14e Dimanche du Temps Ordinaire - B 

 Ma faiblesse, Ta force

 La liturgie de la Parole, ce dimanche,

s’est ouverte avec l’expérience d’Ézéchiel.

Ézéchiel – dans le contexte dramatique 

de la volonté d’anéantissement d’Israël 

par les armées irakiennes – bénéficie d’une vision 

qui lui dit la grandeur de Dieu 

au point qu’il se jette face contre terre.


Mais la voix du Seigneur s’adresse à lui :

« Fils d’homme, tiens-toi debout 

car je vais te parler » (Éz 2,1).

Et quand vient cette Parole,

vient aussi l’Esprit Saint 

pour lui donner la force de se lever :

« Il me fit tenir debout 

alors j’entendis la voix qui me parlait » (Éz 2,2).


Voilà ce que le Seigneur fait en nous aujourd’hui.

Il nous invite à nous relever pour l’écouter.

Son Esprit Saint nous relève 

pour que nous puissions dialoguer

face à face, cœur à cœur avec Dieu.


Et que veut nous dire le Seigneur ?

Je crois que la réponse est dans la deuxième lecture,

celle de l’apôtre aux chrétiens de Corinthe.

« Ma grâce te suffit ;

ma puissance donne toute sa mesure 

dans ta faiblesse » (2 Co 12,9).


Quel est le contexte de cette Parole plutôt dérangeante ?

Il y a à Corinthe des prédicateurs

qui proposent une doctrine différente de celle de Paul.

Une doctrine qui rejette 

la pleine gratuité du Salut donné en Jésus.

Alors Paul prend soin des chrétiens de cette ville 

et les mène à comprendre que son ministère

est véritablement le don de Dieu pour eux.

Paul en vient à faire allusion

aux expériences mystiques qu’il a faites.

Paul est un des plus grands mystiques de l’histoire de l’Église !


Cette confidence ou cette confession

le mène à partager quelque chose de très intime.

Il confie que pour lui éviter tout orgueil spirituel,

une écharde a été mise dans sa chair.

Quelque chose qui blesse constamment son humanité,

qui le ramène dans la petitesse, dans la faiblesse.


Il parle d’un ange de Satan, 

c’est-à-dire un esprit mauvais chargé de le gifler.

Le terme grec est beaucoup plus fort que gifler.

C’est un mot que l’on employait dans les combats de gladiateurs.

On pourrait dire que Paul reçoit des coups de poing.

Il est régulièrement tabassé, sinon jeté à terre.


Et parce qu’il n’en peut plus, il prie le Seigneur

de le libérer de ces assauts du mal.

Trois fois, il le demande au Seigneur.

On peut l’imaginer allant au Temple 

pour demander cette grâce de libération.

Trois fois…


Et le Seigneur lui répond :

« Ma grâce  te suffit… » (2 Co 12,9).

Tu n’as pas besoin d’autre chose.

Pour ce que tu vis, pour ce que tu es, 

pour le service que je te confie,

ma grâce te suffit.


Et le Seigneur ajoute comme une sorte de proverbe,

de sagesse très simple :

« Ma puissance donne toute sa mesure 

dans la faiblesse » (id).


C’est vrai, n’est-ce pas ?

Si nous sommes en pleine forme, en plein succès,

qu’une puissance vienne en nous,

elle ne pourra pas donner toute sa mesure.


Alors Paul comprend à quels moments 

la puissance du Christ, son énergie, 

sa Vie de Ressuscité peuvent se déployer pleinement, 

c’est-à-dire aux moments où nous sommes 

nous-mêmes sans force !


Je suis sans force, épuisé,

et quelque chose de puissant, débordant d’amour,

de compassion, de miséricorde, de joie 

se déplie en moi et rayonne sur les autres, 

les menant au Christ.


Paul comprend cela au point que sa fierté,

son point d’appui, ce qui le sécurise même,

ce n’est pas d’être en pleine forme,

en pleine possession de ses moyens.

Au contraire !

Ce qui le sécurise, c’est sa faiblesse afin, dit-il,

que la puissance du Christ demeure sur moi (2 Co 12,9).


C’est cela être chrétien !

C’est une toute autre sagesse que celle du monde.

« Lorsque je suis faible, 

c’est alors que je suis fort ! » (2 Co 12,10).


C’est à cela que se reconnaissent les amis de Jésus,

ses compagnons, ses disciples.


Quand Jésus entre à nouveau dans notre vie,

comme cela arrive bien souvent,

c’est cela qu’il nous enseigne !

Jésus s’assoit sur notre montagne intérieure

et il nous dit :

« Heureux les pauvres de cœur ;

le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5,3).

On pourrait ajouter :

« Heureux ceux qui ne sont pas forts,

ceux qui se prennent des coups comme Paul,

car la force de Jésus opère en eux avec puissance ».


Quand Jésus entre dans notre vie,

souvent à travers des situations inattendues,

voire déplaisantes, comment l’accueillons-nous ?

Quand il nous dit que sa grâce nous suffit,

comment l’accueillons-nous ?


Seigneur, combien de fois je ressemble, 

nous ressemblons aux gens de Nazareth,

c’est-à-dire à des gens qui savent bien qui est Jésus.


Si nous savons bien qui est Jésus, nous sommes en danger.

Nous ne sommes plus capables d’être surpris par Jésus.

D’où cela lui vient qu’il fasse l’éloge de la faiblesse ?

D’où cela lui vient cette sagesse de la croix ?

Où est-ce qu’il a pris cela ?

N’est-il pas l’artisan, le charpentier (cf. Mc 6, 2-3) ?


Et Jésus était pour eux un scandale (Mc 6,3).

Jésus nous scandalise.

Littéralement Jésus nous fait tomber.

Alors on tombe ou bien dans le rejet de Jésus

comme les gens de Nazareth,

ou bien l’on tombe dans les bras de Jésus.


Nous nous mettons à le prier avec un amour intense :

Seigneur Jésus, je suis incapable 

de vivre ce que tu me demandes.

Ce qui me sécurise, c’est d’être fort, d’être puissant.

Prends pitié de moi.

Viens toi-même parler à mon cœur rebelle,

rebelle parce que craintif,

et enseigne-moi ton Évangile au plus profond de mon être.

Je ne veux pas faire obstacle à tes miracles en moi

et dans mes frères et sœurs en humanité.


Jésus, que ton Esprit nous remette debout,

non pas debout dans la force des hommes,

mais debout par la force de Dieu.

Forts de toi dans notre faiblesse.

Amen.

Méditer la Parole

5 juillet 2015

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Ezchiel 2,2-5

Psaume 122

2 Corinthiens 12,7-10

Marc 6,1-6