1er Dimanche de l'Avent - C 

 Redressez-vous !

 L'évangile évoque le retour du Seigneur à la fin des temps,

c'est à dire son dernier avènement.

Alors, on verra le Fils de l'homme venir dans une nuée,

avec puissance et grande gloire.


Face à la grande gloire qui sera alors manifestée,

Jésus décrit deux types d'attitudes contrastés :

d'un côté, celle des nations qui seront affolées et désemparées,

de ces hommes qui mourront de peur en voyant le monde et les puissances des cieux ébranlées ;

de l'autre les disciples à qui Jésus s'adresse, 

et qui sont alors appelés à se redresser,

à relever la tête avec confiance.


D'un côté, un jugement qui ne peut aboutir qu'à une condamnation,

et donc à la confusion et à l'angoisse ;

de l'autre, une rédemption, c'est-à-dire la délivrance tant attendue,

le relèvement et la joie du face-à-face.


Ces deux postures sont tellement opposées

qu'on pourrait se demander si l'évangile ne manque pas un peu de nuances.

Mais force est de constater que Jésus est constant sur ce point :

le jugement de la fin sera radical ; il ne pourra en être autrement.


Depuis le commencement, les chrétiens ont pris ces paroles au sérieux,

ils se sont demandés ce qu'ils devaient faire dès à présent

pour pouvoir être trouvés debout devant le Fils de l'homme au jour de sa venue.


Car Jésus prévient clairement ceux qui l'écoutent :

ce jour de son retour arrivera à l'improviste,

et s'il faut se préparer, c'est maintenant,

car à vouloir attendre demain, il sera trop tard.


La tentation est grande, en effet, de se laisser aller à un endormissement de notre conscience,

à un laisser-aller qui nous entraîne malgré nous à une vie sans consistance. 

Que nous faut-il donc faire pour être prêts ?


La liturgie de l’Église nous est d'un immense secours :

elle unit en un même temps la préparation du dernier avènement du Christ

avec celle de son premier avènement, c'est-à-dire sa venue dans la chair.


Car ce que le Seigneur nous a laissé lors de son premier avènement,

c'est justement cela dont nous avons besoin pour nous préparer au second.


De fait, le jugement et la fin des temps commencent avec l'incarnation du Christ.

Depuis longtemps, par les prophètes, Dieu avait parlé aux hommes, 

et au cours de l'Avent, nous allons écouter à nouveau plusieurs de ces prophéties.

Mais en ces temps qui sont les derniers, Dieu nous a parlé par un Fils,

comme le dit la lettre aux Hébreux  (He 1,2).


Avec la venue de Jésus en notre chair, Dieu dit sa dernière parole.

En Jésus, tout est dit ! 

Dieu n'a désormais plus rien à ajouter. 

En Jésus, Dieu s'est fait connaître, il s'est donné lui-même,

et tout ce qu'il avait à nous dire, il nous l'a transmis.

Nous devons nous le redire, il n'y a rien à attendre de plus : du côté de Dieu, tout est accompli.


Il ne reste plus, pour les hommes, qu'à écouter sa Parole et la mettre en pratique.

Dieu a tout donné, Jésus a intégralement transmis la bonne nouvelle,

il reste aux hommes à recevoir le salut, à accueillir la lumière.


Moi, dit Jésus, je suis venu dans le monde, 

pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres.(...)

Qui me rejette et ne reçoit pas mes paroles a son juge : 

la parole que j’ai fait entendre, c’est elle qui le jugera au dernier jour (Jn 12,47).


Le temps de notre vie nous est donc donné en vue d'une décision :

accueillir le Verbe incarné, accueillir Dieu dans notre chair.

Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, 

afin de devenir des fils de lumière  (Jn 12,36).


L'exhortation que Paul nous adresse dans la deuxième lecture nous encourage dans le même sens :

l’Apôtre nous exhorte à demander un amour de plus en plus intense et débordant,

à demander la sainteté !

Or la sainteté, c'est faire sans cesse de nouveaux progrès,

avancer sans cesse au devant de Celui qui vient.


Ce qui est frappant, dans cette lettre de Paul,

c'est cette manière qu'il a de demander aux chrétiens l'amour et les progrès

dans une perspective bien particulière :

c'est en vue du jour où notre Seigneur Jésus viendra.

Le chrétien doit fonder toute sa vie en vue de ce but, de cette rencontre définitive.


Le prince de ce monde, lui, nous chante une toute autre chanson :

il ne cesse de nous susurrer : "N'attendez pas pour prendre du bon temps !

Le vie est trop courte pour ne pas en profiter !

Laissez parler vos désirs !

Vous aurez tout le temps de penser à Dieu, vous vous préparerez plus tard...

D'ailleurs, si Dieu vous aime, 

il ne vous empêchera évidemment pas de vivre comme vous l'entendez !"


Cette musique est un air tellement prégnant à nos oreilles,

que nous finirions même par le trouver normal !


Jésus, lui, nous dit tout autre chose :

Tenez-vous sur vos gardes,

votre vie est unique, elle est trop précieuse pour la perdre !

Laissez la parole de Dieu parler à votre cœur,

plutôt que d'écouter le prince de ce monde et ses sirènes : Moi, j'ai vaincu le monde.

Ne craignez pas de choisir la vraie vie, c'est-à-dire la justice et l'amour véritable !

Craignez plutôt vos penchants mauvais et la fermeture de votre cœur.

Réveillez-vous et priez

priez le Père pour qu'il vous rende saints et dignes de Lui.


Il y a donc deux manières de regarder le monde et sa propre vie :

soit être affolé par le Mal qui progresse 

en ne recherchant que le bien-être et la douceur d'une vie facile ;

soit scruter, dans les événements, les appels de Dieu à la conversion,

pour y discerner un chemin de liberté qui prépare à la délivrance finale.


Chaque appel de Dieu provoque des bouleversements,

il implique un changement, un repositionnement.

Il dévoile du même coup notre péché, nos résistances et notre endurcissement.

L'Avent nous invite clairement à nous tourner vers le Seigneur qui vient.

Et Jean-Baptiste appellera à la conversion en vue de la justice.


Saurons-nous répondre à cet appel de l'Amour de Dieu ?

Accepterons-nous de lire les signes des temps non pas en nous affligeant,

mais en nous laissant remettre personnellement en cause ?

Sommes-nous des veilleurs qui espèrent la venue du Seigneur et qui aident leur prochain à s'y préparer,

ou cherchons-nous à éluder le jugement de Dieu ?


Je vous propose de laisser résonner en notre cœur la Parole de Dieu :

Redressez-vous et relevez la tête, veillez et priez,

afin de vous tenir debout devant le Fils de l'homme.


Prenons un moment de silence pour être en mesure de répondre en profondeur à l'appel du Seigneur.

 

Méditer la Parole

29 novembre 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Jrmie 33,14-16

Psaume 24

1 Thessaloniciens 3,12-4,2

Luc 21,25-28.34-36