23e semaine du Temps Ordinaire - A

Le Seigneur veut vraiment nous aider à aimer.
Mais il ne peut le faire que dans le respect de notre liberté.
À commencer par celle de nous situer en vrais disciples de Sa Parole.
De cet Évangile où tout concourt à dire qu’il suffirait d’aimer.

 

Que se passe-t-il donc quand,
disciples du Christ, on se réunit, comme tels, en son nom ?
Lorsque deux disciples de Jésus se réunissent en son nom,
quelque chose de radicalement nouveau apparaît.
Rien n’est plus comme avant.
Un jour tout neuf se lève.
Ce qui semblait impossible à atteindre sur terre,
à grands renforts de rassemblements, de dialogues, de rencontres,
est alors obtenu de la part du Père qui est aux cieux (Mt 18,19).
Le silence, la distance et, même, ce que l’on ressentait peut-être
comme une absence de Dieu
se transforment en une certitude :
jésus est là, au milieu de nous (18,20) !

 

Mais pour cela, nous dit le Christ, notre Maître,
une chose est nécessaire ;
une double exigence toute simple mais fondamentale :
l’accord de nos sentiments dans la prière
et la réunion en son nom.

 

L’accord de nos sentiments qui touche si fort le cœur du Père,
quand il voit ses enfants se comporter comme des frères :
Si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord
pour demander quelque chose,
ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux (18,19).
Et la réunion en son nom
qui provoque en quelque sorte, ou plutôt manifeste
la présence du Christ qui est là, réellement,
au cœur d’une rencontre qui devient alors communion :
Quand deux ou trois sont réunis en mon nom,
je suis là, au milieu d’eux (18,20).

 

Alors, oui, quelque chose de neuf et d’inouï se produit :
dans l’invisible, qui demeure, dans l’insensible, qui subsiste,
au-delà de toute impression et même de tout sentiment
(car la foi n’est ni dans l’illusoire ni dans le sentimental),
une Présence se révèle, une proximité divine se manifeste.
Jésus est là !
Et notre cœur, comme à Emmaüs, est tout brûlant de l’entendre.
Il nous éclaire et il nous parle.
Là où est l’amour, là est Dieu ;
et là où vivent en accord des enfants de Dieu,
là se découvre la présence du Corps du Christ que nous sommes,
le Corps du Christ-Dieu (Jn 13,35).

 

Les rapports avec le Père en sont transformés :
il ne peut que nous exaucer
puisque nous prions au nom du Fils unique.
Mystère de la communion filiale !
Les rapports entre nous en sont changés :
là où est le Christ, là est son Corps tout entier.
Mystère de la communion ecclésiale !
Quand deux ou trois sont réunis en son nom,
le Père nous vivifie. Le Christ nous éclaire. Le Saint-Esprit nous rapproche.
Mystère de la communion trinitaire !
En vérité je vous le dis,
le Royaume de Dieu est au milieu de vous (Lc 17,21).
Comme à Nazareth
où, deux tout d’abord, Marie et Joseph,
puis trois, avec Jésus,
se trouvaient réunis ensemble, au nom du Seigneur.
Comment ne pas l’évoquer en ce jour de la fête de la Nativité de la Vierge ?
Voici l’exemplaire, le vrai fondement de tout amour.

 

À partir de là, toutes les familles, toutes les communautés, tous les monastères
tous les rassemblements vont pouvoir se construire.
Un vrai pouvoir, un pouvoir divin, nous est alors accordé
par le Christ, dans la force du Saint-Esprit.
Et quel pouvoir !
Un pouvoir qui nous donne d’avoir accès auprès du Père (Ep 2,18)
et de toucher en vérité le cœur de nos frères.
Le pouvoir le plus beau qu’il soit donné aux hommes d’exercer :
celui de faire avancer le règne de l’amour sur la terre (Jn 15,8-13).
Car la charité, nous dit l’apôtre, est la loi dans sa plénitude (Rm 13,10).
Non, rien n’est plus fort, au ciel et sur la terre,
que la force d’aimer dans la foi et la paix !
Oui, l’amour est plus fort que la mort même
puisqu’il est dit qu’il ne passera jamais (1 Co 13,8).

 


Voilà le secret que nous révèle le Christ aujourd’hui
et qui éclaire pleinement ce que le prophète Ézéchiel
et l’apôtre Paul, de leur côté, essaient de nous partager eux aussi,
sur la manière juste et vraie d’exercer la charité.
La charité qui veut tant et si fort
le triomphe de la paix et du bien, ou, si l’on préfère, du bonheur,
qu’elle nous pousse sans cesse à faire reculer le péché,
non seulement dans notre propre cœur,
mais aussi dans le cœur de nos frères.

 

Et c’est en ce sens que nous devons bien entendre l’autre parole,
l’étonnante parole de Jésus qui n’hésite pas à nous dire,
à la suite de ses prophètes et à la tête de ses apôtres :
Si ton frère a commis un péché,
va lui parler seul à seul
et montre-lui sa faute (Mt 18,15).

