Solennité de la Sainte Trinité 

La vie consacrée, confession et signe de la Trinité 

L’appel de Jésus Ressuscité a bel et bien été entendu
par ses disciples : depuis deux mille ans,
des hommes et des femmes de toutes nations
reçoivent le baptême
au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Le baptême est une immersion du croyant
dans la grâce trinitaire.
Créé par le Père, racheté par le Fils
et sanctifié par l’Esprit, tout baptisé
est appelé à conformer sa vie à celle du Christ,
à avoir les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus.

Parmi les baptisés, quelques-uns sont désignés
par un appel particulier du Père
à suivre le Christ dans une réponse radicale
et une écoute docile de l’Esprit.
Cette forme de vie caractérise ce que l’on appelle
les états de vie consacrée :
religieux, religieuses, ermites, moines et moniales,
vierges, laïcs consacrés…
Si tout baptisé, quelle que soit sa vocation,
laisse rayonner par sa vie
la lumière du Dieu-Trinité,
les consacrés reçoivent au sein de l’Église
la mission de révéler l’amour du Père,
de montrer la beauté du Fils
et de manifester la puissance de l’Esprit.
Le pape François ayant dédié plus spécialement
cette année 2015 à la vie consacrée,
c’est à travers elle que je voudrais en ce jour de fête
nous faire entrer dans le mystère de la très Sainte Trinité.

La vie consacrée confesse tout d’abord l’amour du Père
qui est à l’origine de tout appel à suivre le Christ.
«Nul ne peut venir à moi
si le Père qui m’a envoyé ne l’attire», dit Jésus (Jn 6,44).
La vocation à la vie consacrée
est une initiative qui vient tout entière du Père.
Celui ou celle qui répond à l’appel de Dieu
par un don inconditionnel de sa vie,
dit quelque chose de la force d’amour
qui vient du Père, une force qui attire vers plus grand que soi,
une force qui est expérience de joie et de plénitude.
Mais la paternité divine ne contraint pas.
Elle attend une réponse libre.
Tel est le Père, créateur et dispensateur de tout bien.
Tout vient de lui et tout converge vers lui.

Pour aller vers le Père, le Fils est venu
nous ouvrir le chemin.
Il invite à marcher sur ses traces.
Les consacrés engagent totalement
leur être d’homme et de femme
pour vivre en intimité avec le Christ
et le suivre partout où il va (cf. Ap 14,4).
La vie consacrée est imitation du Christ.
«L’imitation te conduira à l’identification,
dit le Livre de Vie de nos Fraternités de Jérusalem (n°59),
l’identification à l’incorporation,
l’incorporation à la divinisation.
Si tu as renoncé à tout,
tu seras introduit au partage de tout
dans le sein du Père,
car il veut que là où est son Fils,
tu sois aussi avec lui pour contempler sa gloire».
Les consacrés entraînent tous les baptisés
vers ce terme de lumière promis à tous :
l’entrée dans la gloire trinitaire.
Configurés au Christ qui monte vers son Père,
ils laissent son Visage s’imprimer en eux.
Pour eux, vivre, c’est le Christ (Ph 1,21).

Appelés par le Père, configurés au Fils,
les consacrés se laissent sanctifier par l’Esprit Saint.
«Leur œuvre essentielle consiste
à laisser transparaître en eux
la beauté spirituelle
de la création transfigurée par l’Esprit Saint»,
dit encore notre Livre de Vie (n° 60).
Sous l’action de l’Esprit, le consacré
peut redire à la suite du prophète Jérémie :
«Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire» (Jr 20,7).
«C’est l’Esprit qui suscite le désir d’une réponse totale.
C’est lui qui accompagne la croissance de ce désir»
(Jean Paul II, Vita Consecrata n° 19).
L’Esprit trace un chemin spirituel
que les Pères d’Orient appellent «philocalie»,
amour pour la beauté divine.
L’Esprit transforme de l’intérieur les consacrés
en laissant remonter en eux l’Image première de Dieu.
Peu à peu, ils deviennent
des «porteurs de Lumière et d’Esprit» (LV n° 60).
Les consacrés sont des pèlerins
cheminant jusqu’à la Source inépuisable de la Lumière.
Ils sont une «expression particulièrement forte
de l’Église-Épouse qui, conduite par l’Esprit
à reproduire en elle les traits de l’Époux,
apparaît devant lui ‘toute resplendissante, sans tache ni ride
ni rien de tel, mais sainte et immaculée’ (Ep 5,27)»
(Jean Paul II, Vita Consecrata n° 19).

