28e dimanche du Temps Ordinaire - B

 En ce temps-là, Jésus se mettait en route 

lorsqu’un homme accourut vers lui. 

Dans cet exode du Fils vers Jérusalem, 

c’est Dieu lui-même qui attire tout homme à sa suite. 

C’est Dieu lui-même qui s’ouvre à la rencontre 

d’une humanité essoufflée et avide de bonheur. 

Car à travers cet homme, qui accourt 

et qui tombe à genoux devant le Seigneur, 

c’est notre humanité qui s’avance devant Dieu avec tous ses désirs de vie. 

C’est toute notre existence qui s’élance, s’investit, se dépense 

dans une foule de projets à bâtir, 

dans une multitude d’objets à acquérir. 

C’est toute notre vie qui s’élance et nous fait courir d’ici et de là. 

Cet homme, c’est tout être humain qui recherche le bonheur. 

C’est tout chrétien en marche à la suite du Christ qui cherche à aimer et à vivre en vérité. 

Alors aujourd’hui, dans ce jardin de nos désirs, le Seigneur vient nous visiter. 

Il vient questionner en nous l’homme intérieur, le pèlerin de l’éternité : 

Adam, où es-tu ? où cours tu ?

Où est cet homme en toi qui désire la Vie ?

Où est cet homme en toi qui recherche la Vérité ?

Où va donc cet homme en toi qui erre en Chemin ?


Frères et sœurs, à travers cet évangile, 

à la suite de cet homme anonyme, 

jetons nous au pied de Jésus pour recevoir de Lui la Vie qu’Il possède en plénitude.

Laissons-nous vivifier, laissons-nous recréer par son regard, 

et entrons dans cette pédagogie divine. 

Laissons nous conduire par le Christ car ses sentiers sont voies de délices. 

Il est notre Vie, il est la Vérité, il est notre Chemin.


***


Le Christ est notre Vie

Allons-nous vivre ou survivre ?

Vivre de la Sagesse ou survivre dans nos richesses ?

C’est tout le dilemme qui se pose à cet homme lorsqu’il rencontre Jésus. 

Le jeune homme s’interrogeait en lui-même : 

« Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »

Plein de bonne volonté, 

cet homme était profondément habité 

par le devoir de faire, d’accomplir 

afin de s’assurer un avoir. 

Il recherchait ce qui est bon, 

il voulait recevoir en héritage la vie éternelle, le bien suprême. 

Cet homme voulait vivre en plénitude 

mais il semblait survivre à travers ces idées, ces projets. 

Cet homme voulait cueillir la vie, 

il voulait la saisir même, à pleines mains, 

mais la Vie elle-même ne l’avait pas encore saisie. 

Le Christ lui-même ne l’avait pas encore saisi dans son regard.

Alors pour le ramener à la Vie véritable, 

pour le saisir dans son Amour, 

le Christ interroge l’homme de désir : 

« Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu seul »

Ainsi cet homme errait dans la vie, 

à la recherche du bon maître capable de le satisfaire. 

Dans le jardin de ses désirs, il recherchait l’arbre de Vie. 

« L’arbre de vie, c’est la Sagesse pour qui la tient »,

et déjà avant même de la connaitre, il en convoitait les fruits.

Mais aujourd’hui, au terme de cette chasse au trésor éternel, 

le jeune homme a été ramené à une attention au mystère qui le dépasse. 

C’est un mystère enveloppé de silence

c’est le mystère d’une Sagesse qui se dévoile avec pédagogie. 

C’est le mystère de la vie de Dieu que l’on ne peut saisir par nous-même 

mais qui se donne à nous et nous nourrit gratuitement. 

Alors pour vivre en plénitude, 

nous comprenons qu’il nous faut revenir à cette Sagesse. 

« J’ai prié, et le discernement m’a été donné, nous dit le sage.

J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi.

à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse. »

Pour vivre en plénitude, 

il ne s’agit plus d’amasser, il vaut mieux prier.

