27e dimanche du Temps Ordinaire - B

 Vivre en couple sauvé

 Le thème de la famille, du mariage, de la fidélité

nous touche au plus intime de nous-mêmes 

car sans la rencontre d’un homme et d’une femme, 

quelle que soit notre histoire, nous ne serions pas là aujourd’hui.

Le mariage est un don précieux de Dieu 

inscrit dès les origines dans son dessein créateur.

«Au commencement, le Seigneur dit : 

il n’est pas bon que l’homme soit seul» (Gn 2,18).

Au commencement de l’homme, il y a déjà le couple, 

d’après le récit de la Genèse.

C’est dire que le couple fait partie de l’être de l’homme.

Dieu met simultanément au monde l’homme et le couple : 

«Homme et femme, il les créa» (Gn 1,27).


Alors que s’ouvre aujourd’hui 

la deuxième session du synode sur la famille, 

il nous est bon de redécouvrir en ce dimanche 

la beauté du sacrement de mariage.

Pour cela, je vais essayer de répondre à cette question : 

quelle différence y-a-t-il entre un couple marié sacramentellement 

et un couple marié uniquement civilement ?


D’un point de vue extérieur, autant dire qu’il n’y en a pas.

Tout couple connaît les joies et les peines d’une vie conjugale.

Le sacrement n’est pas un plus, un bonus supplémentaire

ou une assurance tout-risque contre les échecs.

Les statistiques parlent d’eux-mêmes : 

le taux de divorce est identique dans les deux situations.

Alors il nous faut chercher plus profondément 

ce qui caractérise le mariage chrétien.


Ma première réponse à la question posée est 

sur la nature même du pacte scellé entre les deux époux.

Le sacrement de mariage célèbre une alliance 

et non simplement un contrat à l’amiable.

La logique du contrat est celle 

d’un « engagement limité, conditionnel.

Chacun ne s’engage qu’au prorata de ses intérêts bien perçus.

Rationnel, le contrat n’engage que la volonté des contractants.

Et ce que la volonté a fait, 

la volonté peut le défaire ». 

(Xavier Lacroix, « L’alliance conjugale, mystère caché et révélé » 

dans « Le sacrement de mariage entre hier et aujourd’hui »

 sous la direction de L-M Chauvet, Editions de l’Atelier, 2003, p.186).


Tout autre est la logique de l’alliance.

Elle ne repose que sur le don.

Elle est inscrite dans le dessein créateur de Dieu :

«L’homme s’attachera à sa femme, 

et tous deux ne feront qu’un» (Gn 2,24).

Le mariage est une histoire d’amour, de fidélité, de pardon.

Ce mystère d’alliance passe par le don 

qui permet l’union en une seule chair.

Deux histoires vont se lier l’une à l’autre sans se confondre 

mais en devenant indissociables.

Désormais, quoiqu’il arrive – même si le couple se sépare – 

il y a du «toi» dans le «moi» et du «moi» dans le «toi».

Chacun est transformé dans son être profond 

par l’alliance avec l’autre.


Ce qui fonde donc le lien conjugal ne relève pas 

de «l’avoir» seulement – c’est la logique du contrat – 

mais de « l’être » – c’est la beauté de l’alliance.

«Et tous deux ne seront qu’une seule chair» (Gn 2,24).

Le mariage civil qui permet le divorce et le remariage 

oublie cette vérité existentielle du couple 

en ne s’intéressant qu’à l’aspect contractuel de l’union.

Ce n’est pas en divisant  les biens, en séparant les corps, 

tout ce qui est de l’ordre de l’avoir, 

qu’on annihile la réalité intrinsèque du couple.

«Veux-tu être «ma» femme / «mon» mari ?»

La réponse «oui» est un acte de parole qui engage l’être.

Chacun consent  à «être» pour l’autre «son» époux.

L’appartenance mutuelle et reconnue publiquement 

ouvre à une vie nouvelle qui est celle de la vie conjugale.

La vie personnelle de chacun des conjoints 

trouve dans cette vie conjugale son accomplissement.

L’autre me conduit à l’achèvement de ce que je suis en Dieu.


Qu’est-ce qui caractérise encore le mariage sacramentel ?

C’est son origine divine.

Jésus le révèle aujourd’hui apportant un regard neuf 

qui n’était pas donné explicitement dans le récit de la Genèse.

«Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas.»

Jésus a l’audace de concevoir Dieu comme sujet premier, 

sujet absolu du lien d’amour.

Cela signifie que «le mouvement de don véritable, 

de don gratuit et généreux qui se vit dans le mariage, 

ne vient pas des époux seuls.

Il vient de plus loin, de plus haut et de plus profond qu’eux. 

Le don est lui-même donné» (X. Lacroix, ibid.).

L’appel à se donner l’un à l’autre «pour toujours» 

est donc un don de Dieu.

Le sacrement de mariage que se donnent les époux 

est une reconnaissance du don de Dieu qui les précède.

En acceptant dans la foi le don de Dieu, l’alliance des époux,

par la médiation de l’Église, devient un sacrement.

Et Dieu ne reprend pas le don qu’il fait.

C’est pour cela que l’alliance est indissoluble.

Elle est manifestation explicite de l’amour inconditionnel de Dieu.

«Ce mystère est grand», dit l’apôtre Paul (Ep 5,32).


Je conclurai par une ultime réponse à la question que j’ai posée.

Ce qui différencie des autres couples 

le couple marié sacramentellement, 

c’est le fait  qu’il soit  un «couple sauvé».

Le sacrement de mariage, c’est comme le baptême du couple.

Celui-ci est plongé dans la mort et la résurrection du Christ.

Jésus est engagé dans le couple 

comme le Sauveur de l’alliance conjugale.

À chaque moment de doute, d’épreuve, de péché, 

le couple peut s’appuyer sur la force de cette présence, 

de ce salut déjà donné.

Un chemin de résurrection est déjà ouvert.

Une vie nouvelle est toujours possible.

Elle ne s’accueille pas à la force des poignets 

mais par des actes de foi, d’espérance et de charité.

Plus le couple fonde sa vie conjugale, familiale sur le Christ, 

plus il le choisit comme son Seigneur et Sauveur, 

plus il peut traverser les aléas de la vie, 

sûr que le meilleur vin de l’amour, 

comme aux noces de Cana, est toujours à venir.


Cette bonne nouvelle du mariage, frères et sœurs, 

nous avons à l’annoncer quel que soit notre état de vie 

car cela nous concerne tous.

Plus nous y croirons, plus nous serons aussi à même 

d’accueillir et d’accompagner avec tendresse et miséricorde 

tous les blessés de la vie conjugale et familiale.

Tous, quels que soient nos chemins plus ou mieux sinueux, 

nous sommes appelés à la nuptialité.


Dans cette eucharistie, l’Époux de l’Église vient 

à notre rencontre pour le festin des noces éternelles.

Que puisse brûler en nos cœurs la flamme de l’amour 

afin de confesser avec la bien-aimée du Cantique : 

«Mon bien aimé est à moi, et moi à Lui» (Ct 2,16).

 

Méditer la Parole

4 octobre 2015

Saint-Gilles, Bruxelles

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Gense 2,18-24

Psaume 127

Hbreux 2,9-11

Marc 10,2-16