1er Dimanche de l'Avent - C

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 Frères et sœurs, 

Voici venu le temps de l’Avent ! 

Parvenus au seuil d’une nouvelle année liturgique, 

nous sommes aujourd’hui conviés au mystère de l’Alliance.

Voici que le Seigneur vient sans tarder !

Voici qu’il vient, celui que nous aimons, 

Voici qu’il advient, celui que nous célébrons.

Il est l’Alpha et l’Oméga

Il est le commencement et le terme de notre vie

Chaque jour, comme aujourd’hui et pour toujours, 

il nous fait revenir à lui 

pour nous faire advenir en lui.


Voici que le Seigneur se tient à la porte 

et qu’il frappe à nouveau en ce temps de l’Avent.

Alors traversons avec joie ce porche de l’Année liturgique 

pour découvrir avec l’Église ce mystère de l’attente, 

pour espérer avec tous les saints le dernier avènement.

Cet avènement que nous désirons tous, 

c’est l’accueil du Messie dans le cœur de nos contemporains, 

c’est la «joyeuse entrée» du Christ dans nos vies.

Ce Messie tant attendu est déjà venu à la plénitude des temps

Et il reviendra dans la gloire, à la fin des temps 

pour nous saisir dans sa Lumière. 

C’est alors qu’il sera tout en tous et pour toujours.

Mais s’il revient encore dans notre aujourd’hui, 

sous l’écorce de notre chair, à chaque instant de notre vie, 

c’est pour nous initier au mystère de l’Attente, 

c’est pour nous apprendre à l’attendre avec constance et persévérance.

*


Vivre l’Avent, c’est entrer dans l’attente à la manière d’un cultivateur. 

C’est ce que nous enseigne le prophète Jérémie dans la première lecture.

Dans la terre de notre humanité, le Seigneur a déposé son Germe de Justice. 

C’est la grâce de notre baptême, 

c’est la semence de sa Parole 

que l’Église cultive avec patience et persévérance à travers les âges. 

Dès lors toute notre vie est comme un temps d’enracinement et de germination 

dans cette promesse de sainteté.

Vivre l’Avent, c’est bien apprendre à patienter et à espérer 

pour le monde, pour la création, pour l’homme

Vivre l’Avent, c’est revenir avec foi et humilité 

à la grâce des Écritures

aux promesses de Dieu plantées dans notre vie 

afin qu’il puisse lui-même faire advenir ses fruits de justice et de paix, 

dans notre quotidien, dans la terre de notre cœur. 

Ce que nous sommes ne paraît pas encore ici-bas,

mais tout cela adviendra, 

tout cela parviendra à son terme en son temps

si nous savons patienter et espérer.

C’est pourquoi le prophète Jérémie nous le rappelle cette promesse : 

« Voici venir le jour où le Seigneur va venir accomplir la Parole de bonheur 

qu’il a adressée à la maison d’Israël. »

Ainsi le Verbe se fait chair et il vient accomplir la promesse. 

Ainsi le Christ est venu dans le monde,

et comme un Germe de Justice, il s’est enfoui dans notre humanité,

il a visité notre terre dans ses ténèbres et sa bassesse. 

C’est dans nos enfers que Dieu l’a fait péché pour nous 

afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu, 

afin que nous portions un fruit de justice, 

afin que nous confessions avec Jérusalem : Le Seigneur est notre Justice


Vivre l’Avent, c’est donc cultiver son cœur 

et l’ensemencer des promesses du Seigneur. 

C’est vivre un temps privilégié pour redécouvrir la puissance des Écritures. 

Il est fidèle celui en qui nous avons mis notre foi 

et aujourd’hui encore le Seigneur vient accomplir en nous ses promesses. 


*


Vivre l’Avent, c’est entrer dans une attente à la manière d’un chercheur de trésor, 

à la manière d’un sourcier qui désire l’eau vive. 

C’est ce que nous rappelle l’apôtre Paul dans la deuxième lecture.

Dans les creux de notre cœur, dans les replis de notre âme, 

régulièrement le Seigneur fait couler insensiblement son amour intense et débordant. 

C’est là qu’il affermit nos cœurs, selon les mots de l’apôtre Paul.

C’est là que s’écoule sa bonté, 

c’est là que ruisselle pour nous son pardon. 

Vivre l’Avent, c’est chercher avec constance et persévérance cet Amour de Dieu en nous. C’est puiser avec force et allégresse aux sources vives du salut. 

Il ne s’agit pas d’une attente passive, bien au contraire. 

Vivre l’Avent, c’est nous efforcer de revenir à la source de notre baptême, 

à cet appel premier qui nous a fait naître de l’eau et de l’esprit. 

C’est recueillir cette grâce des enfants de Dieu afin qu’elle affermisse nos cœurs 

et qu’elle jaillisse au milieu de nos frères. 

Sans cet accueil préalable de l’amour intense et débordant dont parle saint Paul, 

nous courons le risque d’une vie épuisante et vaine.

Dès lors en ce temps de l’Avent, nous sommes invités à aller à l’essentiel. 

Nous sommes conviés à délaisser nos citernes lézardées par le péché, 

citernes qui ne tiennent pas l’eau.

