3e Dimanche de Pâques B

Évangile,
Bonne Nouvelle qui appelle des missionnaires.

« En haut d'un grand escalier de métro,
missionnaires en tailleur ou en imperméable,
nous voyons de marche en marche, à cette heure où il y a foule,
une étendue de têtes,
étendue frémissante qui attend l'ouverture du portillon.
Casquettes, bérets, chapeaux, cheveux de toutes les couleurs.
Des centaines de têtes : des centaines d'âmes.
Nous, tout en haut.
Et plus haut, et partout, Dieu.
Dieu partout, et combien d'âmes qui le savent ? »

Dieu partout, et combien d'âmes le savent ?

Cette réflexion de Madeleine Delbrêl sur la mission
nous rappelle l’exigence du témoignage
et l’urgence de l’évangélisation.
Christ est ressuscité
et combien d’âmes le savent ?
Combien d’âmes l’ont saisi,
en ont été touchées ?
Le Christ, « le Prince de la Vie,
Dieu l’a ressuscité d’entre les morts,
nous en sommes témoins ».
Alors, comme pour Pierre, en ce temps pascal,
à nous d’annoncer cette Bonne Nouvelle,
à nous de transmettre cet Évangile du Christ,
à nous de crier ce message de la Résurrection, par toute notre vie.

Mais que sera pour nous cet évangile ?
Quels seront les contours de ce message ?
Que pourrions-nous transmettre concrètement
à nos amis,
à nos proches,
à tous ceux qui cherchent un sens à leur vie 
à tous ceux qui cherchent Dieu ?

En quoi consistera pour nous l’évangélisation ?

Frères et sœurs,
en ce matin,
en ce jour où nous célébrons la Résurrection,
contemplons le Ressuscité.
Laissons le évangéliser nos vies,
laissons-le évangéliser le chrétien que nous sommes,
laissons-le évangéliser notre être de chair,
laissons le évangéliser nos communautés.
Oui, laissons le Christ nous évangéliser
Pour qu’à notre tour, nous puissions annoncer l’évangile à toute la création.

***

 

Évangile de Jésus Christ, le Prince de la Paix


L’évangile que nous propose Jésus,
la Bonne Nouvelle qu’il nous demande d’accueillir et de transmettre,
c’est tout d’abord l’évangile de la Paix.

Alors que les onze apôtres parlaient encore
de ce qui s’était passé sur la route d’Emmaüs,
« le Seigneur lui-même fut présent au milieu d’eux
et il leur dit : ‘La paix soit avec vous’.
Saisis de frayeur et de crainte, les disciples croyaient voir un fantôme ».

La peur et les songes : deux mouvements intérieurs.
Deux attitudes qui ont troublé les disciples.
Deux mouvements intérieurs qui les ont rendus insensibles à sa présence et à sa Paix.

Que fait Jésus ?
Face à la peur,  il établit ses disciples dans la confiance.

Lui, le Prince de la Paix,
« il a reçu le pouvoir sur ses épaules »,
c’est le pouvoir d’ouvrir et de fermer,
le pouvoir de lier et de délier les cœurs.
Ainsi, par le Christ,
le peuple qui marchait dans les ténèbres
a vu une grande lumière.
Les disciples demeuraient enfermés dans leur deuil et leur mélancolie
mais le Ressuscité vient évangéliser leur peurs,
pour y établir sa confiance et sa Paix.
Il s’invite dans nos enfermements, dans nos doutes, dans nos soucis
et par le don de sa Paix, il nous demande
de marcher avec confiance,
de quitter nos préoccupations pour prêter attention à sa présence.
« Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ».

Que fait Jésus  face aux rêves ?
Face aux idéaux de ce monde,
il ouvre nos regards sur la réalité de sa Présence,
il interroge nos doutes et nos pensées.

« Pourquoi êtes-vous bouleversés ? » demande-il aux disciples.
Car, en effet, la vie chrétienne n’est pas
un idéal à atteindre
ou une pensée à imaginer.
Non, cette vie du Ressuscité
est une réalité présente à nos côtés
qu’il nous faut apprendre à recueillir et à répandre dans le monde.
C’est une réalité cachée dans la fragilité, dans la simplicité.
Dès lors, l’évangélisation nous invite à un réalisme spirituel.
Un réalisme teinté de vigilance et d’humilité.
Un réalisme porté par un silence et une paix intérieure.
Un réalisme qui nous rendra disponibles à une présence
et ouverts à la grâce dans l’instant présent.

Oui,
le Ressuscité est bien le Prince de la Paix.
En ce jour, il est bien l’unique Source de notre Paix,
et il nous invite à entrer avec Lui au Lieu de son repos,
il nous invite à honorer sa Présence en nos cœurs
par une disponibilité et une confiance intérieure.
Ainsi, pacifiés par le Christ,
nous deviendrons pacifiants pour le monde
et nous porterons l’évangile de la Paix

***
 

Évangile de Jésus Christ, le Prince de la Vie


L’évangile que nous propose Jésus,
la Bonne Nouvelle qu’il nous demande d’accueillir et de transmettre,
c’est aussi l’évangile de la Vie.

Devant l’étonnement des apôtres,
Jésus invite les siens à reconnaitre
qu’Il est bien le Crucifié-ressuscité.
Il vient leur annoncer la Bonne nouvelle de sa victoire sur la mort
et plus encore il fait de son corps un message vivant
et un témoignage de cette vie donnée en abondance.
Là où on pouvait voir la souffrance,
il propose un chemin de compassion,
là où on pouvait envisager la tristesse,
il révèle un émerveillement.