 

Mais comment avertir le pécheur avec justesse et vérité,
comme Ézéchiel, Paul et Jésus lui-même
nous y invitent si clairement,
nous qui sommes tous faibles et pécheurs,
sinon en le faisant au nom de Jésus ?
Seul Jésus, en effet, peut nous donner des paroles justes,
la douceur du cœur, l’humble fermeté de l’attitude vraie,
pour avertir un frère avec amour,
comme Dieu l’entend et l’attend de nous (Ez 3,17-21).

 

Notons bien ici quelque chose cependant :
faire des reproches à bon escient, rappeler à l’ordre quand il le faut,
montrer un tort, mettre en garde contre une erreur,
il n’est pas nécessaire d’être chrétien pour le faire avec réussite.
Mais aborder un pécheur
en l’accueillant dans la profondeur de son âme,
pour lui faire sentir, au-delà de sa faute,
la tendresse de l’amour qui l’appelle au repentir,
faire passer une âme de la déculpabilisation libératrice
à a joie du pardon qui dynamise et reconstruit,
seul peut le faire ce qui est donné en son nom.
Au nom de Jésus, doux et humble de cœur (Mt 11,29),
et qui nus révèle la miséricorde u Père de cieux (Lc 6,36).

 

Reprends, supplie, menace, dit Paul à Timothée,
mais toujours avec une inlassable patience
et le souci d’instruire (2 Tm 4,2).
Seules la tendresse du Christ et la douceur de l’Esprit
peuvent nous donner de voir notre propre péché
sans pour autant nous décourager
et, sil y a lieu, de révéler le leur à nos frères et sœurs.
Non pas pour nous culpabiliser,
et moins encore pour les juger ou les condamner,
mais pour en être tout délivrés, libérés
et, finalement, réjouis et grandis.

 


Frères et sœurs,
nous avons tous un peu de mal à reconnaître, à comprendre,
et plus encore à vivre cela.
Pourtant c’est bien cela que le Seigneur nous dit aujourd’hui.
Après avoir cherché à le nier, le minimiser, à l’oublier,
notre époque est en train de redécouvrir très fort
que rien n’est résolu pour autant,
ni dans le monde ni dans notre cœur,
si nous faisons comme si le péché n’existait pas.
Non, le libéralisme, ce n’est pas la liberté,
ni le laxisme le paradis !
Mais voilà que la parole du Christ vient vers nous en ce jour,
actuelle et vivante comme toujours,
pour nous ramener à la lumière de la sagesse
et sur le chemin de la véritable liberté.
Il n’est pas facile d’aimer dans l’exigence.
Mais il est si beau de savoir, avec la grâce de Dieu, monter ensemble !

 

Dans une très belle page, saint Augustin l’explique très bien :
«Il existe deux œuvres de miséricorde qui peuvent nous libérer, et le Seigneur les résume en quelques mots dan son Évangile : ‘Remettrez et l’on vous remettra ; donnez et l’on vous donnera’. ‘Remettez et l’on vous remettra’ : c’est le pardon. ‘Donnez et l’on vous donnera’ : c’est le partage. En ce qui concerne le pardon, si tu veux qu’on te pardonne tes péchés, tu as un frère à qui pardonner. Et en ce qui concerne le partage, un pauvre t’implore et toi, tu es pauvre de Dieu. Tous, quand nous prions, nous sommes des mendiants de Dieu. Devant la porte de l’unique Père de famille nous sommes tous là, debout, ou plutôt prosternés, et nous supplions, car nous voulons obtenir quelque chose. Et ce quelque chose, c’est Dieu lui-même. Que te demande le nécessiteux ? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu sinon le Christ qui a dit : ‘Je suis le pain vivant descendu du ciel’. Voulez-vous être pardonnés ? ‘Remettez et l’on vous remettra’. Voulez-vous recevoir ? ‘Donnez et l’on vous donnera’

 

Frères et sœurs,
que l’Esprit lui-même, l’Esprit de douceur et de vérité,
nous aide à aimer assez
pour vouloir, comme Dieu, ce que Dieu qui nous aime,
veut si fort et le premier :
non pas la mort du pécheur,
mais qu’il se convertisse et qu’il vive (Ez 18,23).
Qu’il nous apprenne à prier, à agir et à parler,
dans toute la vérité et la miséricorde de Dieu,
en pleine confiance, en authentique charité.
En un mot : au nom de Jésus,
dans la douceur irrésistible de l’amour sauveur.
Comme l’a bien dit l’Écriture :
L’amour ne fait rien de mal au prochain ;
l’amour est donc la Loi en sa plénitude (Rm 13,10),
Car il tue le mal en créant le bien
et il écarte la tristesse en instaurant la joie.

 

Seigneur, apprends-nous à prier et apprends-nous à aimer.
À mieux prier, pour aimer avantage.
 

Méditer la Parole

8 septembre 2002

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Ezéchiel 33, 7-9

Psaume 94

Romains 13, 8-10

Matthieu 18,15-20

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