«La vie consacrée est une annonce
de ce que le Père accomplit par le Fils, dans l’Esprit,
par son amour, sa bonté, sa beauté» (id. n° 20).
Elle est une invitation à rechercher
les choses d’en-haut, là où se trouve le Christ,
à songer aux choses du ciel,
non à celles de la terre (Col 3,1-3).
Elle est épiphanie de l’action trinitaire
qui élève les hommes vers les biens éternels,
vers le Royaume qui n’est pas de ce monde.
En professant les trois vœux de chasteté,
de pauvreté et d’obéissance, les consacrés
adoptent un mode pour ainsi dire divin
de relation aux autres, aux biens et à soi.
Jésus, l’Homme-Dieu, modèle de toute vie consacrée,
a vécu chaste, pauvre et obéissant
afin d’exprimer en son humanité
sa relation de Fils unique
avec le Père et avec l’Esprit-Saint.
Les vœux sont un don divin
de la très Sainte Trinité.
C’est en elle qu’ils trouvent leur sens profond.

Ainsi la chasteté vécue
avec un cœur sans partage (cf 1Co 7,32-34)
«constitue le reflet de l’amour infini
qui relie les trois Personnes divines
dans la profondeur mystérieuse de la vie trinitaire ;
amour dont témoigne le Verbe incarné
jusqu’au don de sa vie ;
amour ‘répandu en nos cœurs par l’Esprit Saint’ (Rm 5,5)
qui pousse à une réponse d’amour total
pour Dieu et pour les frères.
La pauvreté confesse que Dieu est
l’unique vraie richesse de l’homme.
Vécue à l’exemple du Christ qui,
‘de riche qu’il était, s’est fait pauvre’ (2Co 8,9),
elle devient une expression du don total de soi
que se font mutuellement les trois Personnes  divines (…).
L’obéissance, pratiquée à l’imitation du Christ,
dont la nourriture était de faire la volonté du Père (cf Jn 4,34),
manifeste la beauté libérante d’une dépendance filiale
et non servile, riche d’un sens de la responsabilité
et animée par une confiance réciproque,
qui est reflet dans l’histoire
de la correspondance dans l’amour
des trois personnes divines» (Vita Consecrata n° 21).
Jean-Paul II conclut dans l’Exhortation Vita Consecrata :
la vie consacrée «devient ainsi confession et signe
de la Trinité, dont le mystère est montré
à l’Église comme modèle et source
de toute forme de vie chrétienne» (n° 21).

Frères et sœurs, rendons grâce pour le don
de la vie consacrée dans l’Église
qui nous donne de toucher quelque chose
du mystère de la Sainte Trinité.
Et prions pour les consacrés afin qu’ils trouvent
leur joie à rendre visible les merveilles de Dieu
par leur vie transfigurée par la grâce.
Que la fascination et la nostalgie de la beauté divine
manifestée magnifiquement dans la communion trinitaire
les maintiennent en éveil et ouverts aux appels de l’Esprit.
Qu’ils soient une épiclèse vivante au cœur de ce monde,
chantant comme nous allons le faire dans un instant :
«L’Esprit et l’Épouse disent : Viens !
Que celui qui entend dise : Viens !
Et que l’homme assoiffé s’approche,
que l’homme de désir reçoive
l’eau de la vie gratuitement» (Ap 21,17).
Que ce monde passe et tu seras tout en tous !

Méditer la Parole

31 mai 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Deutronome 4,32-40

Psaume 32

Romains 8,14-17

Matthieu 28,16-20

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