33e Dimanche du Temps Ordinaire - B

 Vienne le monde nouveau !

 Qui en cette heure n’attend pas de cette liturgie dominicale 

une parole qui réconforte, 

une lumière qui dissipe les ténèbres, 

une bonne nouvelle qui réjouit le cœur ?

La violence si présente ces jours-ci nous blesse, 

la douleur si pesante nous attriste, 

la mort si proche nous inquiète.

Chacun est venu avec son lot de questions : 

pourquoi ? Jusques à quand ? Que faire ?


La réponse de la liturgie de la Parole de ce jour 

n’apparaît pas d’emblée des plus réconfortantes.

Le prophète Daniel nous parle de la venue 

d’«un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu 

depuis que les nations existent» (12,1).

Jésus lui-même nous laisse entrevoir 

une catastrophe cosmique pour les temps à venir 

sans nous en préciser ni le jour ni l’heure (Mc 13,32).

Ces textes peuvent nous paraître troublants, voire menaçants.

Mais il nous faut savoir les lire 

en allant plus loin que ce qu’ils annoncent dans la forme 

– qui appartient à un genre littéraire classique 

dit «apocalyptique», bien connu dans l’Écriture  

pour aller au fond du message qu’ils révèlent.

Et ce message-là est effectivement 

une bonne nouvelle qui réconforte, éclaire et réjouit.

Que nous est-il donc révélé ?


Tout d’abord, que ce monde finira.

Il finira bientôt.

C’est-là une bonne nouvelle 

car il faut bien le reconnaître, les choses ne vont pas bien 

et il serait plus que triste qu’elles continuent à aller ainsi, 

ce serait désespérant.

Alors oui, bonne nouvelle, ce monde, 

notre monde, finira.

Ces enfants ni acceptés ni accueillis, 

ces familles sans ressources suffisantes pour vivre dignement, 

ces guerres qui condamnent à l’exil, 

cette violence terroriste, économique et politique, 

tout ce monde-là, notre monde, finira.

Dans le monde, une mauvaise puissance est à l’œuvre.

Elle pervertit toute la vie.

Elle se dissimule même dans les œuvres 

les plus nobles et les plus généreuses.

Aussi c’est une vraie bonne nouvelle 

que nous annonce Jésus.

Dieu va mettre un terme à ce monde.

Ce sera définitif et sans retour.

«L’Esprit et l’Épouse disent : Viens !

Que vienne ta grâce.

Que ce monde passe et tu seras tout en tous», 

chanterons-nous tout à l’heure.


Si tout reste précaire et relatif, 

fragile et passager, il n’en demeure pas moins 

que le dernier mot n’est pas là.

Un futur existe.

L’essentiel est plus haut et plus loin.

Nous sommes entre les mains d’un Dieu 

qui reste l’Absolu et l’Éternel.

«Le Seigneur est ma lumière et mon salut 

de qui aurais-je crainte ?» (Ps 26).

Un ciel nouveau et une terre nouvelle 

nous sont promis (cf. 2 P 3,13).

Le monde ancien court à sa perte 

mais le monde nouveau advient.


«En ce temps-là viendra le salut de ton peuple, 

prophétise Daniel, de tous ceux dont le nom 

se trouvera dans le Livre de Dieu» (12,2).

Même les morts se relèveront pour la vie éternelle.

Et «on verra le Fils de l’homme 

venir sur les nuées avec grande puissance 

et grande gloire, précise Jésus.

Il enverra les anges pour rassembler 

les élus des quatre coins du monde, 

de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel» (Mc 13,26-27).


Le terme de notre vie en ce monde, 

c’est la contemplation du Christ dans sa gloire, 

c’est notre rencontre personnelle avec lui.

Toute l’humanité converge vers le Christ.

Par sa mort sur la croix, 

il rassemble dans l’unité 

les enfants de Dieu dispersés (Jn 11,52).

Jésus, qui est resté tourné, orienté vers le Père, 

même aux heures les plus sombres de la Passion, 

a neutralisé les forces centrifuges du péché.

En sa propre chair, 

il a réconcilié les hommes avec Dieu 

et, par voie de conséquence, 

il a réconcilié les hommes entre eux.

Élevé de terre, attirant à lui tous les hommes (Jn 12,32)

il est devenu «notre paix» (Ep 2,14)

la source première de l’unité entre les hommes.


