14e Dimanche du Temps Ordinaire - B 

« Demain, dix ans que je dis la Ste Messe dans l'ermitage de Tamanrasset !
et pas un seul converti !
Il faut prier, travailler et patienter…
C'est bien lent, bien peu de chose. »
Ces quelques mots du bienheureux Charles de Foucauld
alors qu’il était ermite missionnaire au Sahara
pourraient bien illustrer l’incompréhension, la déception devant l’échec de certaines missions chrétiennes.
Vivre la mission est souvent une expérience de joie profonde.
C’est la joie du don,
c’est la joie de participer à la vie d’un Dieu qui aime et qui est pris de passion pour tout homme.
Mais la mission est aussi parfois une épreuve,
c’est une passion d’amour qui fait souffrir le cœur de Dieu et de ses disciples
devant les multiples refus de l’Homme.
C’est l’épreuve de la solitude, du mépris, de l’incompréhension,
de l’échec et parfois même du martyre.
Épreuve qui s’étend de la Genèse à l’Apocalypse.
Au lendemain des grandes guérisons qui eurent lieu en Galilée,
Jésus lui-même est confronté à cette épreuve de la foi.
Jésus lui-même va éprouver l’échec humain dans sa mission.
De tout temps,
les générations chrétiennes furent confrontées à ces deux aspects de la mission.
Double passion que le Christ lui-même a affrontée et traversée pour nous à Nazareth.
Car en réalité cette mission, n’est pas la nôtre,
cette mission que nous portons chacun pour notre part,
c’est la mission du Christ vivant à travers ces membres au cœur du monde.
C’est pourquoi la mission n’est jamais une affaire personnelle,
elle est toujours en lien avec une communauté,
elle ne peut s’épanouir pleinement que dans l’Église.

Dès lors comment vivre la mission ?
Comment témoigner ?
Comment répondre aux multiples interrogations de notre monde
marqué par l’indifférence, le scepticisme ou  l’incrédulité ?
Regardons Jésus
et apprenons de lui cette vie missionnaire.

***

Vivre la mission, c’est tout d’abord recueillir sa vocation,
c’est se laisser appeler et envoyer par le Père au milieu de ses frères.
Nous voici à la synagogue de Nazareth
 et du milieu de la foule rassemblée autour de Jésus pour en enseignement le jour du sabbat une question fuse :
« D’où cela lui vient-il ? »
Qui est cet homme qui enseigne avec autorité ?
N’est-il pas le charpentier ?
C’est la question de l’autorité et cela interroge l’authenticité de notre vocation,
cela interroge l’appel de Dieu en chacun de nous.
Qui est Jésus ?
N’est-il pas le fils de Marie et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ?
C’est qu’en effet ils n’avaient pas encore reconnu qu’il venait de Dieu et qu’il s’en retournait à Dieu. C’est ainsi que le Verbe était dans le monde, lui par qui le monde s’était fait, mais le monde ne l’a pas reconnu.
Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu.
C’est dans ce climat d’indifférence que le Fils unique de Dieu, lui qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître.
Telle était sa vocation,
telle était sa mission,
et elle s’accomplit encore de nos jours par nos vies.
Telle est la mission du Christ en nous,
telle est notre mission en Lui
et elle se réalise à travers chacune de nos vocations.
Par le Christ,
nous comprenons que cette mission n’est pas la nôtre.
Elle ne nous appartient pas,
elle procède de Dieu lui-même qui nous a élus en lui dès avant la fondation du monde.
C’est lui qui nous a appelés
et qui nous envoie chaque jour auprès de nos frères,
à la suite du Christ, l’envoyé du Père.
C’est lui qui nous a choisis et établis
afin que nous portions du fruit et que notre fruit demeure.

Dans la mission, lorsque le monde interroge :
« D’où cela leur vient-il ? »,
faisons mémoire de notre appel,
restons enracinés dans notre vocation baptismale
et nous serons renouvelés à la source de notre mission.

