29e Dimanche du Temps Ordinaire - B 

 En quoi, frères et sœurs, en quoi consiste l'amour ?

L'amour ne consiste pas d'abord à se rapetisser, à s'abaisser.

L'amour consiste d'abord, à élever l'autre.

Aimer ce n'est pas d'abord se faire petit.

Aimer c'est faire l'autre grand, grand devant soi.


C'est ainsi, frères et sœurs, que Dieu nous aime.

Et c'est tout ce que nous révèle la liturgie de ce jour,

en commençant par le poème du serviteur.


Dieu s'est fait serviteur, mais pourquoi ?

Dieu nous a aimés en nous voulant grands devant lui, le plus grand possible, jusque dans une étonnante ressemblance avec lui-même.

Et s'il s'abaisse, s'il s'abaisse infiniment c'est uniquement pour nous élever, pour nous grandir au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir !

Voilà comment agit l'Amour ! Sinon sans cela, s'abaisser n'est pas encore de l'amour.


Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.

En rançon pour la multitude, qu'est ce que cela veut dire?

Cela veut dire que Dieu a pesé notre prix, il a mesuré notre valeur,

pour calculer le montant qu'il fallait pour le rachat.

Et quel montant a t-il trouvé ? Quelle rançon assez forte a t-il trouvé ?

Aucune. Aucune sinon lui-même !

Dans la balance, il a mis sa propre vie infinie !

Et pourquoi, frères et sœurs, Dieu a t-il calculé ainsi ?

Pourquoi, a t-il estimé que le rachat de notre humanité, valait bien le prix de sa vie, à lui ?

Ne sait-il pas Dieu, qu'il n'y a aucune proportion, entre la valeur de ce monde, et la valeur de son être infini, incalculable ?


Voilà le secret frères et sœurs !


Aimer c'est toujours grandir l'autre. Et sous le regard de l'Amour, sous le regard de Dieu, tout est immensément grand !

Toute personne est immensément grande, et vaut un prix infini comme le reflet du trésor qui est Dieu Lui-même.

Jésus a compté la vie d'un seul être humain au prix le plus fort,

au prix de sa propre vie ! 

Il n'a pas estimé le prix que la vie d'un frère ou d'une sœur en humanité, était de moindre valeur que la sienne, lui qui pourtant est Dieu incarné, alors il s'est donné en rançon.

Il a préféré se perdre, plutôt que de me perdre.

Jésus, tu as préféré te perdre, plutôt que de me perdre.

Qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'Adam pour que tu en prennes souci ?

Et quel souci Seigneur !

À peine le fis-tu moindre qu'un Dieu, le couronnant de gloire et de majesté, comme toi même!

Et qu'est-ce que ce dernier des hommes qui a été crucifié à côté de toi, Jésus ? Tu en as fait le premier dans ton paradis.

Et si tu t'es fait petit au point d'être crucifié avec lui, c'était pour le  grandir, lui, le premier et tous les autres à sa suite.

Et le faire siéger à ta droite, et tu as transformé vos croix de douleurs en trône de gloire !

Aimer, oui, nous le voyons, c'est grandir l'autre, même au prix de soi-même.


Alors comme nous le voyons dans l'Évangile, deux disciples avaient essayé quelques temps auparavant, avant la Passion, sentant déjà la Passion arriver,

deux disciples avaient essayé, quant à eux, de se réserver ces places à droite et à gauche de Jésus. 

Ils ne pouvaient évidement pas deviner que ces trônes seraient des croix. Et que ces places reviendraient aux hommes les plus déchus, les plus ruinés, les plus désespérés de tous.

Car ce qui tourmente l'Amour, c'est de grandir l'autre !

Ce qui tourmente l'Amour, c'est de donner le plus de dignité à ceux qui en ont le moins. C'est de commencer par les plus petits, les plus insignifiants, les plus désespérés, pour leur donner grandeur et beauté !

Un Amour rend toujours la beauté à ceux qui l'ont perdue.

Alors Jacques et Jean, qui ne savaient vraiment pas ce qu'ils demandaient, réclament ces deux places à droite et à gauche de Jésus.

Et Jésus, lui doute que le Père ait vraiment prévu les choses ainsi.

Le Père a sûrement trouvé des hommes plus petits, plus insignifiants que ces deux disciples pour devenir premiers dans le Royaume.

Jacques et Jean, veulent devenir grands !

Remarquons bien frères et sœurs, que Jésus ne leurs reproche pas 

ce désir, de devenir grands.

Il ne s'agit pas d'étouffer cette soif de grandir puisque c'est  justement le but de l'Amour que de grandir ceux qu'il aime.

Jésus n'étouffe pas dans ses disciples la soif de grandir ; mais il sait très bien qu'il faudra convertir, purifier, transformer radicalement cette soif de croissance.

Jésus ne dit pas : celui qui veut devenir grand parmi vous fait mal, mais il dit : celui qui veut devenir grand parmi vous, sera votre serviteur.

Dans la communauté chrétienne, dans l'Église, dans la famille, il peut y avoir une façon de ne pas vouloir prendre sa place, de ne pas vouloir grandir, de ne pas vouloir prendre sa part de responsabilité, sa part d'autorité. 

Et cette façon-là, n'est pas du tout une vertu, mais plutôt une façon de se préserver, de rester centré sur soi.