Comme le dit la lettre aux Hébreux, 

«par son sacrifice unique, il a mené pour toujours 

à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté» (He 10,14).

Par la victoire du Christ sur la mort, 

ce sont les murs de la haine qui s’effondrent (Ep 2,14),

ces murs qui enferment et séparent les hommes.

Voilà pourquoi c’est le Christ, 

source de toute réconciliation, 

qui se trouve au centre du rassemblement eschatologique.

En Lui, tout est accompli.

Oui, la fin de notre existence sur la terre peut survenir.

Notre foi en Jésus Christ nous fait 

déjà passer de la mort à la vie (Jn 5,24 ; 1 Jn 3,14).


Mais comment donc vivre aujourd’hui 

à la lumière de cette révélation ?

Jésus nous donne une image : 

celle du bourgeonnement du figuier.

Telle est la manière dont le monde blessé et déchu finira.

La fin des temps a pour figure 

celle du bourgeon qui apparaît au printemps.

Quoi de plus fragile ? Quoi de plus vulnérable ?

Pourtant c’est là que se tient le plus précieux 

et vers quoi tend l’arbre tout entier.

Tout dans le figuier, des racines, du tronc 

jusqu’aux branches, tout s’oriente et se mobilise 

pour que le bourgeon paraisse 

et que la vie se développe.


La figure du bourgeon dit la bonne puissance, 

celle de l’infime tendresse 

qui perce la vieille écorce du vieil arbre 

et lui apporte comme un sourire.

La force du bourgeon fait mentir les apparences.

La branche morte et rivée à l’hiver 

s’avère porteuse de vie.


Mais l’image du bourgeon 

ne dit pas seulement la nouveauté ou la force.

Elle dit un mouvement.

Car le bourgeon est tout entier tendu 

vers la production du fruit.

Il se développe jusqu’à se déchirer 

pour donner le fruit.

Ainsi Jésus, le Germe, le Surgeon 

annoncé par les prophètes (Is 4,2 ; 6,13 ; Jr 23,5 ; 33,15 ; Za 3,8 ; 6,12)

a connu cette déchirure 

par l’amour porté à sa plénitude sur la croix.


Oui, ce monde doit passer.

Mais il dépend de nous aujourd’hui 

qu’il passe vers Dieu (Jn 13,1 ; 2 P 3,13).

Que la carapace de notre cœur se déchire 

pour libérer la vie nouvelle.

Il en jaillira un fruit qui est une parole 

qui dit à notre frère : «Il est heureux que tu sois ici 

et que tu existes tel que tu es, pour toi-même, 

avec ce que tu es, ta liberté… 

Ta vie est occasion de joie pour moi !»

Cette parabole renverse à la racine la présence du mal, 

de l’injustice et la violence fondées 

sur le fait que chacun juge qu’autrui est de trop, 

juste bon à servir ses intérêts.


Le bourgeon est tout entier tendu vers le fruit, 

oublieux de soi pour porter une vie plus abondante.

Tout entier arraché à la complicité avec la mort.

Il dit le mouvement de la vie de Jésus 

et le mouvement de notre vie.

Le Christ ressuscité a fait germer, 

comme le figuier au printemps (Mc 13,28), 

l’espérance d’un monde renouvelé (Ep 4,10-12) 

en travail d’enfantement (Rm 8,22).


La voilà donc enfin, la vraie fin du monde :

par la lente éclosion d’un fruit, 

le bourgeonnement présent des cœurs qui aiment.

Chaque jour, le Seigneur nous donne 

sa Parole qui ne passera pas 

et en Lui, nous pouvons entrer dans le monde de Dieu.


Chers frères et sœurs, il est heureux que nous soyons ici 

avec la vive conscience de notre responsabilité 

de faire reculer le pouvoir du mal.

Nos forces sont sans doute bien faibles 

mais nous avons la chance de mettre nos forces 

au service de la paix et de la justice.

C’est aujourd’hui le temps favorable, 

celui de notre propre conversion.

Le Fils de l’homme est là.

Il se tient à la porte de notre cœur 

et il frappe (Mc 13,26-29 ; Ap 3,20).

Saurons-nous lui dire d’entrer ?

Le voilà le re-commencement du monde !


(Inspiré d’une homélie de fr. J.M. Maldamé o.p., Rangueil, 19 nov. 2000)

 

Méditer la Parole

15 novembre 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Daniel 12,1-3

Psaume 15

Hbreux 10,11-14.18

Marc 13,24-32