26e dimanche du Temps Ordinaire - B 

 Recevoir les uns des autres à l'école de Jésus et de Marie

 Hier avec la fête des saints martyrs canadiens,

nous avons été magnifiquement interpellés

à déployer pleinement la grâce mystique et missionnaire

qui nous habite tous.


Mgr Gazaille nous a parlé de ce débordement d’amour

qu’est, par nature, la mission 

et qui ne peut pas se vivre sans joie !


Aujourd'hui, le Seigneur nous invite plutôt

à regarder la communauté que nous formons,

cette toute petite cellule d’Église

qu’est notre famille, notre fraternité,

notre communauté eucharistique ;

en un mot regarder notre vie en Église.


Ce qui apparaît d’abord dans l’enseignement de Jésus,

c’est qu’il nous est impossible de décréter par nous-mêmes

qui appartient à l’Église et qui n’y appartient pas.

Les apôtres eux, avaient décrété

que ceux qu’ils ne reconnaissaient pas comme disciples 

n’avaient pas le droit d’utiliser le nom de Jésus.

La réponse de Jésus est claire :

Non ! Ne l’en empêchez pas ! (Mc 9,39).

Le nom de Jésus n’est la propriété exclusive de personne.

Jésus est tout à tous,

et il se plaît aujourd'hui à se révéler

à des musulmans, des bouddhistes, des athées

et à des chrétiens qui ne partagent pas notre sensibilité !


L’Église n’a pas de « frontières »

comme l’avait déjà révélé le Seigneur

en annonçant que Jérusalem 

doit rester une ville ouverte (Za 2,8).


Et que nous dit alors Jésus

de ce qui se vit dans l’Église, entre disciples ?

On s’attendrait à de grandes déclarations,

mais Jésus dit simplement :

« Qui vous donne à boire un verre d’eau

au nom de votre appartenance au Christ,

amen, je vous le dis,

il ne perdra pas son salaire » (Mc 9,4).


Nous donner l’un à l’autre un verre d’eau

au nom et à cause de notre appartenance à Jésus.

Cela semble modeste… un verre d’eau…

Oui, c’est modeste mais c’est immense !

Parce que c’est la manifestation de l’extraordinaire richesse

qu’il y a dans les échanges de grâce, de don de soi,

de temps donné, de prière,

qu’il y a entre disciples du Christ.

Le baptême et la confirmation ont déposé entre nous

la possibilité d’un échange de grâces inouï.


Nous pouvons tant recevoir les uns des autres.

Non pas parce que nous sommes brillants, riches ou savants,

nous ne le sommes pas !

Mais parce que le Seigneur a « inventé » et déposé entre nous

ce mystère de communion 

où nous sommes membres les uns des autres (cf. 1 Co 2,27).


Pensez simplement à l’échange de grâces

entre les deux Personnes qui sont au principe de l’Église :

Jésus et Marie.

Pensez aux trésors que Marie a puisés dans le Cœur de Jésus ;

à ce qu’elle a puisé pour le monde,

comme l’évangile de Cana le dévoile

et comme l’évangile de la Croix le réalise.


Pensez aux trésors que Jésus, en son humanité,

a trouvé dans le cœur de Marie en qui il se reposait ; 

dans le cœur de Marie qui communiait toujours plus pleinement

à son chemin de dépouillement et d’offrande radicale.


Cet échange de grâces entre Jésus et Marie 

est comme le noyau, 

le principe de l’échange extraordinaire 

que le Seigneur veut libérer entre nous.


Quand nous percevons la richesse 

et la fécondité de cette communion,

nous comprenons très bien la radicalité 

des paroles de Jésus sur le « scandale » :

« Qui sera occasion de chute 

pour un de ces petits qui croient,

il est meilleur pour lui

que soit mise une meule d’âne autour de son cou

et qu’il soit jeté à la mer » (Mc 9,32).


Nous pouvons être les uns pour les autres

un sacrement formidable,

mais nous pouvons aussi être occasion de chute,

et de cela, Jésus veut nous préserver.


Ne saccageons pas une vigne chargée de fruits !

Au contraire, accueillons son fruit et partageons-le !


C’est pour nous garder sur la route de la communion 

que le Seigneur continue en nous invitant

à avoir une « détermination déterminée »,

à éviter les occasions de péché.


Si ta main, ton pied, ton œil

sont pour toi occasion de chute, 

coupe-les ! Arrache-les !

Il vaut mieux arriver mutilé, 

boiteux et borgne dans le Royaume 

qu’en pleine santé dans l’horreur de la non-communion.


Il semble bien que dans le Royaume,

il y a, il y aura, beaucoup de mutilés, 

de boiteux et de borgnes !


Qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire, sois vrai !

Si ton Internet est occasion d’impureté, quitte-le !

Si des conversations sont occasion de murmures, arrête-les !

Si des rencontres mènent à l’égoïsme et à l’injustice, 

comme le dénonce saint Jacques, laisse-les !

Pourquoi ?

Pour entrer dans la communion.

Pour qu’en toi, pour qu’en nous, se réalise le désir de Jésus :

que nous soyons un.

Un à la manière de Dieu : « un en Nous » (Jn 17,21).

Un de cette unité qui est la marque propre de l’Esprit Saint.


Comme est belle la réponse de Moïse à Josué

dans la première lecture d’aujourd’hui.

Josué est contrarié parce qu’Eldad et Médad

se sont mis à prophétiser dans le camp.

« Moïse, mon maître, arrête-les ! » (Nb 11,28).

Mais Moïse lui dit :

« Serais-tu jaloux pour moi ?

Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur eux

pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! » (11,29)


Si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur tous…

Eh bien, il l’a fait !

Moïse tu as bien vu !

Ton cœur a compris la largeur du cœur de Dieu.

C’est sur le peuple entier que l’Esprit descend aujourd’hui

pour nous tisser dans une communion tout neuve.

C’est bien cela qui se renouvelle en chaque Eucharistie.


« Humblement, nous te demandons

qu’en ayant part au corps et au sang du Christ,

nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint 

en un seul corps » (Prière Euch. n° 2).

 

Méditer la Parole

27 septembre 2015

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Nombres 11,25-29

Psaume18

Jacques 5,1-6

Marc 9,38-48