11e Dimanche du temps Ordinaire B 

Accueillir la semence de la Résurrection 

 Parmi les vertus théologales, nous le savons, 

l'espérance est celle qui donne le moteur à notre vie spirituelle.

Sans l'espérance, nous restons en panne.

Avec son souffle, nous sommes poussés à avancer avec fermeté.


Les paraboles qui nous sont proposées aujourd'hui viennent nourrir notre espérance

en nous faisant entrer dans la logique du monde de la grâce qu'est le Royaume de Dieu.


La parabole de la semence qui pousse toute seule, d'abord, 

nous apprend que le processus de croissance du Royaume de Dieu 

ne dépend pas des hommes, mais de Dieu seul.


Celle de la graine de moutarde 

que la grandeur des œuvres de Dieu se plaît particulièrement 

dans des commencements tout petits et tout humbles.


Bref, la logique du Royaume n'est pas celle des entreprises humaines,

le chemin de la grâce ne suit pas la pensée des managers ou des DRH...

Pour entrer dans les voies de Dieu, 

nous ne pouvons faire l'économie d'une radicale transformation.

L'Esprit Saint doit renouveler notre intelligence et ouvrir les yeux de notre cœur 

à des réalités que le monde ne comprend pas.


Avec la parabole de la semence, Jésus nous enseigne donc cette loi étonnante du Royaume :

la puissance divine est irrésistible, et rien ne peut entraver sa volonté.

C'est Dieu qui fait naître au monde nouveau,

c'est Dieu qui donne la croissance à son Royaume, 

et sans que les hommes y soient pour quelque chose.


En entendant cet enseignement, on a bien des difficultés à situer à sa juste place 

la part qui relève de notre propre responsabilité humaine et celle qui revient à Dieu.

Car nos actions ou nos omissions ne sont évidemment pas indifférentes,

Jésus lui-même ne cesse de le souligner par ailleurs.

Ne serait-ce que dans cette parabole qu'il a racontée juste avant l'évangile d'aujourd'hui :

la parabole du semeur (Mc 4,1-9)

où il met en évidence la responsabilité du terrain qui accueille la semence.


Il va donc falloir concilier ce qui relève de l'œuvre de la grâce

et ce qui dépend de notre propre liberté.

Mais gardons cette question, pour l'instant.


Il nous faut d'abord accueillir ce que Jésus nous dit aujourd'hui : 

la croissance du Règne de Dieu ne dépend pas de nous ;

et c'est une très bonne nouvelle !

Car si son développement dépendait des hommes,

nous aurions toutes les bonnes raisons d’avoir peur qu'il n'aboutisse jamais.


Mais si le Règne est entre les mains de Dieu, 

nous avons l'assurance qu'il s'accomplira en son heure.

Nous aurions beau ne rien voir, 

tout pourrait nous sembler bloqué,

il nous reste maintenant cette certitude et cette promesse : 

le Règne de Dieu avance inexorablement, 

et son avènement s'accomplira de toute façon.


Une très bonne nouvelle, vraiment !

Et qui doit à coup sûr alimenter notre espérance.

Car, quoi qu'il arrive, il y a un avenir pour notre foi !


La parabole de la graine de moutarde ajoute un enseignement d'une grande importance :

et elle l'exprime en un contraste saisissant !

Autant la graine de moutarde est petite,

autant la plante qui en résulte est imposante.


Ainsi le Royaume de Dieu procède d'un paradoxe similaire :

la petitesse de ses commencements ne doit pas nous tromper.

L'aspect dérisoire des moyens en œuvre n'a pas à nous troubler.

Car c'est à partir d'un tout petit rien que Dieu se plaît à faire du grand !

Et même du très grand !


Car ainsi que le moutardier accueille les oiseaux du ciel dans ses branches,

ainsi la réalité sur laquelle débouche le Royaume de Dieu est immense,

puisqu'au terme, il faut qu'il atteigne l'univers entier, 

et jusqu'à la moindre parcelle du cosmos.


Donc le développement du Règne de Dieu est certain,

et son terme est non moins certain : Dieu doit devenir tout en tous.


Revenons maintenant à la question que nous avions laissée de côté :

l'articulation entre la grâce de Dieu à l'œuvre dans le monde et notre liberté.

Comment accorder ces deux aspects qui paraissent s'opposer ?


Considérons la délicatesse de la pédagogie divine :

En nous donnant la foi en sa toute-puissance, nous nous souvenons que notre Dieu n'est étranger à rien de ce qui advient dans ce monde.

