25e Dimanche du Temps Ordinaire - B

 

« De quoi discutiez-vous en chemin ? »

C’est la question de Jésus à ses disciples

alors qu’ils viennent d’échanger entre eux pour savoir qui était le plus grand.

C’est la voix de Jésus qui s’élève au milieu du brouhaha des disciples

traversés par le souci des honneurs ou du prestige.

« De quoi discutiez-vous en chemin ? »

C’est la voix de la Sagesse -09-20de Dieu qui interroge la Sagesse du monde.

 

Frères et sœurs,

de quoi discutons-nous au quotidien,

Quelle Sagesse oriente nos partages en famille ou en communauté,

tous ces échanges sur la place publique ou sur les réseaux sociaux,

toutes ces paroles qui s’ébruitent ouvertement ou dans le secret du cœur ?

« De quoi discutiez-vous en chemin ? »

Lorsque nos tumultes étouffent les semences du Verbe

Lorsque nos désirs et nos pensées enténèbrent les voix de la Sagesse divine,

la Parole de Dieu interroge nos paroles humaines,

comme pour les convertir à cette Sagesse

comme pour les ramener au mystère d’une présence en germe au milieu de nous…

Ce n’est pas la Sagesse du monde, ni celle des anciens.

Mais c’est la Sagesse des enfants,

avec sa simplicité, ses insouciances

et surtout ses promesses de croissance, de maturité et de fécondité.

Ce n’est pas la Sagesse du monde, ni celle des anciens.

Mais c’est la Sagesse de Dieu

qui passe par la Croix, avec ce mystère de Vie, de Mort et de Résurrection.

Alors, pour révéler aux siens

avec douceur et humilité les profondeurs de ces mystères ,

« Jésus prit un enfant

il le plaça au milieu d’eux et il l’embrassa ».

Cet enfant, c’est lui.

Cet enfant c’est le reflet de l’humilité de Dieu

Cet enfant, c’est Jésus livré entre nos mains,

dans l’innocence et la confiance,

dans la fragilité et la dépendance.

Cet enfant, c’est Jésus vivant en nous et au milieu de nous,

c’est le Christ qui se donne à voir et à découvrir

pour nous introduire dans une Sagesse nouvelle et éternelle.

Mais que sera donc cet enfant et quelle est cette Sagesse ?

 

***

 

Cette Sagesse est la Sagesse qui a conversé avec les Hommes

et qui nous invite à notre tour

à embrasser notre condition humaine

à l’école de Jésus, vrai Dieu et vrai Homme.

La Sagesse de Dieu nous invite à aimer l’homme

dans sa beauté et sa fragilité.

Elle nous invite à respecter et à servir la dignité de tout homme

avec tendresse et charité.

Lorsque Jésus embrasse cet enfant,

il vient embrasser en nous notre condition humaine.

Il nous invite ainsi à contempler en tout homme l’image de sa divinité.

Embrasser l’homme

c’est servir la vie depuis sa conception jusqu’à la mort naturelle,

c’est honorer et respecter la Création,

ce manteau de Dieu qui enveloppe et nourrit tous les hommes.

c’est accueillir notre humanité avec sagesse et par amour

dans ses richesses et ses pauvretés,

c’est accueillir tout homme tel que Dieu nous les donne,

jour après jour à travers notre histoire et celle de notre société.

 

Mais embrasser l’homme

c’est aussi reconnaitre humblement cette faiblesse de notre chair

qui parfois s’enorgueillit et se rebelle,

c’est lutter avec foi contre ces désirs et ces pensées

qui mènent leur combat en nous-mêmes.

 

Alors en embrassant l’Homme,

sous les traits de l’innocent et du juste abandonné,

nous découvrirons son visage de paix et de douceur.

Dans notre orgueil, nous découvrirons son humilité

Dans notre violence, nous éprouverons ce que vaut sa patience.

« Voici l’Homme » en effet qui est livré entre nos mains et qui se donne.

C’est lui qui vient visiter notre chair,

dans sa beauté et sa fragilité,

pour la sauver et la réconcilier avec Dieu.

C’est lui qui nous apprend à embrasser notre condition humaine

avec humilité, douceur, patience et charité.

 

***

 

Cette Sagesse est la Sagesse qui se dévoile à travers le mystère de la Croix.

Elle n’est pas le fruit d’une puissance humaine.

Au contraire, elle nous propose d’embrasser un Enfant et un Crucifié

et ainsi d’entrer dans une humble compassion

à l’égard de tout homme.

Il nous faudra apprendre

à écouter les souffrances d’un monde en croissance vers le Royaume qui vient.

 

Cet enfant, c’est Lui, c’est le Crucifié,

c’est l’Homme qui sera soumis à une mort infâme.

Dès lors, lorsque Jésus embrasse cet enfant,

il vient embrasser en nous le Crucifié.

