Solennité de la Toussaint

 La sainteté pour les petits

 Célébrer la solennité de la Toussaint, c'est commencer par nous tourner vers le Ciel.

C'est à dire regarder du côté de Dieu lui-même.

Or que voyons-nous en Dieu ?

Une foule immense, que nul ne peut dénombrer,

des saints de toutes conditions, 

dans toutes formes de vie...


Le Ciel est habité par une foule de saints

que se soient des saints d'immense stature qui rythment notre calendrier liturgique

ou de ces saints "ordinaires",

pétris de la même vie que nous, dans la discrétion du quotidien,

et c'est surtout ceux-là que nous fêtons aujourd'hui.


Mais jusqu'à présent, tout n'est pas terminé au ciel,

car le projet de Dieu, c'est que tous les hommes soient réunis dans sa sainteté,

que tous, nous parvenions au bout du chemin, 

jusqu'en cette Jérusalem du ciel qui resplendit déjà en attendant ceux qui manquent encore.


La Jérusalem du Ciel est scintillante de beauté,

car la sainteté est belle, harmonieuse et pleine de saveur.

La Jérusalem céleste est une ville ouverte, large et accueillante.

Elle est sise sur un sommet,

afin qu'on la voit de loin, et que le monde se réjouisse de sa beauté.

Elle est lumineuse, enfin,

car les saints reflètent l'éclat de la lumière,

et la lumière de la ville sainte, c'est le Ressuscité lui-même,

transmettant ses rayons à tous ceux qui convergent dans ses murs.


Jérusalem, vision de paix !

Si nous nous tournons vers le Ciel, alors notre cœur se met à brûler,

notre désir à s'enflammer,

nos yeux à s'émerveiller.

Pour participer à la louange et à l'adoration véritable, celle des saints,

nous savons qu'il nous faut prendre la route pour la Cité d'en haut,

et devenir saint comme Dieu est Saint.


Nous sommes donc appelés à devenir des saints.

Pour cela, nous devons nous mettre en route.

Mais la route est longue et exigeante, et mieux vaut ne pas se tromper.

J'ai repéré, dans nos lectures de ce jour, 

trois points essentiels qui peuvent nous donner de l'assurance :


- d'abord considérer que la sainteté est un don à recevoir de Dieu,

plus encore qu'un état à conquérir.


- ensuite, ne pas nous tromper sur le don que Dieu nous fait :

ce qu'il nous donne n'est pas de l'ordre de la grâce prêt-à-porter,

mais une grâce unique et profondément personnelle : c'est son amour pour moi.

Là est mon héritage, là est la source de ma sainteté.


- enfin, c'est Jésus qui nous ouvre la route : il est lui-même le chemin.

Il suffirait de contempler Jésus et de le suivre.

Mais pour les distraits que nous sommes, pour nous repérer sur la route,

il donne les béatitudes, qui sont comme une carte d'orientation.


Un don à recevoir, 

un amour personnel, 

un chemin.


Dans la première lecture, 

l'Apocalypse nous montre la foule des sauvés.

Ils se tiennent debout devant Jésus glorieux,

qui apparaît sous la forme de l'Agneau Immolé et Vivant.

Et ils proclament d'une voix forte :

Le salut nous est donné par notre Dieu et par l'Agneau !


Voilà donc la première leçon à retenir :

le salut et la sainteté ne sont pas d'abord à conquérir, mais à recevoir !

Ils nous sont donnés. Et c'est Dieu qui donne.

Si on oubliait ce point essentiel, on n'arriverait jamais au but !


Essayer de devenir saint par ses propres forces, en effet,

relève de l'illusion

et aboutit au découragement...


Dieu seul peut nous enfanter à la sainteté,

et c'est même lui qui en a l'initiative,

lui encore qui balise la route,

lui qui nous donne sa grâce pour avancer à la suite de Jésus.


Bien sûr, il y faut notre part !

Elle consiste d'abord à accepter que Dieu prenne l'initiative dans notre vie.

Choisir de l'écouter,

de lui dire oui,

de croire que ce qu'il demande est possible, et qu'il va le réaliser avec nous.


Notons donc que l'attitude qui permet d'entrer dans le chemin de sainteté

n'a que faire du volontarisme ou des bonnes idées.

Il y faut plutôt l'humilité et l'obéissance.


La deuxième lecture nous apporte encore quelques repères :

saint Jean précise que ce que nous serons ne paraît pas encore clairement.

Nous sommes encore en chemin, 

comme en chantier,

c'est un processus de transformation que Dieu met à l'œuvre en nous.


Il n'y a pas à être découragé de se découvrir imparfait et pécheur ;

pas plus qu'il n'y a de raison d'être agacé en découvrant l'imperfection et le péché des autres.

La seule chose qui compte,

c'est de se mettre sans cesse à la disposition de Dieu,

de le laisser opérer ce travail d'enfantement à la vie nouvelle,

d'y être docile.

L'exemple même de la docilité, c'est le fiat de la Vierge Marie :

qu'il me soit fait selon ta parole.


Voilà pour le don à accueillir.


Mais le plus important, peut être, c'est la manière dont saint Jean s'émerveille 

en contemplant l'amour dont le Père nous a comblé.

Cet amour fait de nous des enfants de Dieu,

et dès maintenant, nous le sommes.


Où pourrions-nous trouver la force pour avancer dans la sainteté

sans pour autant puiser dans notre orgueil,

ou dans cette maladie viscérale de vouloir être meilleur que les autres ?

La seule source où boire pour trouver la force de devenir saint,

c'est l'amour que Dieu porte personnellement à chacun de nous.


Découvrir que Dieu m'aime infiniment,

jusqu'à donner son Fils pour me sauver,

et accueillir cet amour qui m'est donné gratuitement,

c'est accepter d'être transformé, attiré par Dieu.

