Saint Jour de Pâques 

 « Maître, où demeures-tu ? »

Frères et sœurs,
Le Christ est ressuscité,
le Christ est passé en cette nuit,
mais pourtant nul ne l’a vu,
nul ne l’a trouvé.

« Le premier jour de la semaine,
lorsque Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ;
c’était encore les ténèbres. »
 
C’était encore les ténèbres
sur la ville de Jérusalem
car la nuit du Golgotha régnait sur le monde.
C’était encore les ténèbres
dans le regard des disciples,
car les ombres de la peur régnaient dans les cœurs.
C’était encore les ténèbres,
lorsque Marie Madeleine s’est élancée vers le tombeau.

Dans sa nuit,
elle a cherché celui que son cœur aime.
Elle l’a cherché dans son cœur,
elle l’a cherché dans ses frères, les apôtres.
Elle l’a cherché selon la chair,
mais elle ne l’a pas trouvé.

 

 « Maître où demeures-tu ? » « Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? »


Frères et sœurs,
Le Christ est passé.
Il est passé dans notre monde, dans notre ville de Paris.
Il est passé des ténèbres à la Lumière,
il est passé de la mort à la Vie.
Le Christ est passé en cette nuit.
Il est passé dans son Église,
il a marqué d’un sceau les nouveaux baptisés.

Le Christ est passé en cette nuit.
Il est passé dans nos âmes.
Dans les replis de notre cœur,
il a laissé comme en creux des traces de sa vie,
des traces de sa Résurrection.
Il nous ouvre à sa nouveauté,
il accomplit en nous sa promesse.

Le Christ est passé en cette nuit
et ce matin,
tout éblouis de Lumière, et comme à tâtons,
nous cherchons son visage au cœur de ce monde.
Comme des nouveau-nés,
il nous faut apprendre à vivre de la Résurrection,
il nous faut être éduqué à cette nouveauté du Christ.
Car la Résurrection, au fond,
c'est un peu comme une naissance,
la naissance d’un premier né.
Une naissance qui apporte une joie et une nouveauté,
une naissance qui change notre réalité,
une naissance qui suscite une croissance vers une maturité,
une éducation vers la pleine stature du Christ.
 
 

« Maître où demeures-tu ? », montre nous tes lieux de Vie et de Résurrection !


 

***


Grandir dans la Résurrection :
c’est suivre la voie de l’Amour
pour découvrir une Fraternité nouvelle dans le Christ.

À l’annonce de la nouvelle,
« Pierre partit avec l’autre disciple, celui que Jésus aimait,
pour se rendre au tombeau. »
Pierre accepte de se laisser déplacer
et de revenir au tombeau.  
Il accepte de sortir de son isolement intérieur
pour revenir sur les lieux de sa blessure,
pour envisager le lieu de sa guérison.
Il accepte de s’ouvrir à la relation
et de cheminer avec un autre disciple.

Au lendemain de la Passion, le maître l’avait annoncé,
ils étaient tous errants,
chacun suivant son propre chemin.
Mais en ce matin,
ceux que la mort avait dispersés,
sont désormais rassemblés sur un même chemin de Vie.
Ceux qui ont renié le Maître
comme ceux qui l’ont accompagné.
L’heure n’est pas à la comparaison mais à la communion.
Sur la route vers le tombeau,
« Ils couraient tous les deux ensemble,
mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre
et arriva le premier au tombeau »
Cet autre disciple entraina Pierre
au-delà du remords et de la tristesse.

Avec Pierre,
la route d’ici-bas ne peut plus être une course solitaire
mais elle devient nécessairement une marche communautaire.
Pierre a besoin de son frère
pour marcher ,
pour avancer.
Avec Pierre,
la vie à la suite du Christ est un exode ecclésial,
un exode pascal
où la présence de Dieu se révèle dans le frère, cet autre Christ,
Avec Pierre,
nous apprenons que nos lieux de fraternités,
c’est à dire nos communautés, nos familles
ne peuvent s’enraciner durablement
que dans le Christ ressuscité.  
C’est lui qui donne sens, force et joie à cet amour partagé.
En dehors de Lui, nous ne pouvons rien faire.
Il faut nous laisser édifier par Lui.

Ainsi désormais la Résurrection suscite pour nous des frères,
afin de nous faire grandir dans la voie de l’Amour.

 

***


Grandir dans la Résurrection,
c’est aussi passer par la porte de la foi
pour recevoir et porter  le témoignage d’une mère, c’est à dire l’Église.

À son arrivée dans le jardin,
« Simon Pierre entre dans le tombeau.
il aperçoit les linges, posés à plat,
ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus ».
Si l’autre disciple était resté dehors,
Pierre, lui, pénètre dans le tombeau.
Il nous invite à entrer dans le tombeau,
il nous fait passer par la porte de la foi
afin que nous voyions, comme en creux, les signes de la Résurrection.

Cette porte de la foi nous fait entrer
à l’intérieur du tombeau.
Elle nous ouvre à la communion avec le Christ.

Cette porte,
c’est le Christ,
c’est le Christ vivant en son Église
qui, pour nous, est passé en cette nuit.

Avec la Résurrection,
cette porte ne nous engage plus
vers un lieu de ténèbres et de solitude,
mais elle nous ouvre
à un lieu de Lumière et de communion.
C’est la communion des saints,
c’est la communion de l’Église
Avec la venue de Pierre et des disciples,
le tombeau est devenu un autre Cénacle
où l’Église contemple les signes de la Mort et de la Résurrection
à la lumière des Écritures.

