Solennité du Corps et du Sang 

 L'alliance nouvelle

 Le mystère eucharistique est à comprendre 

dans la perspective des alliances que Dieu a conclues avec les hommes.

Le plus profond désir de Dieu, 

c'est que tous les hommes soient rassemblés en famille avec Lui.

Mais il ne peut le faire malgré nous.

Sa manière d'agir a consisté à proposer de conclure une alliance.


Il y a eu l'alliance avec Noé,

puis l'alliance avec Abraham.

Il a ensuite choisi le peuple d'Israël pour lui proposer de faire alliance avec Lui.

La première lecture nous le rappelle.


Du temps de Moïse, cette alliance est scellée par le peuple autour de deux signes forts :

la fidélité à la Loi et les sacrifices.

Le peuple, en effet, comprend bien qu'il ne peut y avoir d'alliance sans engagements mutuels.

Dieu s'est engagé en libérant Israël de la servitude et en lui promettant une terre.

Le peuple répond en s'engageant envers la Loi donnée à Moïse :

Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique.

Moïse alors donne l'ordre d'offrir des holocaustes en immolant des taureaux,

puis avec le sang des sacrifices, il asperge d'une part l'autel, et d'autre part le peuple.


Mais, une fois de plus, le peuple sera dans l'incapacité à tenir ses engagements.

D'ailleurs, était-ce là le vrai désir du Seigneur ?

Dieu, en effet, ne désirait pas d'abord un respect légal,

encore moins des sacrifices ou des offrandes.

Dieu désire unir les hommes dans son amour.

Et l'amour n'est réalisé que s'il est partagé.


Sans réponse des hommes, l'amour de Dieu est sans prise.

Or à cause du péché, les hommes ont été rendus incapables de s'engager dans un amour vrai.

Le désir d'aimer est dans leur cœur,

il est même un besoin lancinant.

Mais l'homme a perdu la capacité à s'engager et à être fidèle ;

à honorer une alliance à laquelle, pourtant, il aspire.


Comment Dieu, dans son amour de Père, pouvait-il venir à notre secours 

sans pour autant trahir l'essence même de son amour, 

c'est à dire en sauvegardant notre liberté ?


Dieu a envoyé son propre Fils dans la chair.

Le Verbe éternel de Dieu a pris en tout notre condition humaine.

Lui, Jésus, saura s'engager et être fidèle.

Lui saura en même temps nous tendre la main, et tourner son cœur et son corps vers le Père.

Lui saura établir une alliance qui tienne.


En fait, Jésus est lui-même l'alliance.

Il est tout à la fois la victime et l'autel,

tout à la fois la Loi, l'interprète et le pédagogue.

Il est lui-même l'amour, l'objet de l'amour et celui qui aime.

En sa personne, il fait l'unité entre les hommes et Dieu.


C'est pourquoi cette nouvelle alliance ne pouvait se faire qu'en son propre Corps.

C'est lui-même qui s'offre, en son Corps et en son Sang.

Et en recevant ainsi son Corps et son Sang,

c'est l'alliance qui se forme en nous, le Christ qui devient moi tandis que je deviens le Christ.

Or le Christ est Dieu.


Quelle merveille que l'Eucharistie !

Quelle beauté que le Christ, le plus beau des enfants des hommes,

vrai et indépassable médiateur entre l'homme et Dieu.


La voilà, l'alliance qu'il nous fallait !

Désormais, elle est toujours devant nous, toujours active et agissante.

Elle nous appelle, que nous soyons encore loin ou déjà dans la foi.

Elle nous appelle afin que nous entrions dans l'alliance,

dans ces noces éternelles 

où Dieu s'unit aux hommes si profondément que l'homme devient Dieu.


Dans l'évangile, nous voyons Jésus envoyer ses disciples préparer la table pour la Pâque.

Mais en fait, tout est déjà prêt !

Il leur suffit d'obéir à Jésus,

et les voilà qui trouvent tout en place comme il leur avait dit.

Ils n'ont plus qu'à se mettre à table et se laisser servir !


C'est bien ainsi pour nous, aujourd'hui.

Jésus nous appelle, et il suffit que nous répondions en nous approchant de sa table,

et tout nous est donné.

Jour après jour, nous découvrons que ce « tout » est à comprendre au sens fort.

À sa table, le Christ nous donne tout,

tout de notre humanité, 

c'est à dire la plénitude de notre vie humaine, dans toute sa profondeur et sa beauté ;

et tout de Dieu lui-même,

l'union au Père, par le Fils, dans le souffle large et vivifiant de l'Esprit Saint.


Il nous faut en effet parler ici de l'Esprit Saint.

Une des grâces suprêmes de l’Eucharistie,

c'est de faire croître le souffle de l'Esprit en notre vie.

Rien d'étonnant à cela :

si nous nous unissons au Christ par la communion à son Corps,

c'est bien l'Esprit qui fait son œuvre, pour nous pousser alors vers le Père.


C'est bien là qu'on comprend pleinement ce que peut produire l'adoration eucharistique :

en contemplant Jésus dans son Corps sous la forme si déroutante du pain,

c'est l'Esprit qui fait son œuvre,

c'est l'Esprit qui nous fait voir l'invisible,

qui nous fait goûter à l'inaccessible

qui nous fait saisir celui qui nous a saisis le premier.


Dans l'adoration du Très Saint-Sacrement, tout en restant complètement sur la terre,

nous vivons déjà du pain du ciel,

des noces éternelles qui doivent unir l'humanité avec Dieu, la terre avec le ciel.

L'Esprit Saint en est la puissance agissant, 

et le Christ accomplit son œuvre de médiateur de la nouvelle alliance.


Cette fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ

a été justement appelé Fête Dieu,

car Jésus nous a donné son Corps et son Sang en communion

afin que nous soyons saisis tout entier dans l'Esprit en vue de ne faire plus qu'un avec le Père.

La Fête Dieu est en réalité fête de l'Alliance de Dieu avec les hommes,

c'est un mariage, une noce.

Le Saint-Sacrement en est le moyen divin.

Méditer la Parole

7 juin 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Exode 24,3-8

Psaume 115

Hbreux 9,11-15

Marc 14,12-16.22-26