***

Vivre la mission c’est aussi transmettre la Sagesse de Dieu révélée en Jésus Christ.
C’est révéler le visage transfiguré d’un Crucifié.
« Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? » s’interroge encore les foules.
À travers ces enseignements, certains se scandalisent,
et « ils étaient profondément choqués à son sujet »
C’est ainsi leur dit Jésus « qu’un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison ».
À l’encontre de ceux qui méconnaissent la bonté de Dieu et sa Sagesse,
le Seigneur nous redit avec le prophète Ézéchiel
« Les fils ont le visage dur, et le cœur obstiné ;
c’est à eux que je t’envoie.
Tu leur diras : ‘Ainsi parle le Seigneur Dieu...’ »
Lorsqu’avec le psalmiste
nous sommes rassasiés du rire des satisfaits, du mépris des orgueilleux,
alors avec le Christ
nous pouvons nous rappeler que nous annonçons Jésus,
un Messie Crucifié, Sagesse de Dieu.
Alors nous nous souviendrons que
vivre la mission, c’est annoncer cette Sagesse nouvelle.
Nous ne proclamerons pas un discours sophistiqué ou séducteur
mais nous aurons à révéler la sagesse d’un cœur qui aime avec douceur et humilité.

C’est la Sagesse des pauvres
qui se laissent enseigner et convertir par la Parole.
C’est la Sagesse des tout-petits
qui annoncent simplement par leur existence le chemin du Royaume.

Dans la mission, lorsque tout un monde interroge :
« Quelle est cette sagesse que vous proclamez ? »
Alors nous pouvons inviter à  contempler le Crucifié ressuscité,
alors en acte et en vérité, nous pouvons revenir à sa douceur et à son humilité.

***

Enfin vivre la mission, c’est accueillir le témoignage de l’Esprit comme une empreinte d’Amour dans le monde.
C’est recueillir cette force de Dieu
qui s’imprime dans la faiblesse de notre pâte humaine
et qui façonne en tout homme une âme de témoin.
Les foules en quêtes de signes extraordinaires s’interrogent souvent sur cette puissance de Jésus :
« Quels sont ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? »
Elles s’interrogent mais elles n’osent pas croire si bien que dans ce lieu d’incrédulité, Jésus ne pouvait accomplir aucun miracle ;
c’est pourquoi il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains.
Alors devant ceux qui ne veulent croire que sur des faits de puissance,
Jésus laisse transparaître la faiblesse de son humanité.
Il nous montre par sa vie
que notre faiblesse est le lieu de notre liberté
et que notre foi est la condition de la révélation de sa puissance.
À la suite du Christ, nous pourrions dire à notre tour avec les mots de Paul :
« Ainsi je mettrai ma fierté dans mes faiblesses,
afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure.
Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.»
Avec Paul nous comprenons à nouveau que cette mission n’est pas la nôtre
et que la force pour l’accomplir ne vient pas de nous
mais de l’Esprit de Dieu qui agit en nous.
La mission est avant tout une œuvre et un témoignage de l’Esprit en nous.
Elle n’est pas une affaire de calcul, d’efficacité, de résultat ou de rendement.
La mission est davantage une force de vie
qui se répand dans notre faiblesse
et qui s’imprime dans le monde
par le don et la puissance de l’Esprit,
si nous acceptons de l’accueillir.

Dans la mission, lorsque tout un monde interroge :
« Quels sont ces signes de puissance que vous manifestez ? »
Quelles sont les preuves de votre foi ?
Alors nous pouvons nous rappeler que nous annonçons Jésus,
Messie crucifié,
puissance de Dieu au cœur de la faiblesse humaine.
Alors en esprit et en vérité,
nous serons libérés de tout souci d’échec ou de perfection.

***

Frères et sœurs,
Pour reprendre les mots du bienheureux Charles de Foucauld,
notre seule mission sera peut-être de « crier l’évangile par toute notre vie ».
Notre seule part dans la mission sera peut-être
de laisser Dieu lui-même annoncer à temps et à contre temps,
à travers nos échecs et nos maladresses,
la Bonne Nouvelle du Salut.
Vivre la mission,
c’est se laisser envoyer librement par le Père,
à travers la réalité quotidienne de notre vocation.
Ce n’est pas rêver un monde chrétien idéal,
mais c’est laisser Dieu habiter la réalité de notre monde humain.
Vivre la mission,
c’est adhérer au Christ
en découvrant sa puissance dans la faiblesse de nos moyens,
en accueillant sa sagesse dans la fragilité de nos convictions.
Vivre la mission
c’est finalement entrer dans une liturgie,
dans ce service du peuple de Dieu.
C’est là que l’Esprit viendra déployer chacune de nos vocations, comme autant de services ou de ministères auprès de nos frères les assoiffés de vie.
Que le Seigneur achève en nous ce qu’il a commencé dès avant la fondation du monde
et que cette eucharistie nous engage toujours plus dans notre vocation au service de la mission.

Méditer la Parole

5 juillet 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

Ezchiel 2,2-5

Psaume 122

2 Corinthiens 12,7-10

Marc 6,1-6

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