6e Dimanche du Temps Ordinaire  B 

 Situ le veux, tu peux me puriifer !

 « Si tu le veux, tu peux me purifier. »


En ce temps-là, 

Jésus allait de ville en village, à travers toute la Galilée, 

pour proclamer la Bonne Nouvelle du Salut. 

Il enseignait, 

il guérissait, 

il chassait les esprits mauvais. 

Dans les synagogues, sur les places ou au bord des routes, 

on venait à lui, 

on l’implorait pour obtenir une guérison 

et on cherchait à toucher, ne serait-ce que la frange de son manteau. 

Tout le monde venait à lui. 


Tout le monde… sauf peut-être 

ces personnes que l’on considérait comme impures 

et qui demeuraient interdites de toute relation avec les Juifs.

Tout le monde… sauf peut-être 

ce lépreux qui vient à Jésus 

et qui l’interpelle vivement en lui demandant : 

 « Si tu le veux, tu peux me purifier ».


***


« Si tu le veux, tu peux me purifier. »


Pour imaginer le courage de cet homme, 

il faut se rappeler ce que représentait la lèpre 

dans le monde juif, à l’époque de Jésus. 

Le livre des Lévites nous en a d’ailleurs donné un écho 

dans notre première lecture : 

« Le lépreux, atteint d’une tache, 

devait porter des vêtements déchirés et les cheveux en désordre. 

Il devait se couvrir le haut du visage jusqu’aux lèvres, 

et crier : “Impur ! Impur !” à quiconque se présentait à lui. 

Ainsi, ces hommes habitaient-ils hors de la cité ».

 

Quelques siècles plus tard, Raoul Follereau dira souvent : 

« Le lépreux souffre, en général, de deux maladies : 

d’une part il a la lèpre 

c’est-à-dire que son corps est malade

et d’autre part il est lépreux » 

c’est-à-dire que ses relations avec autrui sont altérées.


Ainsi ce lépreux est un homme en souffrance physique 

qui veut être rétabli dans son humanité, 

et qui, pour cela, se jette au pied de Jésus, 

bravant ainsi tous les interdits relatifs à sa maladie.

Mais ce lépreux est aussi un homme isolé, en souffrance sociale, 

qui veut être rétabli dans ses relations humaines 

et qui, pour cela, sort de sa solitude subie 

pour aller à la rencontre du Christ.


Cette lèpre, frères et sœurs, 

si nous ne la connaissons pas physiquement, 

peut-être que nous pouvons la connaître spirituellement. 

De nos jours, 

si cette maladie se fait rare dans nos pays occidentaux, 

d’autres lèpres semblent parfois affecter nos vies, 

et plus particulièrement nos cœurs. 

Ainsi, la seule lèpre à craindre 

est celle du cœur 

et, comme nous le rappelle Jean-Chrysostome, il s’agit de notre péché. 


Cette lèpre là nous atteint plus précisément 

dans notre vocation humaine et chrétienne 

ainsi que dans nos relations avec Dieu ou avec les autres. 

C’est la lèpre du vieil homme 

qui refuse la grâce de l’Homme nouveau. 

C’est cette lèpre du péché 

qui souvent nous fait soupirer après une purification. 

C’est la lèpre 

qui nous fait espérer, jour après jour, la grâce d’un pardon.

Aussi chacun pourrait se reconnaître à travers ce lépreux 

lorsqu’il crie vers le Seigneur : 

« Si tu le veux, tu peux me purifier ».


« Si tu le veux, tu peux me purifier » 

qu’est-ce que cela peut signifier pour nous aujourd’hui ? 

N’est-ce pas d’une part confesser son mal 

et d’autre part confesser son lien au Christ ?


***


« Si tu le veux Seigneur, tu peux me purifier. »

Oui, si tu le veux, Seigneur, 

tu peux me libérer de ce mal qui me ronge pour me faire renaître à la vie.

Car oui, Seigneur, je le confesse, 

je suis malade et, désormais, j’aspire à la vie en plénitude. 


Se laisser purifier, 

c’est donc accepter de renaître à la Vie 

et plus précisément, c’est accepter de guérir en dénonçant le mal. 

En d’autres termes, se laisser purifier 

c’est confesser sa faute 

pour grandir librement sous le regard de Dieu.


Le danger de la lèpre c’est qu’elle rend insensible. 

De façon analogue, par la lèpre du péché,

 l’homme malade perd ses capacités 

de voir, 

d’écouter, 

de discerner l’œuvre de Dieu dans sa vie. 

Le péché transforme le regard, la vision des choses, des personnes, des événements. 

Le cœur de l’homme pécheur devient progressivement insensible 

à tel point que les dons et la grâce de Dieu deviennent imperceptibles. 

Alors, l’homme se met à vivre par lui-même 

et c’est la chute.


Par la purification, 

le lépreux s’en remet au bon vouloir du Seigneur. 

Et il est invité à renaître d’en haut. 

En venant prosterné au pied de Jésus, 

il est invité à se relever.