En fortifiant notre espérance par la certitude que son Règne se réalise quoi qu'on en voie,

il nous établit dans la confiance face à l'avenir.


Sans cette confiance, nous resterions paralysés et incapables d'avancer.

Mais, en nous appuyant sur la foi 

que Jésus est avec nous pour faire fructifier le travail de nos mains,

nous pouvons poser des choix libres, des choix qui engagent notre foi,

des actes qui font du croyant un participant à l'édification du Royaume.


Une des faiblesses de notre vie chrétienne contemporaine,

c'est justement de bien peu considérer le but de notre vie d'homme et de femme sauvés.

Dieu nous a créés pour que toute sa création fasse peu à peu un avec Lui.

Notre vie a un but, un but non pas seulement individuel, mais communautaire :

que toute la famille humaine soit unie au Père par la puissance de la Résurrection de Jésus.


Ce but sera atteint d'une manière ou d'une autre : c'est la volonté de Dieu.

Il revient à chacun d'y entrer lui-même,

il dépend de nous d'être participant de ce mouvement d'union ou d'en rester extérieur.


Voilà exprimé l'enjeu de notre liberté par rapport à la grâce :

soit notre liberté entre dans le mouvement vivifiant de la grâce,

soit elle résiste, choisit d'en rester distant et s'en coupe.


À ce stade, on peut désormais comprendre les paraboles de Jésus en un sens plus profond.

Le Royaume de Dieu est appelé à devenir une réalité qui nous soit intérieure,

et qui se développe en nous, de manière très profonde.

Cette transformation en nous est une croissance mystérieuse,

insensible, silencieuse, mais certaine.


Dès lors que l'action de la grâce est accueillie et acceptée librement,

qu'elle s'enfouit en nous comme une semence dans la bonne terre,

de jour comme de nuit, que nous dormions ou que nous nous levions, 

la semence germe et grandit, on ne sait comment.


L'acte qui a été à l'origine de la décision peut être insignifiant :

pour dire oui au Seigneur, il a peut être fallu seulement choisir de laisser un jour son ordinateur pour un minuscule temps de prière,

ou abandonner un peu de son confort pour un geste de service à qui en avait besoin,

ou dire non à une tentation qui nous entravait depuis si longtemps pour résister au mal...


Qu'importe la petitesse de la graine que nous avons jetée en terre au nom du Christ.

Car de ce qui est petit, Dieu fait advenir un grand arbre.

Ainsi en est-il du Royaume en nous.


Pour terminer, nous pouvons considérer la fin de notre passage d'évangile :

il est dit que Jésus ne parlait à la foule qu'en parabole,

mais en particulier, il expliquait tout à ses disciples.

Si Jésus ne parle pas de la même manière à la foule et aux disciples,

c'est parce qu'il y a une différence fondamentale entre les uns et les autres ;

une différence qui tient à la liberté de chacun.


La foule écoute Jésus, elle peut même prendre plaisir à l'écouter,

mais elle reste encore extérieure à sa Parole.


Les disciples, quant à eux, ont posé un choix :

ils se sont mis en marche à la suite du Maître.

Cette décision a ouvert leur cœur à cette Vie qui vient d'en haut,

et c'est pourquoi il sont en capacité de comprendre de l'intérieur le mystère du Royaume.


Il en est ainsi aujourd'hui encore, et jusqu'à la fin des temps :

aux disciples, il leur est donné de comprendre ;

et à celui qui a, il est donné davantage. 

Mais celui qui n'a rien, celui qui n'a pas pris position,

il ne peut entrer dans le mouvement de croissance du Royaume,

il reste extérieur à cette Vie qui lui est étrangère.


Car on ne peut comprendre les choses du Royaume de Dieu

autrement qu'en en étant soi-même participant.

Notre vie humaine est la matière première de la vie éternelle,

elle est cette terre que le Christ ensemence, 

et c'est pour qu'elle porte un fruit qui demeure.


Le Seigneur nous attend donc dans des choses toutes simples,

mais qui nous engagent de manière décisive envers lui :

accueillir sa Parole, la prendre au sérieux et la mettre en pratique,

et suivre ainsi peu à peu celui qui est la Résurrection et la Vie.

Méditer la Parole

14 juin 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Ezchiel 17,22-24

Psaume 91

2 Corinthiens 5,6-10

Marc 4,26-34