17e Dimanche du Temps Ordinaire - B 

En ce temps-là, Jésus passa de l’autre côté du lac de Tibériade, 

et une grande foule le suivait. 

Alors Jésus gravit la montagne, et là, il s’assit avec ses disciples 

et il les nourrit de sa parole. 

Mais déjà au loin la foule se presse, 

et dans le silence de la haute Galilée, un bruit s’élève alentour des disciples. 

Alors  Jésus lève les yeux et il contemple le monde. 

Il voit venir à lui ce peuple nombreux. 

Un peuple en marche, une foule en quête de signes et de prodiges, 

un peuple fatigué, affamé, assoiffé de vie et d’espérance. 

Jésus contemple la foule et il pose sur elle son regard d’amour.

Mais les disciples eux semblent s’interroger intérieurement : 

l’endroit est désert et ils ne pourront pas nourrir la foule,

alors que faire ? 

Le maître est absorbé par la mission, 

mais l’intendance ne suit pas…alors que faire ?

Le maître aurait-il oublié ?

Mais non car déjà la question arrive : 

« Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? »

C’est l’épreuve du manque, de l’incapacité qui est proposée à travers cette question de Jésus. Ce n’est pas un piège mais c’est une invitation à contempler plus profondément 

et à servir autrement.

Depuis le premier jour de leur appel, 

Philippe et André ont connu ses miracles, ils ont contemplé sa gloire. 

Cependant aujourd’hui Jésus les interpelle autrement. 

Ce n’est plus dans sa gloire mais c’est du fond de leur faiblesse ou de leur finitude, 

que Jésus veut les rencontrer. 

En écoutant leur doute, il veut les conduire au désert pour parler à leur cœur.

À travers ces disciples, c’est toute l’Église 

que le Seigneur interpelle et conduit aujourd’hui au désert 

pour parler au cœur des croyants. 

C’est chacun de nous que le Seigneur vient visiter dans ses limites, dans ses doutes, dans tout ce qui nous préoccupe et bien souvent nous soucie à l’excès.

Alors en compagnie de Philippe et d’André, 

laissons-nous rencontrer par Jésus, laissons-nous enseigner.



***

Apprenons de Jésus qu’il demeure le seul maître de l’impossible 

et qu’il vient transformer nos limites. 

Il nous délivre ainsi de la tentation de vaincre par la force. 

Il nous apprend la confiance et l’humilité, 

pour nous voir demeurer silencieusement en sa présence.

Le prestige apparent des œuvres, le pouvoir séducteur de l’argent, 

nous susurrent parfois à l’oreille : « Sauve-toi toi-même ». 

Mais aujourd’hui, l’expérience de Philippe nous montre 

que personne ne peut s’accomplir par lui-même. 

La mission dépasse nos forces 

à tel point que « le salaire de 200 journées ne suffisent pas pour nourrir la foule »… 

Philippe comptait peut-être sur ses propres forces, sur une fortune, sur un travail fait de main d’Homme. 

Mais le Seigneur lui montre qu’il faudra œuvrer autrement. 

Philippe doit donc accepter de ne pas savoir faire, de ne pas pouvoir faire. 

Il doit se laisser faire, il doit accepter de demeurer impuissant 

et se laisser guider dans cette mission ou dans ce ministère 

qui dépasse naturellement ses forces.

Par son abandon confiant, Philippe nous encourage à nous en remettre à Dieu. 

Aucune force humaine ou militaire, aucun pouvoir politique ou économique, aucun avoir  n’aura raison de nos finitudes d’ici-bas. 

Seul l’Amour nous sauve, car Jésus seul est le maître de l’impossible.


***


Jésus est le maître de l’impossible 

mais cependant il fait appel à nos possibilités. 

Il nous délivre ainsi de la tentation du dépit et du désengagement. 

Comme Moïse intercédant dans le désert, 

il nous invite aujourd’hui à lever les deux bras de la louange et de l’intercession 

pour devenir signes d’espérance et de bénédiction pour le monde.

Sans le Christ nous ne pouvons rien faire, 

mais sans la collaboration de l’Homme ouvert et généreux, 

sans le regard avisé d’André, 

le Christ ne peut pas se donner totalement. 

André est cet homme pragmatique qui observe la situation présente. 

Il ne se projette pas dans le calcul d’un salaire ou d’une capacité financière à venir. 

Non, il observe le réel, il évalue ce qu’il possède aujourd’hui 

et il s’interroge : « cinq pains d’orge et deux poissons : qu’est-ce que cela pour tant de monde ? ».