De façon analogue encore une fois, 

par la purification de nos péchés, 

en venant nous agenouiller devant le Seigneur 

dans le sacrement de la réconciliation, 

nous sommes invités à déposer nos misères, 

à remettre nos fardeaux. 

Oui, nous sommes invités à nous laisser relever par le Christ 

et à nous ouvrir de nouveau à la grâce de notre baptême 

afin de laisser grandir en nous la Vie du Christ.


Toute purification est donc un mouvement 

de remise de soi et de croissance vers Dieu. 

Mouvement d’abandon et de conversion 

qui rétablit les cœurs dans la simplicité et la joie.


Ainsi se laisser purifier, 

c’est confesser humblement sa faute 

et c’est recevoir la grâce d’un cœur renouvelé, 

capable d’aimer et de connaître Dieu.


***


Mais, comme on l’a dit, 

le lépreux souffre aussi d’une deuxième maladie 

car ses relations aux autres sont également rendues malades. 

« Si tu le veux Seigneur, tu peux me purifier. »

Oui, si tu le veux, Seigneur, 

tu peux me toucher 

et me donner d’entrer en relation avec toi, de manière nouvelle.

Car oui, Seigneur, 

j’ai soif de te connaître, 

j’ai soif de vivre une relation personnelle et vivante avec toi. 

Si tu le veux Seigneur, augmente en moi la foi.


Comme on le perçoit, à travers l’expérience de cet homme, 

la lèpre entrave l’homme dans ses relations sociales. 

Le lépreux est progressivement mis à part et séparé du peuple. 

Sa relation aux autres est profondément transformée 

Et, souvent, elle est vécue comme une expérience de rejet. 


Alors pour guérir cet homme dans son exclusion, 

Jésus n’hésite pas à entrer en relation avec lui, 

en répondant à son appel. 

Dépassant ainsi toutes les conventions, 

toutes les règles de purification, 

Jésus étend la main et touche le malade. 

Aussi, pour manifester sa tendresse, 

il ne se contentera pas d’une parole, 

comme il a pu le faire parfois lors de certaines guérisons. 

Non, ici, Jésus joint le geste à la Parole. 

Par le toucher, 

il manifeste concrètement sa proximité, son Amour, 

comme pour lui révéler sa dignité d’homme. 

Comme pour lui montrer qu’il vient le sauver 

et le rétablir dans la communion avec Dieu et avec les hommes.


De façon analogue, 

Jésus vient nous toucher lorsque nous sombrons dans le péché. 

Il vient nous saisir au cœur même de notre misère 

pour nous révéler son amour, pour nous rappeler l’éternité de son alliance de paix, 

pour nous révéler notre dignité d’enfant de Dieu.

Ainsi, se laisser purifier, 

c’est donc revenir à cette relation de confiance avec Dieu, 

c’est revenir à la foi.

Se laisser purifier, 

c’est finalement confesser sa foi, 

c’est croire en l’Amour inébranlable de Dieu.


Confesser humblement sa faute

Confesser généreusement sa foi

Finalement, se laisser purifier, 

c’est s’ouvrir à un chemin de conversion 

à un chemin pascal 

pour passer jour après jour de la faute à la foi. 

Pour passer du péché à la grâce du pardon.


Passer de la faute à la foi, 

c’est aller à la rencontre du Christ par les failles de notre cœur, 

par ces lieux de péché et de fragilité 

où Lui seul peut agir et peut nous donner le pardon.

Passer de la faute à la foi, c’est le conduire dans nos ténèbres intérieures 

où souvent nous vivons isolés, pour y redécouvrir la communion avec Dieu et avec nos frères.

Passer de la faute à la foi, 

c’est entrer dans une vie nouvelle, 

c’est accueillir une justice nouvelle, 

non plus celle des hommes 

mais celle du Dieu fait homme. 

Car Celui qui n’avait pas connu le péché, 

Lui, Jésus, Dieu l’a fait péché pour nous, 

afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.


***


Alors, frères et sœurs, 

laissons-nous réconcilier avec Dieu.

Laissons-nous interpeler par cette démarche du lépreux 

et peut-être faisons de même.

Présentons la lèpre de nos cœurs au Seigneur 

et demandons cette purification 

qui a valu au lépreux de rencontrer le Christ.

Présentons la lèpre de nos cœurs au Seigneur 

dans le sacrement de la réconciliation 

afin d’y puiser la joie du pardon 

et la force de l’amour de Dieu à l’égard de chacun de nous.

Ainsi nos fautes seront remises

Ainsi notre foi pourra grandir et s’affermir.


Oui, heureux l’homme dont la faute est enlevée,

et le péché remis !

Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense,

dont l’esprit est sans fraude !

Oui, je rendrai grâce au Seigneur

en confessant mes péchés.

Ainsi, que le Seigneur soit notre joie !

Méditer la Parole

15 février 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

Lvitique 13,1-2.45-46

1 Corinthiens 10,31-11,1

Marc 1,40-45