Cet amour nous donne la force qui nous pousse à nous mettre en route.


C'était mon deuxième point : vivre de cet amour personnel dont Dieu nous aime.


Quant à l'évangile des Béatitudes,

il nous propose en concentré notre programme de sanctification.

Quelques préalables sont toutefois nécessaires

pour se laisser saisir par ce texte si bien connu.


Jésus monte sur la montagne, 

il s'assoit, et ses disciples s'approchent.


Laissons-nous prendre dans la scène : tout y est très simple, 

et pourtant, la foule comprend bien qu'il se passe quelque chose d'essentiel.

Les disciples s'approchent.

Approchons-nous aussi, si nous le voulons : il nous appelle.


Il se met alors à instruire ceux qui sont là.

Pas seulement un enseignement, comme on donnerait un cours ; non !

Il parle de bonheur, 

il indique la route pour la vraie vie.

Et cette route, il va la tracer dans sa propre chair : il est le chemin, nous l'avons dit.


C'est tellement simple, les Béatitudes !

Et tellement essentiel.

Il semble que, si l'éditeur de cette collection de vulgarisation bien connue le voulait,

on pourrait en faire un tiré à part avec comme titre :

« la sainteté pour les nuls » !


Au delà de la boutade, il y a là une vérité très profonde :

personne ne peut se croire trop mauvais ou incompétent pour recevoir la sainteté ;

et les dix béatitudes que Jésus nous lancent sont si simples

que personne ne peut croire qu'il n'y arrivera pas,

sauf à les compliquer par un esprit sophistiqué ou orgueilleux.


Rappelons-nous ce jour où Jésus exulte sous l'action de l'Esprit Saint en disant :

Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : 

ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits (Lc 10, 21).


La sainteté pour les petits, voilà les Béatitudes.

Pas à pas, tout homme qui choisit de se faire petit pour suivre Jésus 

devient un saint en se laissant simplifier par l'évangile.


Heureux les pauvres de cœur...

En suivant Jésus qui s'est abaissé jusqu'à la mort,

en lâchant ses certitudes pour devenir pauvre de cœur,

le petit fait l'expérience de la résurrection, il possède le Royaume de Dieu.


Heureux ceux qui pleurent...

En suivant Jésus qui n'a pas craint de pleurer sur le péché des hommes,

en acceptant de devenir vulnérable à la souffrance des hommes et à la sienne,

le petit qui pleure découvre en lui l'Esprit consolateur, et il trouve la paix.


Heureux les doux...

En se mettant à l'école de Jésus doux et humble de cœur

accueillant ainsi l'amour dont le Père l'entoure à tout moment,

l'homme qui s'abaisse devient lui aussi un doux, et son héritage, c'est la terre promise.


Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice...

En devenant disciple de Jésus qui est la Vérité en personne,

en trouvant dans le Christ le lieu où amour et vérité s'unissent,

l'humble laisse grandir en lui la faim et la soif de la justice sans pour autant perdre la douceur,

et il trouve en Dieu sa nourriture pour avoir l'audace d'être prophète.


Heureux les miséricordieux....

Dieu seul est miséricordieux.

Le petit le sait, et il ne cesse de contempler son sauveur avec amour,

le contempler jusqu'à lui ressembler, jusqu'à ce que la miséricorde de Dieu s'imprègne en lui.


Heureux les cœurs purs...

Dieu seul est saint.

Le petit le sait aussi, c'est pourquoi il ne cesse de répéter : 

« Prends pitié de moi, Seigneur, car je suis pécheur. »

Par sa confiance et par sa foi, son cœur se purifie,

et peu à peu, en tout homme, il voit Dieu !


Heureux les artisans de paix...

Jésus est le Prince de la paix. 

Le disciple se laisse envoyer par Jésus et il annonce la paix en même temps qu'il la porte.

L'artisan de paix, c'est Jésus : le petit devient fils, lui aussi, car il porte en lui le Christ.


Mais Jésus est aussi celui qu'on persécute, qu'on insulte et qu'on calomnie.

Et le petit n'est pas plus grand que son maître.

Mais il est sûr qu'il porte vraiment son maître en lui 

en découvrant qu'afin d'insulter le Christ, on l'insulte lui aussi.

Alors, il en est tout heureux,

car alors, il sait qu'il est bien sur la route.

Et dans sa joie, il répond aux violences par la douceur, la justice et la miséricorde.


Peu à peu, les Béatitudes façonnent le cœur de ces petits qui sont les frères de Jésus,

jusqu'à ce qu'ils lui ressemblent, 

qu'ils lui deviennent semblables.

Jésus est le chemin de notre sainteté.


En écho à cette sainteté pour les petits, nous pouvons entendre Thérèse de l'Enfant Jésus.

Le pape saint Pie X l'a appelée « la plus grande sainte des temps modernes ».

Thérèse a cherché la voie qui pourrait la conduire au Ciel, et elle l'a trouvé : 

c'est une petite voie, un chemin pour ceux qui savent qu'ils sont petits :


« Je voudrais trouver un ascenseur pour m'élever jusqu'à Jésus, dit Thérèse ;

car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection.

Alors j'ai cherché dans les livres saints et j'ai trouvé ces mots :

si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi.

L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus !

Pour cela, je n'ai pas besoin de grandir, 

au contraire, il faut que je reste petite, et que je le devienne de plus en plus ». (Manuscrit C)


En marche, donc ! Levons-vous et prenons les Béatitudes au sérieux.

Elles nous conduisent au Ciel !

Méditer la Parole

1er novembre 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Apocalypse 7,2...14

Psaume 23

1 Jean 3,1-3

Matthieu 5,1-12