23e Samedi du Temps Ordinaire  - B

 De l'arbre à la forêt

 Il y a vingt ans, le charisme de nos Fraternités de Jérusalem

 a été semé comme une petite graine dans la terre d’Alsace.

Qu’allait donc devenir cette petite pousse 

alors que nos Fraternités n’avaient 

que 20 ans d’existence et d’expérience ?

Avec foi et audace, frère Pierre-Marie et sœur Marie 

ont semé en envoyant ici des frères et des sœurs 

venus de Paris et de Blois.

Ils ont fait confiance à l’appel de l’Église de Strasbourg 

par la voix de son archevêque, Mgr Charles-Amarin Brand.


Et la petite pousse est devenue un arbuste 

et l’arbuste un arbre.

Rapidement, de nombreux chrétiens sont venus 

se joindre à la prière des frères et des sœurs.

Des fraternités laïques sont nées.

Des vocations ont germé.

Ce qui attirait, ce ne sont pas les fruits, 

car l’arbre était encore trop jeune pour en produire,

mais c’est la passion d’être là, veilleurs sur la ville, 

le désir de partager l’eau vive 

au puits de la Parole et de l’eucharistie, 

la joie de s’immerger dans la ville 

par le travail, l’accueil, … 

Ce sont ces forces de vie qui entrainaient les citadins 

à venir s’abriter comme les oiseaux du ciel 

sur les branches de l’arbuste en croissance.

Ce qui attirait, c’est l’arbre lui-même 

comme un enfant qu’on a envie de prendre dans ses bras 

parce qu’il respire la vie, 

parce qu’il libère de l’espérance et de la joie.


Et puis l’arbre a continué à grandir 

et il a porté des fruits.

Des bons. Des moins bons aussi.

Car il y a toujours une part de nous-mêmes à convertir 

pour que les fruits se bonifient d’année en année.

Et c’est pour cela que nous avons ouvert 

cette démarche jubilaire 

en demandant la miséricorde de Dieu 

pour que soit émondé notre péché 

afin que la grâce divine porte pleinement son fruit.

Jésus est exigeant avec nous dans notre évangile 

mais il nous encourage aussi : «Jamais un arbre mauvais 

ne donne de bons fruits» affirme-t-il.

Si donc on trouve des grappes, 

sûrement c’est un pied de vigne !

Ce n’est peut-être pas du Gewurztraminer 

mais à coup sûr ce ne sont pas des épines.

Si les fruits sont authentiques, 

c’est que la souche est bonne.


L’arbre de Jérusalem a donc grandi 

réjouissant par ses fruits 

ceux qui viennent ici, en cette église Saint-Jean, 

nourrir leur âme par la prière, l’adoration, 

les sacrements, l’accompagnement spirituel, …

Nous savons que si le Seigneur ne bâtit la maison, 

en vain peinent les maçons (Ps 126).

Alors rendons grâce pour l’action invisible de Dieu 

qui a permis cette croissance et cette fécondité.


Et maintenant, que devons-nous faire ?

On pourrait se satisfaire des fruits et s’engager 

pour un service minimum d’entretien de ce qui existe.

Mais inévitablement les fruits vont peu à peu s’abimer 

et ne seront plus désirables par qui que ce soit.

Cette attitude n’est pas la bonne.

Ne s’occuper d’ailleurs que des fruits, c’est risquer 

de tomber, selon le terme utilisé par le pape François, 

dans l’autoréférentialité.

On ne fait que se regarder 

et on ne ressent plus le besoin d’apprendre, d’écouter, 

de se laisser remettre en cause par le monde qui nous entoure.


Alors que faire ?

Il faut retrouver la créativité fondatrice 

qui a généré tant de force de vie et d’attraction.

Comme l’arbre ne doit pas cacher la forêt, 

les fruits ne doivent pas cacher l’arbre.

Jésus nous le dit merveilleusement dans l’évangile.

C’est de l’arbre dont nous devons prendre soin 

car si l’arbre est bon, les fruits le seront aussi.

L’arbre doit sans cesse se renouveler, 

laisser circuler la sève qui libère la vie.

Pour nous, cela signifie être dans un état 

de conversion permanente.

Le travail le plus profond est à vivre à l’intérieur de nous.

Plus notre être est uni à Jésus, plus notre vie sera féconde.

Opter pour une qualité d’arbre, pour une qualité de vie, 

c’est opter pour une qualité de relation avec le Christ.

Si le cœur est dans la lumière de Dieu, 

tout ce qui en sortira ne pourra que glorifier le Seigneur.


Notre activité première doit donc être 

celle de creuser profond 

comme pour bâtir une maison solide.

Il faut creuser jusqu’à trouver le roc qui est le Christ 

et sur lequel tout ce qui s’édifiera ne pourra pas 

être balayé par les épreuves.

Concrètement, cela veut dire perdre 

l’apparente solidité que nous trouvons 

dans les fruits que nous portons, 

dans nos habitudes, dans nos pensées 

et dans celle du monde ambiant 

pour passer à une autre solidité, celle du Christ.


Après 20 ans de fondation, que reste-t-il à faire ?

Consentir à tout perdre pour gagner le Christ.

Oser la vulnérabilité, la remise de nos sécurités 

pour laisser la vie de Dieu 

être l’unique sève qui fait pousser l’arbre.

L’arbre ne doit pas cesser d’être désirable 

comme aux premiers temps de la fondation.

C’est-à-dire à travers lui tout ce qu’il éveille en nous : 

la foi, l’audace, la créativité, la docilité à l’Esprit, 

bref la folie de l’Évangile qui nous met en route, 

et la prophétie du charisme de Jérusalem 

qui est si actuel dans le monde d’aujourd’hui.

La vraie fécondité de l’arbre n’est pas en soi 

dans son fruit mais dans sa capacité 

à donner naissance à de nouveaux arbres.

L’arbre de Jérusalem a grandi durant ces 20 ans.

Il a porté de bons fruits.

Et bien maintenant, il doit devenir 

 

un verger, un bois, une forêt !(*)

 

C’est-à-dire donner le désir à d’autres de devenir des arbres.

Pour cela, il faut que l’arbre s’expose 

au vent, au souffle de l’Esprit créateur, 

qu’il accueille dans ses branches 

les abeilles qui disséminent ses semences 

et ses pollens et génèrent une nouvelle vie.

Le charisme de Jérusalem a encore 

bien des choses à révéler en terre d’Alsace.

À nous, à vous d’en être les acteurs.

Croyons-le : On est au tout début de l’aventure !

(*) d’après Luigino Bruni, article «Le courage de penser le verger»

      dans l’Avvenire du 15 février 2015

Méditer la Parole

12 septembre 2015

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

1 Corinthiens 1,3-9

Psaume 112

Luc 6,43-49