Ainsi l’Église, engendre-t-elle les enfants à la Foi.
L’Église est cette Mère qui nous reçoit et qui nous façonne
selon les traits du Ressuscité.

Par le baptême et la confirmation,
elle nous marque du sceau du Christ.
Elle fait de nous des témoins d’une vie nouvelle,
c’est pourquoi il nous faut l’aimer.

Plus tard, à l’invitation de cette même Église,
la porte de la foi engagera les disciples
à l’extérieur du tombeau.
Elle les conduira vers la Galilée des nations
pour vivre la mission.

Cette porte de la foi sera, alors, pour nous
la porte d’une Église en sortie, d’une Église en mission.
Elle sera pour nous l’ouverture à une fécondité missionnaire
au souffle de l’Esprit.

Oui désormais, la Résurrection suscite pour nous une Mère, l’Église,
pour nous faire grandir dans la foi
et pour nous engendrer dans notre vocation de disciple missionnaire.

 

***


Grandir dans la Résurrection,
c’est s’engager avec espérance, au cœur du monde,
pour y découvrir et faire grandir le Royaume nouveau.

Ce regard d’espérance,
nous le recevons du disciple bien-aimé.
En arrivant au tombeau,
il n’entre pas mais il se penche vers le tombeau.
« Il s’aperçoit que les linges sont posés à plat. »
Ce disciple se penche vers le tombeau
comme il s’est penché jadis sur la poitrine du Christ
pour y recueillir l’Amour.
Il se penche vers le sépulcre
comme le Christ lui-même s’est penché
pour laver les pieds de ses disciples.
Avec le disciple bien aimé,
se pencher sur le tombeau,
c’est se pencher sur le monde avec ses souffrances et ses fragilités.
C’est accueillir l’homme,
dans un regard de bienveillance,
pour l’emmener vers Dieu,
dans un regard d’espérance.
Se pencher sur le tombeau,
c’est envisager une plénitude de vie,
sans dévisager les blessures et les finitudes de notre monde.
Se pencher sur le tombeau,
c’est accueillir notre propre chemin d’humanisation
pour en faire un chemin de divinisation.

Mais voici que Pierre l’invite à son tour
à entrer dans le tombeau.
En se penchant avec humilité,
le disciple bien-aimé
passe lui aussi par la porte de la foi.
« Son cœur est assuré, il ne craint pas.
Le cœur ferme, il se fie au Seigneur »

En entrant dans le tombeau,
« il vit et il crut. »
Il voit les marques de la mort
et il croit en la vie.
Il voit les linges mortuaires
et il entrevoit les vêtements de gloire.
Il voit l’absence d’un homme
et il discerne la présence de Dieu.
Il perçoit le poids de la souffrance humaine
mais déjà il discerne la masse éternelle de gloire.

« Jusque-là en effet,
il n’avait pas compris que, selon l’Écriture,
il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »
En entrant dans le tombeau,
il pénètre dans le trésor des Écritures,
dans le trésor de la foi de l’Église.
Le disciple bien-aimé
a reconnu le Verbe en son cœur
et il possède en espérance
les promesses de Gloire et de Vie.
Il pénètre d’un même regard
le monde d’ici-bas
et le Royaume à venir.
Il vit désormais
les yeux fixés sur cette promesse du Royaume
déjà présent et encore à venir dans sa manifestation.
Oui, la gloire de Dieu est passée dans nos cœurs en cette nuit
et comme une huile pénétrante,
elle imprime en nous sa grâce sanctifiante,
comme un parfum, elle distille ses promesses de joie.
Le tombeau est comme un flacon ouvert
qui laisse échapper la réalité de la Résurrection à travers le monde.
Il laisse échapper la bonne odeur du Christ ressuscité
et il nous enracine dans l’espérance du Royaume au cœur du monde.

La Résurrection suscite pour nous l’humanité tout entière,
elle suscite notre monde
afin de nous faire grandir dans l’Espérance du Royaume.

 

***


 « Avez-vous vu celui que mon cœur aime » disait la bien-aimée ?

En ce matin, alors que le jour se lève en ton cœur,
as-tu vu celui que ton cœur aime ?
As-tu vu la Résurrection ?

La Résurrection est tout près de toi,
elle est dans ton cœur,
elle est dans ton frère, cet autre Christ.
C’est ce frère qui se lève pour te relever,
pour t’aimer en vérité.
Il demeure dans ce voisin,
dans cet ami
et dans tout homme,
qui chemine avec toi sur ce chemin du Ciel.

La Résurrection est tout près de toi,
elle est dans l’Église.
Si tu passes par la porte de la foi,
tu la reconnaitras
sous les traits d’une mère
qui t’abreuve aux sources de la Parole
et qui t’engage dans une fécondité missionnaire.

La Résurrection est tout près de toi,
elle est dans ton cœur,
elle demeure au cœur du monde.
Tu la reconnaitras
sous les traits du pauvre
qui possède déjà le Royaume des cieux que tu espères.
Au-delà de ses fragilités, de ses douleurs,
il te donnera l’objet de ton espérance.

La Résurrection est tout près de vous,
elle est dans votre bouche,
elle est dans votre cœur,
ne la voyez-vous pas ?

Méditer la Parole

5 avril 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

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