C’est dans le désert que nous pourrons discerner leur vacuité.

C’est dans nos lieux arides et ravinés, dans nos terres de sécheresse et de mort 

que nous découvrirons que nos vases d’argile ne contiennent plus l’eau de la Vie.


Alors en ce temps de l’Avent, il nous faudra soigner nos puits d’amour. 

Il nous faudra prendre soin de ces sources d’amour et de charité 

qui coulent en nous, qui s’écoulent au-delà de nous 

et qui murmurent sans cesse en nos vies : « Viens vers le Père ». 

C’est la source de la prière et de la vie fraternelle.

Ainsi à l’occasion de l’année de la miséricorde, 

nous gouterons le pardon qui purifie nos souillures, 

l’amour qui baigne nos aridités et guérit nos blessures.


Vivre l’Avent, c’est donc revenir à l’Amour.

C’est puiser de nouveau à la source du salut.

C’est vivre en plénitude du trésor de la Vie éternelle.


*


Vivre l’Avent, c’est enfin attendre le Seigneur à la manière d’un veilleur. 

Non pas tant surveiller le mal, mais plutôt veiller sur le bien, 

vivre de cette bienveillance de Dieu. C’est ce que nous enseigne l’évangile de ce jour.

Dans la nuit de ce monde, au milieu des fracas et des vicissitudes 

le Seigneur a illuminé nos cœurs de sa Lumière, 

il a fortifié nos cœurs de sa Présence 

afin que nous l’attendions avec confiance et vigilance.

C’est pourquoi il nous redit en ce jour : 

Redressez-vous et relevez la tête

Ou encore : Restez éveillés et priez en tout temps.


Redressez-vous, c’est-à-dire demeurez fermes dans la foi. 

Relevez la tête vers le Chef de votre foi. 

Restez debout dans la foi 

et non assis dans le désespoir, ou couché dans le péché. 

Laissez-vous relever et fortifier 

par celui qui vous appelle des ténèbres à son admirable Lumière.


Restez éveillés, c’est-à-dire ne vous laissez pas endormir 

par les séductions de la richesse, les plaisirs de la vie, les illusions de la mondanité. 

Bien au contraire, veillez, priez sans cesse, 

afin de discerner les appels de l’Esprit, 

afin d’ouvrir la porte de votre cœur au maître de votre vie.


Alors en ce temps de l’Avent qui commence, 

face aux soucis de la vie qui pourraient nous retenir enfermés sur nous-même, 

le Seigneur nous invite à nous soucier non plus de nous-mêmes, mais de Dieu. 

Il nous invite à nous soucier de sa Présence au cœur du monde. 

Il nous invite à nous soucier de son amour 

dans le pauvre qui gémit et le malheureux qu’on dépouille. 

Il nous invite à vivre la bienveillance.

Car bientôt il se lèvera, bientôt le Seigneur adviendra 

et il nous visitera comme un pauvre, il sera caché parmi les plus délaissés.


De même, face à l’ivresse de ce monde 

qui appesantit nos âmes et endort nos consciences, 

le Seigneur nous invite à nous livrer à une autre ivresse, celle de l’esprit.

Loin de nous faire tourner la tête ou de nous fatiguer, 

cette sobre ivresse nous tient éveillés dans la foi 

et elle nous fait entrer dans le repos de Dieu. 

Cette joie intérieure nous garde vigilants dans la nuit 

et elle apaise nos cœurs de sa Lumière.


Vivre l’Avent, c’est nourrir cette bienveillance de Dieu

C’est veiller sur cette bonté de Dieu au cœur du monde.


*


Frères et sœurs, 

Qu’avons-nous fait de l’attente ? 

Qu’avons-nous fait de ce désir de Dieu ?

Oui désormais, ce temps de l’Avent ne peut plus être un événement comme les autres.

Ce temps de l’Avent doit nous engager résolument 

dans l’attente active du dernier avènement.

Ce temps de l’Avent doit faire de nos événements quotidiens, 

un avènement pour Dieu.

Ainsi le cultivateur au-delà des événements discernera déjà son fruit.

De même le sourcier puisera-t-il bientôt à la source les premières gouttes de la Vie éternelle.

Ainsi en est-il du veilleur qui distinguera les premières lueurs du jour nouveau, 

lorsque le Soleil de Justice caresse la terre de ses premiers rayons.


Ainsi en est-il de nous, frères et sœurs !

À travers tous les événements de notre vie, 

il nous faut marcher vers l’avènement du Christ en nous. 

Le voici qui vient en ce temps de l’Avent. 

Il nous rejoint, sachons donc l’attendre et l’espérer.

Dès lors avec les mots de Charles Péguy, 

laissons-nous appeler, laissons nous engager avec confiance : 

« Les événements, dit Dieu, c'est Moi.

C'est Moi qui vous caresse ou qui vous rabote.

Mais c'est toujours Moi.

Chaque année, chaque heure, chaque événement,

c'est Moi.

C'est Moi qui viens, 

c'est Moi qui vous aime,

c'est Moi... 

N'ayez pas peur. »


Méditer la Parole

29 novembre 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

Jrmie 33,14-16

Psaume 24

1 Thessaloniciens 3,12-4,2

Luc 21,25-28.34-36