23e Dimanche du Temps Ordinaire - B 

 Effata !

 Le contexte de ce passage de l'évangile

situe Jésus en butte à l'incompréhension de ceux qui le suivent.

Ils restent fermés aux signes que Jésus multiplie pour eux.

Et voilà que nous est racontée la guérison d'un sourd-muet.


Dans ce contexte, il est clair que cette guérison n'est pas seulement un miracle de plus.

En même temps qu'il guérit une maladie corporelle, 

Jésus donne ici un enseignement en acte.

Et tous ceux qui se trouvent là, 

qui restent sourds et muets devant le message du Seigneur,

tous ceux-là sont directement visés par l'épisode.


Cette surdité nous atteint nous aussi !

Notre difficulté à recevoir la Parole de Dieu,

et par là même notre incapacité à y répondre par une charité ardente,

nous montre combien notre cœur reste endurci et fermé.

Laissons donc Jésus nous prendre à l'écart et nous soigner !


Pour cela, je vous propose que nous repartions du récit de l'évangile.


On amène à Jésus un sourd-muet et on lui demande de lui imposer les mains.

Or Jésus n'opère pas sur le malade comme on le lui demande.

Jésus est libre !

Il commence par entraîner l'homme à l'écart,

puis il entre très intimement en contact avec lui.


L'homme est sourd : Jésus touche ses oreilles ;

ses doigts viennent en contact avec sa maladie.

Les mains du Créateur modèlent à nouveau sa créature abîmée.


L'homme est muet : Jésus lui touche la langue avec sa propre salive.

Le Verbe éternel redresse et délie,

il communique au malade la sève de la vie véritable.


Puis sa prière le tourne vers le Père :

il lève les yeux au ciel.

Il soupire, 

et son souffle de vie, sur le malade, transmet l'Esprit Saint !


Cette plénitude trinitaire montre suffisamment

que la parole qu'il prononce alors n'est pas seulement une parole de guérison corporelle.

C'est une parole puissante de grâce 

pour tous les sourds-muets spirituels de tous les temps :

Effata ! Ouvre toi !


Alors les oreilles du malade s'ouvrirent,

et sa langue se délia.


Mais voilà la pointe du récit :

ce n'est pas alors seulement l'ancien malade qui parle, mais c'est toute la foule qui s'ouvre !

Tous ceux qui sont là sont tellement touchés qu'ils se mettent à proclamer au sujet de Jésus :

Tout ce qu'il fait est admirable :

il fait entendre les sourds et parler les muets !


Le sourd-muet est guéri, et la foule de ceux qui sont là se mettent à parler...

Il fait entendre les sourds et parler les muets ! (au pluriel)


Il n'est pas fortuit que les gens citent alors le prophète Isaïe,

et précisément le passage que nous avons entendu dans la première lecture.

Le prophète y annonce les signes 

qui accompagne la revanche de Dieu sur l'incrédulité de son peuple ; 

une drôle de revanche,

une revanche par surcroît d'amour !


Dieu vient lui-même, et il sauve son peuple.

Les signes de sa venue, les voilà :

les oreilles des sourds s'ouvriront

et la bouche du muet criera de joie !

L'eau jaillira dans le désert,

la terre de la soif se changera en eaux jaillissantes !


Effata ! Ouvre-toi !

C'est la parole de vie que le Christ pose sur nous aussi aujourd'hui.

Le péché veut nous fermer ;

la grâce de Dieu, elle, désire nous ouvrir à la vie et à l'amour.


Cette parole, Effata, a été invoquée sur chacun de nous au jour de notre baptême.

Laissons-la retentir encore en notre personne.

C'est une parole d'autorité, 

une parole puissante qui contient en elle-même son principe agissant.

Laissons-la agir en nous.



Effata !

Ouvre-toi à la Lumière du Père, ton Créateur, ton origine et la Source de ta vie.


Ouvre-toi à son Amour, car il t'a créé par pur amour,

et son Amour sans cesse veut couler en tes veines, circuler en toi comme un courant de grâce.


Ouvre-toi à la Parole de Jésus-Christ.

Elle est Parole du Père pour toi.


Ouvre-toi à sa Parole car elle transmet la vie partout où elle passe,

comme des eaux bienfaisantes qui font reverdir le désert.


Ouvre-toi à la Parole de Jésus, expose-toi à sa Parole,

laisse-la te recréer, te relever, te ressusciter.


Ouvre-toi aussi aux sacrements de l’Église :


À l'Eucharistie qui te nourrit de l'intérieur, 

qui forme en toi l'être nouveau, l'image du Christ ;


Au pardon et à la réconciliation, 

car tu es pécheur, mais la miséricorde du Père est plus grande que ton péché.


Ouvre-toi à l'amour de tes frères et sœurs,

d'abord en te laissant aimer, en te laissant regarder et apprécier ;


Puis en aimant à ton tour, gratuitement, 

en aimant chaque personne, même si elle ne t'aime pas.


Ouvre-toi au Royaume de Dieu : 

il est déjà là, et c'est Jésus lui-même qui l'édifie.

Il est destiné à rassembler tous les hommes en Christ, absolument tous les hommes.


Ouvre-toi au Royaume en laissant l'Esprit Saint te sortir de tes replis sur toi, 

de tes enfermements. 

Ce n'est pas seul que tu seras sauvé, 

mais en découvrant que tu fais partie de la famille de Dieu 

et que tous sont tes frères.


Ouvre-toi à la Vie. 

La vie est un pèlerinage, une marche à la suite de Jésus.

La vie passe par la croix, et la mort sur la croix.

Mais elle débouche sur la résurrection, sur la plénitude de l'être.

N'aie pas peur de la croix. N'aie pas peur de la souffrance.

Aie plutôt peur de ne pas vivre, 

de ne pas aimer, 

de perdre la joie et d'attrister l'Esprit Saint.


Ouvre-toi !

Laisse les doigts de Jésus ouvrir tes oreilles, et écoute Sa parole.

Laisse-le toucher tes yeux, et lis les Écritures.

Laisse-le toucher ta langue, et proclame à plein cœur les merveilles qu'il fait pour toi.

Laisse-le transpercer ton cœur, et aime ! 

Aime sans compter, sans retourner en arrière.


Dieu a choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde 

pour les faire riches de la foi 

et héritiers du Royaume des cieux.


N'ayons pas peur d'être des petits et des pauvres aux yeux des hommes.

Jésus déclare les pauvres bienheureux,

car le Royaume de Dieu est à eux.


N'ayons pas peur d'avoir besoin de la guérison de Jésus,

car c'est bien pour les malades qu'il est venu, et non les bien-portants.


Effata ! Ouvre-toi !

Méditer la Parole

6 septembre 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaie 35,4-7

Psaume 145

Jacques 2,1-5

Marc 7,31-37