23e Dimanche du Temps Ordinaire B 

 Effata... ouvre-toi !

 Le récit de la guérison de cet homme sourd-muet 

est tout à fait étonnant.

On y voit Jésus toucher de sa main 

le corps de l’homme infirme.

Il touche les oreilles qui ne peuvent entendre.

Il touche la langue qui ne peut parler.

Mais la guérison ne se produit pas 

uniquement par le toucher du corps blessé.

En effet, c’est par l’action d’une parole de Jésus 

que l’homme va guérir :

«Effata !» c’est-à-dire «Ouvre-toi !»

Jésus parle à l’homme mais celui-ci est encore sourd.

Il ne peut donc entendre cette parole 

et pourtant elle est efficace.

L’homme s’ouvre à une vie nouvelle, nous décrit le récit.

Ses oreilles se mettent à entendre 

et sa langue se délie.

La parole de Jésus a donc bien été entendue 

mais non par ses oreilles de chair encore infirmes 

mais par les oreilles du cœur.

Cette parole de Jésus – ouvre-toi – 

ne s’adressait donc pas au corps 

mais à l’âme de cet homme.

Et le cœur profond de celui qui était 

enfermé dans son infirmité 

s’est ouvert à la lumière divine.

Et si le cœur est dans la lumière 

alors c’est tout le corps qui va pouvoir 

s’ouvrir à cette même lumière.

La guérison du corps ne pouvait pas 

se réaliser sans que le cœur 

s’ouvre au salut qui vient de Jésus.


Ce récit de miracle nous enseigne donc 

deux vérités qui nourrissent notre foi 

en Dieu qui sauve l’homme :

La première, c’est l’importance du corps 

qui est pleinement participant du salut 

dans la Révélation chrétienne.

Et la deuxième, c’est la place essentielle de l’âme, 

de cette force intérieure de vie appelée à rester reliée

à la source de toute vie, le Christ Jésus.


En touchant de sa main un corps malade, 

comme il l’a fait tant de fois, 

Jésus annonçait l’événement de Pâques, 

c’est-à-dire la résurrection de la chair.

Si Dieu nous a façonné un corps, 

s’il nous a tissés dans le ventre de notre mère, 

comme dit le psaume (Ps 138,13), 

ce n’est pas pour que ce corps disparaisse dans la mort 

sans autre destinée que la poussière.

Dieu, notre Créateur, nous a modelés, 

façonnés de la glaise, 

tel le potier qui travaille l’argile.

Et Jésus en touchant l’homme malade, 

anticipe sa re-création dans la grâce baptismale.

Par sa Pâque, Jésus a ouvert pour l’humanité 

la possibilité d’une nouvelle naissance, 

une naissance d’en haut.

Dans la grâce de notre baptême, 

notre corps est devenu temple du Saint Esprit.

Respecter la dignité, l’intégrité de notre corps 

voué à la glorification dans le ciel à venir, 

c’est confesser notre foi en Jésus 

qui vient toucher nos corps pour les sauver.

Comme il a touché les yeux des aveugles, 

les oreilles des sourds, la langue des muets, 

pris la main des malades, 

nous pouvons spirituellement laisser Jésus 

toucher nos corps, nous prendre par la main 

pour nous relever.

Je cite frère Pierre-Marie :

«Gardons toujours notre main dans la sienne.

Sa main de Créateur qui nous a faits.

Sa main de Sauveur qui nous a rachetés.

Sa main d’accompagnateur qui nous conduit sur la route.

Je donne ma vie pour mes brebis …

 

Nul ne les arrachera de ma main (Jn 10,28).

 

Ce n’est que le jour où nous pourrons dire 

que Dieu nous a touchés, 

qu’il nous a blessé le cœur, comme dit le prophète Amos, 

que nous sentirons vraiment combien Dieu 

nous aime en vérité.