Il ne s’agit plus de courir mais de demeurer.

Là nous pourrons demander au Seigneur 

de nous apprendre à vivre, 

c’est-à-dire de nous apprendre à discerner et à ordonner tous nos désirs 

afin d’y gouter la vie en abondance.

Alors nous arrêterons de survivre par nous-même 

et nous entrerons dans la Vie par le Christ.


***


Le Christ est la Vérité

Resterons nous dans l’Illusion ?

Rester dans l’illusion des faux trésors 

ou rechercher la vérité du cœur ? 

C’est le second dilemme  qui se pose à cet homme lorsqu’il parle avec Jésus. 

C’est en portant le souci de toutes ses richesses que ce jeune homme se présente à Jésus. 

Que ce soit des richesses morales, physiques ou intellectuelles, 

que ce soit des richesses matérielles ou spirituelles, 

cet homme est rempli de trésors humains 

qu’il a reçus ou qu’il a acquis. 

Aussi face à la richesse, 

il lui faut fuir l’illusion des faux trésors. 

Il lui faut surtout garder la Vérité au fond du cœur 

en méditant la Loi jour et nuit. 

Cet homme possède beaucoup 

mais son cœur pourrait demeurer vide si la Parole ne demeurait en Lui.

« Tu connais les commandements » lui dit Jésus.

Et c’est pas à pas, par l’échelle des commandements, 

qu’il Jésus va faire descendre cet homme 

vers la Vérité de son cœur.

À travers ces six paroles, 

il énonce non pas une série de lois extérieures à suivre,

mais il dessine davantage les esquisses de son Visage, 

il imprime intérieurement le caractère de son Amour. 

Jésus vient recréer cet homme.

Dès lors s’il est écrit 

« Ne commets pas de meurtre », c’est qu’il nous faut découvrir que Dieu est notre Vie.

De même il nous dit : « Ne commets pas d’adultère », car je suis l’Époux

« ne commets pas de vol », car je suis le Créateur de toute chose

« ne porte pas de faux témoignage », car je suis la vérité 

« ne fais de tort à personne », car je suis l’Ami des hommes

« honore ton père et ta mère », car je suis un Père pour tous les peuples.


 « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. » dit le jeune homme. 

Tout cela, en effet il l’a accompli 

mais aujourd’hui encore il éprouve un manque, 

il a soif d’un accomplissement et d’une perfection 

que seul l’Amour peut donner.


« Alors Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. »

C’est par un silence d’Amour que Jésus énonce un 7e commandement 

parachevant ainsi son œuvre de recréation.

C’est par un regard de tendresse 

qu’il vient combler cet homme 

en imprimant en Lui le visage du Bien-Aimé.

C’est par un silence 

que le Christ, la Parole de Dieu, 

vient pénétrer d’un regard le cœur de cet homme.

Car en effet, comme le dit la lettre aux Hébreux, 

il est puissant ce regard d’Amour, 

il est vivant et énergique, le Verbe de Dieu. 

Il va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit,

des jointures et des moelles ;

il juge des intentions et des pensées du cœur.

Dès lors cet homme doit lui rendre des comptes,

il doit lui rendre la parole par une réponse accordée à la Vérité.

Dès lors nous-même nous ne pouvons rester dans l’illusion de nos richesses,

il nous faut cultiver et choisir la Vérité au fond du cœur

si nous voulons voir grandir en nous l’Homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour.


***


Le Christ est le Chemin.

Allons-nous quitter ou suivre Sa Route ?

Démission ou engagement ? Quitter ou suivre ?

Quitter Jésus pour garder ses sécurités 

ou suivre le Christ pour demeurer libre et joyeux ? 

C’est le 3e et dernier dilemme qui se pose au jeune homme et aux disciples de Jésus.

C’est tout le dilemme qui se pose à nous 

lorsque nous voulons suivre le Christ, 

lorsque nous cherchons à discerner notre vocation 

lorsque nous voulons approfondir nos engagements.