André connait ses possibilités mais en s’arrêtant à la petitesse de ses moyens, 

il se met à douter : « Est-ce réaliste ? » 

Et pourtant cette petite obole, le Seigneur à la suite d’Elisée en aura besoin : 

« car selon la parole du Seigneur : ‘On mangera, et il en restera’. »

Ces pensées, ces doutes, ce sont toutes ces tentations, ces discours intérieurs qui veulent nous enfermer dans nos limites. 

Ce sont tous ces moments où notre orgueil empêche le Christ 

de traverser et de transformer nos petitesses, nos finitudes, 

pour en faire des lieux de grâces abondantes pour nous-mêmes et pour les autres. 

Ainsi André par son regard avisé nous enseigne la vigilance du cœur. 

Il nous apprend à prier et à scruter les désirs du maître à l’égard de tout un monde affamé et assoiffé. 

Il nous apprend à offrir le peu que nous avons 

pour le donner au Seigneur, totalement et sans réserve.


***


Jésus est le maître de l’impossible et avec nos incapacités, il nous invite à prendre part à sa seigneurie, à sa mission. 

Philippe et André vont ainsi côtoyer le maitre. 

Mais ils vont surtout expérimenter sa bonté. 

Ils vont apprendre à servir l’homme avec le cœur de Dieu.


Servir l’homme avec le cœur de Dieu c’est  apprendre à lever les yeux sur le monde

Avec le Christ il nous faut apprendre à lever les yeux pour voir venir la foule, afin de mieux l’accueillir. Il nous faut accepter de contempler le monde avec un regard neuf. Servir l’homme c’est pouvoir s’ouvrir autrement au monde afin de le servir selon le cœur de Dieu.


Servir l’homme, c’est aussi le faire assoir devant le Christ

« Faites les assoir » : telle est la première parole de Jésus. Faire assoir, c’est faire entrer la foule dans l’écoute et la contemplation. C’est faire communier au mystère de la personne de Jésus. 

Faire assoir la foule sur le pré d’herbe fraîche, c’est donc d’abord savoir se poser, pour se reposer et prendre du recul devant l’urgence de la mission. C’est cueillir la fraicheur d’une parole du maître pour se reposer en sa présence. 

Faire assoir la foule, c’est introduire le prochain au mystère de la foi, c’est finalement engager l’autre à devenir disciple en écoutant avec lui le maître. 


« Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. » 

C’est la deuxième parole de Jésus. Rassemblez les morceaux c’est-à-dire recueillez en un seul lieu les dons du Seigneur. 

Rassembler les morceaux en surplus c’est recueillir en plénitude le don de Dieu. C’est veiller à l’unité de nos communautés, de notre humanité dans tout ce qui n’est pas encore intégré, assimilé ou tout ce qui demeure dispersé.

 Rassembler dans l’unité et veiller à la communion, c’est le labeur de toute l’Église qui devra œuvrer jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous, jusqu’à ce que nous formions « un seul Corps et un seul Esprit ».


Servir l’homme selon le cœur de Dieu 

c’est contempler le monde, faire assoir les foules devant le Christ et se laisser rassembler dans l’unité.

Telle est notre mission au cœur de la cité. 

Ainsi le pain que nous dispenserons, c’est la vie du Christ, 

c’est le don de Dieu en chacune de nos eucharisties. 

Il nous faut le recueillir pour nous en nourrir et le partager.


***


Frères et sœurs,

à la vue du signe que Jésus avait accompli,

à la vue des largesses que le Seigneur accomplissait dans le peuple,

les gens disaient : 

« C’est vraiment lui le Prophète annoncé »


Avec Philippe et André, 

sachons à notre tour lever les yeux sur notre monde, sachons scruter les cœurs, 

et nous verrons que de toute part dans la cité, 

une foule de gens nous interpelle à la vue des signes 

qui se réalisent dans le monde. 

Il suffit de s’assoir pour les contempler, 

il suffit de les recueillir dans la prière pour les partager 

et ainsi avec le psalmiste nous pourrons chanter : 

« Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce

et que tes fidèles te bénissent !

Ils diront la gloire de ton règne,

ils parleront de tes exploits. »

Loué sois-tu, mon Seigneur, car tu fais des merveilles !

Méditer la Parole

26 juillet 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

2 Rois 4,42-44

Psaume 144

Ephsiens 4,1-6

Jean 6,1-15