Que fait Jésus ?
À travers son corps blessé,
il leur livre l’évangile de la compassion et de la miséricorde.

Après ses premières paroles, le Ressuscité invite les siens
à voir et à toucher son Corps.
« Voyez mes mains et mes pieds, leur dit-il, c’est bien moi ! »

Le corps du Ressuscité révèle l’histoire du crucifié.
Il rappelle la Passion.
Pour nous aussi, notre corps c’est notre histoire.
Ce corps est non seulement le témoignage d’un Amour créateur,
mais il est aussi le lieu d’un Amour rédempteur.  
Et pour cela, il devient l’objet d’une évangélisation et d’une conversion.
Notre corps, c’est notre histoire,
c’est pourquoi l’évangile de la Vie
nous invite à reconnaître la dignité de toute personne humaine.
Au-delà de la fragilité apparente de la chair,
au-delà de la maladie, de la vieillesse,
au-delà d’un handicap ou d’une souffrance cachée,
il y a un mystère de Vie.
Un mystère de Vie
qui invite à passer de la révolte à la compassion.
Un mystère de Vie
qui nous invite tout particulièrement
à servir la dignité de l’homme,
en reconnaissant en chaque personne l’œuvre de Dieu
et en l’accueillant avec gratitude et espérance.


Mais Jésus semble aller plus loin
et que fait-il ?
À travers son corps ressuscité,
il vient évangéliser notre joie par le don de l’émerveillement.

Car en effet, « dans leur joie,
les apôtres n’osaient pas encore y croire
et ils demeuraient saisis d’étonnement ».
L’étonnement des apôtres a terni leur joie,
il a terni la joie de l’évangile du Ressuscité.
À travers cette expérience, nous pouvons comprendre
qu’au-delà des obscurités de la souffrance, de la maladie, de la mort,
au-delà des ténèbres du péché,
il y a toujours ces rayons de Lumière,
il y a toujours cette voix qui nous dit intérieurement :
« C’est bien moi », « Je suis ».  
Notre histoire, c’est notre corps.
Notre histoire est sainte.
Aussi notre corps est ce temple saint qui abrite cette Présence divine.
Par-delà les vicissitudes, les étonnements,
cette présence du Ressuscité nous guide,
nous rassure,
et finalement, nous éveille à la Joie.

Désormais, le ressuscité est bien
le Prince de la Vie.
Il est bien le Vivant
qui nous sauve
et qui nous éveille à la joie du Royaume.
Il nous invite aujourd’hui encore
à le glorifier dans notre corps
et à rendre compte de cette espérance de la Résurrection par tout ce que nous sommes.
Ainsi vivifiés par le Christ,
nous serons vivifiants pour le monde
et nous porterons l’évangile de la Vie.

***
L’évangile que nous propose Jésus
n’est donc pas un beau récit
mais c’est une Parole vivante et pacifiante
qui nous convertit,
qui nous déplace.
L’évangélisation devient pour nous
un pèlerinage,
un exode.

Mais cet exode n’est pas tant le nôtre que celui de Dieu,
celui du Prince de la Vie,
celui du Prince de la Paix
qui vient accomplir en nous et à travers nous
sa Pâques de Salut.
Car, « il faut que s’accomplisse en nous tout ce qui a été écrit à son sujet »
et voici que, par lui, nous montons à Jérusalem, la cité sainte.

Dans cet exode,
le Verbe prend chair dans nos vies.
Il réalise en nous sa Pâque.
La Parole chemine en nous,
elle prend sens,
elle donne sens et brûle nos cœurs comme une évidence :
Oui, le Christ est ressuscité,
nous l’avons rencontré
alors même que nous demeurions dans le doute et l’ignorance.

Dans cet exode également,
le Verbe se fait frère,
la communauté prend Corps,
l’Église se manifeste concrètement à nous.
Par elle, le Seigneur nous appelle.
Il nous envoie à nos frères
pour moissonner ses semences déposées à travers les événements de nos existences.

L’évangélisation, c’est l’exode de l’Église,
c’est l’engagement de chacun de nous
dans le cœur à cœur de la prière et des sacrements
et dans le coude à coude de la charité et de la fraternité
pour laisser transparaître un Visage :
celui du Crucifié ressuscité.

***

Évangéliser c’est porter l’évangile qui nous porte.
C’est partager la Paix qui nous habite,
C’est donner la Vie qui nous anime et qui nous engendre.
C’est consentir à un exode vers le Royaume.
Pour nous engager dans cette évangélisation, laissons-nous entraîner une dernière fois par cette prière de Madeleine Delbrêl :
 « Chaque petite action est un événement immense
où le Paradis nous est donné,
où nous pouvons donner le paradis.
Qu'importe ce que nous avons à faire :
un balai ou un stylo à tenir ;
parler ou se taire ;
raccommoder ou faire une conférence ;
soigner un malade ou taper à la machine.
Tout cela n'est que l'écorce d'une réalité splendide,
la rencontre de l'âme avec Dieu,
à chaque minute renouvelée,
à chaque minute accrue en grâce, toujours plus belle pour son Dieu.
On sonne ? Vite, allons ouvrir.
C’est Dieu qui vient nous aimer.
Un renseignement ? Le voici.
C’est Dieu qui vient nous aimer.
C'est l'heure de se mettre à table : allons-y.
C’est Dieu qui vient nous aimer.
Alors, laissons-le faire ».
Amen.

Méditer la Parole

19 avril 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

Actes 3,13-19

Psaume 49

1 Jean 2,1-5

Luc 24,35-48

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