Au contraire, l'amour du Christ, nous pousse à grandir. Il nous pousse à l'engagement. Il nous libère de la mauvaise petitesse, du retrait de soi. Ce retrait de soi, ce repli sur soi, qui n'est pas de l'humilité, mais plutôt une démission.

Donc aimer n'est pas cela, n'est pas d'abord seulement se faire petit, car cela, si cela s'arrêtait là, pourrait encore rester centré sur soi.

Aimer c'est grandir l'autre, aimer c'est chercher d'abord à grandir l'autre, alors évidement cela donnerait une attitude de petitesse. Mais dans une relation, pas pour chercher la petitesse elle-même, mais pour chercher la grandeur de celui que je veux aimer.

Beaucoup de saints et de saintes ont exercé une très grande autorité, et d'une manière ou d'une autre, ils n'ont pas reculé par fausse humilité. Cependant l'influence, la fécondité qu'ils avaient, voilà le point essentiel, ils ne l'ont pas transformée en pouvoir, mais en service ou plus précisément encore le pouvoir, le pouvoir réel qu'ils ont eu, ils ne l'ont pas vicié en domination mais en service.

Ce qui les animait c'était le désir de faire grandir.

Et quand on désire faire grandir, on ne peut plus dominer, on ne peut plus transformer le pouvoir en domination. Au contraire, on aime que  les autres soient grands et même plus grands que nous.

Vous le savez bien frères et sœurs, un père de famille ne cherche pas d'abord à se faire petit devant ces enfants. Il veut seulement et d'abord par amour les faire grandir. Il est heureux le jour où son fils le dépasse, où son fils est devenu plus grand que lui. Alors oui, l'amour, l'amour paternel, vraiment, l'a rendu petit, mais ce n'était pas cela qui la préoccupait, c'était seulement de faire croître son fils, et c'est vraiment l'abaissement de l'amour. 

Ainsi nous pressentons frères et sœurs, que dans l'amour il n'y a plus de contradiction, entre grandeur et humilité. C'est le tentateur qui nous fait croire qu'il y a une opposition entre les deux, et qu' aimer, c'est s'écraser. Un père n'est jamais plus père que lorsqu'il a élevé son fils au-delà de lui même. Un service vécu par amour n'écrase jamais celui qui le rend mais le grandit paradoxalement, l'épanouit.


Au delà de tout, frères et sœurs, c'est en Dieu bien sûr que s'unissent l'infinie grandeur et l'infinie petitesse.


Nous le voyons d'une manière absolument éclatante, sur la croix, dans l'abaissement vertigineux de la croix. Dans cette humiliation incomparable, la majesté du Christ ne disparaît pas, bien au contraire.

Vous avez tous en mémoire ce visage du linceul, ce visage le plus humilié possible, qui est en même temps d'une dignité extraordinaire, d'une majesté qui vient d'un autre monde.

Dans l'Amour, grandeur et petitesse ne font qu'un.

 

Dieu reste infiniment grand, infiniment mystérieux,  infiniment puissant, dans son abaissement. Et inversement, au cœur de sa toute puissance éternelle, Dieu est un mystère sans fond d'humilité.

C'est notre foi en la Trinité qui nous permet de dire cela.

Chaque Personne divine se dépouille de soi, infiniment, éternellement, et se donne à l'autre, se livre à l'autre, sans rien retenir pour soi, se donne, se fait petite, d'une manière inimaginable.

Voilà le mystère de l'Amour!


D'abord faire grandir l'autre, c'est le ministère de la Sainte Trinité.

Ce qui se vit à l'infini, et de toute éternité au cœur de la Trinité, c'est que le Père engendre le Fils égal à lui-même, lui donnant toute sa beauté, toute sa splendeur, toute la divinité.

Le Fils trouve toute sa joie à glorifier le Père, par tout ce qu'il est.

Et l'Esprit fait resplendir le mystère du Père et du Fils.

Alors, frères et sœurs, animés par l'Esprit Saint, nous sommes appelés nous aussi à l'amour, c'est-à-dire à faire grandir l'autre. 

Et spécialement d'abord, ceux et celles qui nous sont confiés.

Faire grandir les autres, pour cela il nous faut repousser à la fois la tentation de la domination où pour devenir grand, je rapetisse les autres, et en même temps la tentation du repli sur soi où pour ne pas faire grandir les autres, je reste petit.

Ma vie doit être ouverte à l'autre, attentive, joyeuse de faire croître mon frère, par la charité.


Et enfin frères et sœurs,  posons nous la question, personnellement chacu:

Seigneur, comment m'appelles-tu aujourd'hui à faire grandir ceux et celles que tu m'as confiés dans ma famille, dans ma communauté, dans mon travail, dans mes engagements ?


Peut-être rappelons-nous que la première manière de grandir les autres, le premier service à rendre aux autres  c'est de prier pour eux.


Prions-nous pour ceux qui nous sont confiés ! 


Si nous prions vraiment et souvent pour eux pour qu'ils grandissent dans le Seigneur, pour que leurs libertés s'affermissent toujours plus, alors certainement nous aurons la joie de les servir, parce que nous entrerons peu à peu par la prière dans ce regard que le Seigneur lui-même pose sur chacun de nous.

À la fin des temps, quand tout sera accompli, Dieu sera infiniment heureux parce que tous, par grâce, seront devenus égaux à Lui même !

 

Méditer la Parole

18 octobre 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Isaie 53,10-11

Psaume 32

Hbreux 4,14-16

Marc 10,35-45