthieu 13,1-23

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