Ascension du Seigneur B 

 Voici qu’en ce jour, le Christ nous est comme enlevé.
« Tu vois ce vide au-dessus de nos têtes ? disait Jean-Paul Sartre,
C'est Dieu...
Le silence, c'est Dieu, l'absence c'est Dieu. »
Si certains émettent l’idée d’une absence de Dieu,
l’Église en ce jour nous confie son Espérance.
Certes le Seigneur s’élève à travers les nuées.
Nous le voyons pénétrer dans le Ciel et entrer dans sa Gloire.
La voix du Verbe s’éteint à nos oreilles.
L’image du Dieu invisible disparaît à notre regard.
Mais l’Église nous entraîne dans un élan d’espérance.
 « Entraîne moi sur tes pas, courons ! »
Ces paroles de la Bien-aimée du Cantique, ce sont bien les paroles de l’Église en ce jour. Le Christ, le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneur s’avance vers le Ciel et l’Église toute imprégnée des parfums récents de la Résurrection le poursuit du regard.
Entraîne-nous sur tes pas, courons ! chante l’Église
Toi le nouvel Élie, toi qui t’élèves au plus haut des cieux, entraîne-nous sur tes pas et donne-nous cette part de ton Esprit.
Fais nous découvrir ton Royaume !
Fais nous découvrir l’espérance de ta royauté dans le monde.
Alors qui est ce roi de Gloire ?

*

« Qui est ce Roi de Gloire ? »
C’est lui le Seigneur, le Verbe de Vie !
Mais à l’Ascension, le Verbe se tait pour parler à ton cœur
afin que tu deviennes Écoute et Parole.
Le Verbe se tait pour que tu conjugues ta vie avec la douceur de son Amour pour toi
et que ta vie le traduise en acte.
L’Église naissante a cherché son Bien-Aimé,
elle l’a cherché sur les hauteurs de Jérusalem et ne l’a pas trouvé.
« Je l’ai appelé dit-elle par la voix de la Bien-aimée du Cantique, mais il n’a pas répondu » Pendant quarante jours, il leur était apparu et il leur avait parlé du Royaume de Dieu,
mais en ce jour le Verbe s’élève « et une nuée vient le soustraire à leur regard »
Dès lors, le Verbe s’est tu.

Pour toi aussi en ce jour le Verbe se tait pour que tu entres dans son silence
Le Verbe se tait pour que tu l’écoutes dans le silence de ton cœur.
Le Verbe se tait pour que tu l’accueilles dans ce Royaume intérieur.
Car il est Roi notre Sauveur et en ce jour il vient régner en toi.
Il vient demeurer chez toi pour aimer par toi.
Dans cet espace intérieur, le silence donne naissance à ta liberté
et ta vie peu à peu se conforme à sa Parole.
C’est la demeure de l’Esprit qui en toi va donner chair au Verbe.
Alors quand le Verbe se tait et que tu l’accueilles en vérité,
c’est ta vie qui peu à peu se conjugue à la sienne, pour porter son fruit.
Alors comme le psalmiste, tu t’exclames :
« Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt,
je veux chanter, je veux jouer pour toi ».

Le Verbe se tait pour que ta vie le chante et le traduise en acte
Le Verbe attend des traducteurs de son Amour.
Le Verbe attend des témoins véridiques de sa Parole.
À la suite des apôtres, le Verbe envoie « des témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. », pour traduire l’Évangile  en acte.

Alors pour toi aujourd’hui, le Verbe se tait pour que tu l’entendes et que tu l’écoutes dans ce qui paraîtra parfois inaudible ou absurde.
Dans la clameur de ce monde il se taira afin que tu perçoives son cri silencieux.
Il se taira pour te faire entendre son cri dans le cri des malheureux.
C’est le cri des angoisses, que le bruit de ce monde ne peut étouffer,
mais que le silence de ton cœur pourra écouter.
C’est le cri de la souffrance que nul homme ne peut soulager
mais que l’Esprit consolateur viendra par toi apaiser.
C’est le cri des assoiffés de Vie que nulle consommation ne peut satisfaire
mais que la Parole viendra à travers toi étancher.

« Plus nous recevons dans le silence de la prière,
plus nous donnerons dans la vie active »,
rappelait souvent Mère Teresa à ses sœurs.
Si le Verbe se tait c’est qu’il parle à ton cœur pour que tu lui prêtes ta voix.
C’est qu’il éveille en toi l’aurore d’un monde nouveau
et qu’ainsi tu annonces sa lumière et sa Vérité.