Après ce regard d’Amour, 

après ce discernement des pensées par la Parole et le regard 

voici que le Christ appelle l’homme personnellement et lui dit : 

« Va, vends et donne » : 

c’est la première étape de ton chemin de liberté. 

C’est le premier préalable à la joie.

« Va » car il te faut aller vers toi-même.

Comme Abraham, comme la Bien Aimée du Cantique,

il te faut éprouver mon Alliance,

il te faut d’abord recueillir en toi-même mon regard d’Amour.

« Vends » car en effet il te faut évaluer les richesses que je t’ai données

pour savoir en rendre grâce.

« Donne » car tout ce que tu auras amassé qui l’aura ?

Tout ce qui n’est pas donné est perdu.

Livre toi à l’amour et tu auras un trésor dans le ciel. 


« Va, vends et donne puis viens et suis moi »

C’est la seconde étape de ton chemin de liberté.

Pour me suivre, il te faut venir

Pour épouser ma pauvreté, il te faut quitter ta richesse. 

Pour entrer dans ma joie, il te faut délaisser ta tristesse.

« Mais l’homme à ces mots devint sombre 

et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. » 

La Lumière du Christ avait révélé ses ténèbres et sa fragilité. 

Tout ce qu’il avait amassé n’était que vacuité. 

Tout ce qui semblait possible devenait impossible. 

Il aurait fallu tout lâcher, 

tout considérer comme des balayures afin de gagner le Christ. 

De même les disciples étaient stupéfaits de ces paroles.

Alors Jésus leur rappela : 

« Pour les hommes, c’est impossible,

mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »

En effet, ils devaient comprendre par-là 

que ce n’est pas le chemin qui est impossible, 

mais c’est l’impossible qui est le chemin. 

Dans nos doutes, dans nos déserts intérieurs, 

le Seigneur nous rappelle ainsi que, ce n’est pas la vie ni le temps qui nous manquent, 

mais c’est le manque qui nous ouvre à la vie, 

c’est l’instant présent qui nous ouvre dès aujourd’hui à l’éternité.

Dès lors pourquoi courir, pourquoi guetter en vain les richesses d’ici-bas ? 

Mieux vaut se laisser conduire par le Christ pour être enrichi de sa pauvreté.


***


Frères et sœurs, que devons-nous faire pour vivre aujourd’hui de l’éternité ?

Pour stimuler notre choix, pour engager notre route,

écoutons cette prière du père Jérôme,

moine trappiste du siècle dernier, de l'abbaye de Sept-Fons. 

Homme de désir et de prière, que la vie a comblé d’épreuves humaines et de grâce divine.

« Seigneur, ma vie s'écoule, grâce à vous, 

selon une remarquable continuité d'abandons forcés, 

sans clairières, presque sans clartés. 

Pourtant, par-dessous ces maux, 

vous avez tout de même réussi à me faire parvenir les deux ou trois biens 

que justement je désirais plus que tout. 

Ces deux ou trois biens que je m'imaginais atteindre par l'audace et le succès, 

et qui sont arrivés tout doucement par le silence et l'acceptation. 

Vos virages sont serrés, vos coups de frein sont durs, mais vous conduisez joliment bien. 

Et vous m'avez mené, avec la plus parfaite précision, 

exactement à l'endroit où, dans mon ambition la plus gratuite, je désirais aller. 

Non pas vers des délices sensibles ni spirituelles, 

mais vers un amour pour vous fondé en vérité et capable de durer. 

Et parce que vous agissez ainsi, tout homme trouvera, sous votre conduite, sa mélodie. 

Et, de plus en plus filialement, 

la gratitude fera monter cette mélodie vers vous, Père ! » 

Amen

 

Méditer la Parole

11 octobre 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

Sagesse 7,7-11

Psaume 89

Hbreux 4,12-13

Marc 10,17-30