Il embrasse nos souffrances,

il partage avec nous les douleurs d’un enfantement qui dure encore.

Cet enfant, c’est Lui, c’est le Crucifié.

Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles

et ils avaient peur de l’interroger. »

Et on peut les comprendre…

À travers cet enfant, Jésus nous révèle que

de la crèche à la Croix il y a ce mystère de patience et croissance.

Il nous rappelle que de la Crèche à nos croix,

ce mystère d’engendrement et de souffrance persiste.

Il nous révèle ainsi qu’en tout homme il y a à la fois

l'Enfant qui grandit en vue du Royaume

et le Crucifié qui gémit à cause du péché.

En tout homme il y a un affamé, un assoiffé,

un exilé, un réfugié, un prisonnier,

un pauvre qui espère la vie en abondance

et qui marche pas à pas vers le Royaume.

En tout homme, il y a ce visage du Crucifié

à embrasser, à servir et à aimer.

L’actualité nous le rappelle abondement.

 

Mais Jésus nous propose également un regard d’espérance.

En embrassant cet enfant,

Jésus nous invite à consentir à une croissance

qui ne fera pas l’économie d’une souffrance.

Par ce baiser, il nous engage dans une Alliance de feu,

afin que nous soyons refondu, refaçonné à l’état de l’Homme parfait,

jusqu’à la pleine stature du Christ.

Dans ce feu d’Amour, il faut qu’Il grandisse et que je diminue,

il faut qu’il meurt en moi pour que je vive en Lui.

Dans ce feu d’Amour qui dépasse notre raison,

chacun de nous peut comprendre avec le cœur

qu’il n’y a pas de vie véritable sans cette mort à soi-même.

Il n’y a pas de naissance sans douleur,

il n’y a pas d’accomplissement sans souffrance.

 

***

 

Cette Sagesse est la Sagesse qui reçoit et qui donne la Vie au monde.

C’est la Sagesse du Père qui nous est révélée

et ce Père nous donne en partage ses entrailles de miséricorde.

En accueillant l’enfant, nous accueillons la vie de Dieu,

nous entrons dans sa paternité, nous découvrirons les richesses de sa fécondité.

Ainsi nous prendrons part selon notre vocation, à la maternité de l’Église.

Cet enfant, c’est Lui, c’est le Ressuscité, c’est l’Envoyé du Père.

Cet enfant qui marche au milieu des apôtres, c’est le Ressuscité.

C’est lui-même qui marchera plus tard au milieu de ses disciples

avec simplicité et liberté comme au chemin d’Emmaüs.

Il nous précède en Galilée, c’est là qu’il se révèle à nous comme un frère.

C’est là qu’il nous engage plus loin dans l’Amour

et qu’il suscite en nous des entrailles de père et de mère pour la vie du monde.

 

Mais cet enfant qui marche au milieu des apôtres,

c’est également tout homme qui désire prendre part à la vie de la Résurrection,

c’est tout baptisé qui accepte de se laisser enfanter par l’Église.

Dès lors les douze apôtres deviennent peu à peu cette matrice,

ce lieu d’engendrement à la vie dans l’Esprit.

À leur suite, c’est tout homme

que nous pouvons accompagner de notre prière

et porter par la médiation de l’Église.

« Sion, chacun lui dit Mère, car en elle chacun est né. »

 

Ainsi à travers le visage du Père que nous porterons au monde,

tout homme de bonne volonté pourra entrer

et se laisser enfanter à la vie divine,

jusqu’à la pleine stature du Christ.

 

***

 

Frères et sœurs,

de quoi discuterons-nous en chemin ?

Si les bavardages nous guettent et alourdissent notre foi,

si la sagesse de ce monde nous abat et enténèbrent notre espérance,

si la misère d’ici-bas nous étreint et étouffe notre charité ,

avec le psalmiste, nous pourrions redire humblement :

« Seigneur je n’ai pas le cœur fier, ni le regard hautain

Je n’ai pas pris un chemin de grandeur,

ni de prodige qui me dépasse.

Non je tiens mon âme, en paix et silence

Mon âme est en moi comme un enfant

L’enfant sevré près de sa mère ».

Car cette Mère est bien là présente à nos côtés,

Cette Mère c’est non seulement l’Église

mais c’est aussi Marie, le Trône de la Sagesse.

Avec elle, laissons-nous enseigner par les trésors de la Sagesse Divine.

De la crèche à la Croix, du tombeau vide au Cénacle,

regardons Marie l’humble servante du Seigneur,

regardons cette Femme, cette épouse et cette Mère

et laissons-nous enfanter à la vie de Dieu.

Laissons-nous appeler à la Compassion

Laissons-nous envoyer en Mission au cœur de notre monde.

Méditer la Parole

20 septembre 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

Sagesse 2,12.17-20

Psaume 53

Jacques 3,16-4,3

Marc 9,30-37