*

« Qui est ce Roi de Gloire ? »
C’est lui le Seigneur, l’Image du Dieu Invisible
Mais, à l’Ascension, l’image du Dieu invisible disparaît à ton regard humain.
Son visage s’efface pour que tu l’imprimes dans la mémoire de ton cœur
et que tu la révèles au monde dans un regard de contemplation.
L’Église naissante a cherché son Bien-Aimé,
elle l’a cherché sur les hauteurs de Jérusalem et ne l’a pas trouvé.
« J'ai ouvert à mon bien-aimé, mais tournant le dos, il avait disparu !
dit-elle par la voix de la Bien-aimée.
Je l'ai cherché, mais ne l'ai point trouvé. »
Les disciples rassemblés aux abords de Béthanie, guettait le ciel,
espérant revoir le Fils bien-aimé.
Mais ils n’auront d’autre vision que celle des anges qui leur dirent :
« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? »

L’image du Dieu invisible disparaît à ton regard
comme pour réveiller en toi la mémoire de ses merveilles
et pour aviver ton regard de foi.
Pour les disciples comme pour nous, il s’agit de consentir à l’invisible.
Par la foi, il s’agit de passer du visible à l’invisible.
Il s’agit de voir avec le cœur pour discerner « quelle espérance nous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints ».

Comme le silence, le lieu de l’invisible est un espace pour notre liberté.
C’est le lieu d’un consentement, d’un choix libre.
C’est un espace de contemplation où notre cœur fait mémoire du Christ,
des mystères de sa vie terrestres,
ainsi que de tous ses bienfaits qu’il prodigue dans le monde invisiblement.
C’est un lieu d’espérance où nous apprenons à regarder au-delà des apparences.
Voir l’invisible, c’est donc convertir son regard à l’adoration et à la vénération.
C’est vivre de la grâce de l’adoration eucharistique,
c’est entrer dans le sens profond des icônes et de tous les symboles liturgiques.


Mais l’image du Dieu invisible disparaît pour que tu révèles le Christ vivant à tes frères. Désormais il ne s’agit plus de scruter le ciel,
il s’agit de vivre de cette espérance donnée par le Christ dès ici-bas.
Il s’agit de vivre en fils du Père, sur la terre comme au ciel.
C’est bien l’appel que reçoivent les apôtres en ce jour.
« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? »
Les apôtres sont des Galiléens,
des hommes de la terre dont le regard est fixé sur le souvenir de Jésus de Nazareth,
des hommes qui vivent le présent avec la nostalgie du passé.
Des hommes dont le regard est comme sclérosé par les soucis et les souvenirs de ce monde.
Alors en ce jour, avec les apôtres,
nous sommes invités à vivre le présent dans l’espérance du Ciel.  
« Recherchez les réalités d'en haut, nous dit Saint Paul, c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d'en haut, non à celles de la terre. Car votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. »
Désormais tout est icône de Dieu, tout est sacré.
Tout devient liturgie. Tout annonce le Royaume qui est déjà là, mais pas encore manifesté.
Au milieu d’un monde submergé d’images,
le Christ attend donc des révélateurs de sa Présence,
et il envoie des témoins qui imprimeront dans le monde la marque de son Amour
à travers le sceau de l’Esprit Saint, que le Père a promis.
Il espère en nous des hommes d’action et de contemplation,
capables de foi et d’espérance pour le monde et pour l’humanité,
au cœur même des plus grandes défigurations.

« Commençons chaque jour en essayant de voir Jésus à travers le pain, disait souvent Mère Teresa et durant la journée, continuons à le voir sous les apparences des corps épuisés de nos pauvres. »

*

« Qui est ce Roi de Gloire ? »
Qui est celui que nous ne pouvons ni voir ni entendre ?
Ne serait-ce pas le premier-né d’entre les morts ?
Ne serait-ce pas la tête d’un Corps en train de naître ?

Frères et sœurs,
l’Ascension, c’est le mystère d’une naissance.
C’est le mystère de notre naissance au Ciel qui a déjà commencé et qui se réalise chaque jour. Ce que nous célébrons n’est pas une naissance selon la chair,
mais c’est un engendrement progressif à une vie nouvelle dans le Christ.
« Car il faut en effet que se construise le corps du Christ,
jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi
et la pleine connaissance du Fils de Dieu,
à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude. »

Pour naître, nous l’avons bien compris, il nous faut accepter une séparation.
Il nous faut accueillir un nouveau rapport à l’Incarnation.
C’est une autre manière d’entendre et de voir notre monde.
C’est une autre manière d’écouter le Verbe et de voir le Christ, vivant par son Église.
Au cœur du silence et de l’invisible, voici que le Christ nous appelle à la Vie.

Alors dans ce mystère, l’Église peut bien dire : « Entraîne-moi sur tes pas, courons ! »
Oui entraîne-nous sur tes pas,
et ne divaguons pas dans l’imaginaire d’un rêve futur ou la nostalgie du passé.
Courons plutôt dans la réalité du monde présent,
là où Dieu nous a placés afin d’annoncer, de révéler sa Présence en nos cœurs.
Courons plutôt avec foi et espérance auprès de nos frères,
pour leur manifester en acte l’Amour que le Christ nous a prodigué.
Ainsi « celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ».

Méditer la Parole

14 mai 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

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