Alors notre foi ne sera plus 

cérébrale, volontariste, routinière : 

elle se vivra dans la force et la joie 

d’un cœur à cœur avec ce Dieu qui s’est fait homme 

pour faire de nous des fils de Dieu !»


Dans notre récit de miracle, 

Jésus a touché le corps mais il a parlé à l’âme 

de cet homme sourd-muet.

Si les choses invisibles ne se voient bien qu’avec le cœur, 

il en est de même pour entendre la Parole de Dieu.

C’est quand nous laissons l’Esprit Saint 

se joindre à notre propre esprit 

que nous pouvons comprendre de l’intérieur 

que nous sommes enfants de Dieu.


Effata ! Ouvre-toi, dit Jésus.

C’est-à-dire ouvre-toi 

non seulement à ma présence extérieure 

mais aussi à ma présence intérieure.

Ouvre-toi à une adhésion de tout ton être 

à ma personne.

Laisse-moi faire ma demeure en toi, 

laisse ma lumière divine 

chasser tes ténèbres intérieures.

Je te sauve par mon corps livré sur la croix 

mais mon salut s’accomplit en ton propre corps 

si tu me laisses habiter le plus profond de ton cœur.


Comment pourrions-nous refuser, frères et sœurs, 

une telle visitation divine ?

Effata ! Ouvrons-nous !

«Non pas sur un monde de doute, de ténèbres, 

d’inquiétude mais de confiance, de certitude et de paix.

Cette voix venue du ciel 

nous invite à l’écouter et à le suivre.

Elle nous invite même à parler en son nom.

Une fois que le Seigneur nous a ouvert l’oreille, en effet, 

 

il nous donne une langue de disciple (Is 50,4-5).

 

Nous ne sommes plus incapables 

d’entendre et de parler.

Et en nous donnant de bien entendre, 

il nous donne aussi de bien parler.

Nous pouvons alors devenir artisans de paix 

car elle habite en nos cœurs.

Marcher à la lumière car elle brille en nos âmes.

Devenir semeur de joie 

 

car Jésus nous a donné la sienne en partage (Jn 15,11).

 

Aimer en actes et en vérité 

car «ce n’est plus moi qui vis, 

 

c’est le Christ qui vit en moi» (Ga 2,20).

 

Nous ne sommes plus ni sourds ni muets.» (fr. Pierre-Marie) 


Frères et sœurs, ce qui s’est passé pour cet homme 

en son âme et en son corps, 

nous pouvons le vivre en ce corps communautaire 

que nous formons ensemble, rassemblés en Église.

Entendons l’Esprit qui nous dit à chacun personnellement 

et à nous tous en même temps :

Ouvre-toi, toi qui t’enfermes dans la solitude, 

et va vers le frère, la sœur qui est là à côté de toi.

Ouvre-toi, toi qui attends toujours d’être aimé 

pour te mettre en route vers l’autre.

Ouvre-toi à celui, à celle 

qui est encore plus seul que toi, plus muet 

et qui ne veut plus rien entendre.

Ouvre-toi à la nouveauté que Jésus te propose.

Ouvre-toi surtout à la parole de ton Dieu 

qui vient te donner la force et la liberté 

et qui agrandit chaque jour, si tu le veux, 

l’espace de ton espérance. 

(d’après une citation de Jean Lévêque, ocd)

 

Frères et sœurs, que ce temps de rentrée 

soit une grande ouverture à l’écoute de l’Esprit Saint !

Que notre assemblée dominicale en soit fortifiée 

pour être toujours plus missionnaire au cœur de Paris.


Seigneur, je veux être ton disciple.

Fais que j’entende au matin ton amour 

et que tout au long du jour,  ma bouche publie ta louange.

 

(citations de fr. Pierre-Marie tirées d’une homélie

donnée à Florence le 6 septembre 2009)

 

Méditer la Parole

6 septembre 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaie 35,4-7

Psaume 145

Jacques 2,1-5

Marc 7,31-37