2e Dimanche de l'Avent - C

 La Parole, La voix et la vision

 L’évangéliste Luc débute les récits 

de la vie publique de Jésus 

par une introduction solennelle.

Les grands du monde d’alors, 

les chefs politiques et religieux,

sont cités pour enraciner ce qui va se passer 

dans un contexte bien précis.


Le tableau présenté ne se limite pas 

à la Palestine ni au monde juif

mais s’étend au monde païen.

Sept représentants des pouvoirs politiques et religieux 

sont nommés, le chiffre sept exprimant avec précision 

que c’est la totalité du monde 

qui est concernée par ce qui va suivre 

et se produire au grand jour.


Quelque chose de grand semble se préparer.

Et en même temps, les noms de Ponce Pilate, 

d’Hérode, d’Hanne et Caïphe ne nous sont pas étrangers.

Nous savons qu’ils seront 

des acteurs déterminants de la Passion de Jésus.

Le dessein de Dieu est menacé dès le début 

par les grands de ce monde 

qui font sentir leur pouvoir (cf. Mc 10,42).

Le procès de Jésus est déjà ouvert.


Cette introduction solennelle converge soudainement

vers un événement inouï :

en effet cela fait bien longtemps en Israël 

que la parole de Dieu s’est tue.

Il n’y a plus de prophètes.

Les cieux se sont comme fermés.

Les rois et les gouverneurs peuvent régner en paix 

dans leurs palais et brimer le peuple.


Les chefs religieux peuvent officier en paix dans le temple 

et charger le peuple d’un joug de préceptes 

qu’eux-mêmes dédaignent à porter, 

leurs pouvoirs semblant inébranlables.


Mais aujourd’hui, en cet instant précis de l’histoire 

décrit minutieusement par l’Évangéliste, 

cet ordre établi, cet ordre parfait 

va voler en éclat car la Parole de Dieu fait irruption.


Un événement absolument non maitrisable 

par aucun pouvoir en ce monde 

est en train de se produire.

Luc utilise intentionnellement un terme grec (rhema)

que l’on traduit par « parole »,

mais qui a le sens biblique « d’événement » 

et le verbe qu’il utilise (egeneto)

indique bien qu’il s’agit d’un surgissement.

D’en-haut, Dieu envoie sa Parole-événement(*) 

sur Jean, fils de Zacharie.

Celui-ci va devenir témoin 

et serviteur de la Parole-événement.

C’est cela qui fait le prophète.


Notez que le lieu choisi 

pour cette irruption de la Parole 

est un désert : un espace vierge, 

disponible comme le chaos originel de la Genèse 

que le souffle de Dieu 

transforma en cosmos harmonieux.


Le don de la Parole de Dieu est un acte créateur.

Un monde nouveau advient à la lisière 

des empires politiques et religieux de l’époque.

Ceux-ci disparaîtront, l’histoire le montrera, 

mais la Parole de Dieu, elle, ne passera pas.

Rien ne pourra jamais plus arrêter 

l’expansion du Règne de Dieu,

pas même la mort de Jésus 

qui est déjà annoncée en filigrane.


C’est alors que s’accomplit la prophétie d’Isaïe :

« Voix de celui qui crie dans le désert.

Préparez le chemin du Seigneur » (40,3).

Pour que la Parole puisse se faire entendre,

il faut une voix qui la porte.

Jean est la voix et non la parole.

Lui-même dira à ceux qui l’interrogeront :

« Es-tu le Christ ? » 

« Non, je ne le suis pas » (cf. Jn 1,19-20)

Jean est la voix qui transmet la parole.

La parole vient comme de derrière lui, 

elle le précède et elle passe devant lui 

car la voix ne retient pas la parole ;

elle la laisse partir dans le souffle 

qui lui donne consistance humaine.

La voix s’efface devant la parole 

pour que celle-ci puisse grandir 

dans le cœur de ceux qui la reçoivent.

Jean est porte-parole.

Telle est sa joie et elle est complète.


La Parole et la Voix ont fait alliance 

pour qu’advienne la nouveauté de Dieu, 

l’inouï de sa miséricorde.

Ce neuf qui advient, c’est l’accomplissement de la prophétie : 

« tout être vivant verra le salut de Dieu » (Lc 3,6).


La Parole et la voix sont au service de la vision.

Celui que nul n’avait jusqu’alors reconnu va se laisser voir.

Jean dira : « Voici l’agneau de Dieu » (Jn 1,29)

et les yeux de l’humanité aveuglée s’ouvriront sur Jésus,

le Verbe de Dieu fait chair.

Le salut de Dieu, c’est Quelqu’un.

Syméon, dans le temple, le confesse :

« Mes yeux ont vu le salut 

que tu préparais à la face des peuples ;

lumière pour éclairer les nations 

et gloire de ton peuple Israël » (Lc 2,30-32).


Dès le début de l’Évangile, 

la perspective eschatologique du dessein de Dieu 

est annoncée : non seulement Dieu 

va se laisser voir en Jésus

– « qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9) – 

mais plus encore au dernier jour, 

le Fils de l’homme apparaîtra dans sa gloire 

et tous les peuples, races et langues pourront contempler 

Celui qui pourtant aura été transpercé.

N’oublions jamais, frères et sœurs, 

le but de notre vie ici-bas : voir Dieu.


Alors que nous reste-t-il donc à faire 

dans l’aujourd'hui de notre vie ?

Tout d’abord accueillir la Parole de Dieu 

comme un événement, un surgissement divin.

Faire tomber les montagnes de nos multiples occupations, 

abaisser les collines de nos soucis, de nos distractions 

pour prendre résolument le sentier 

qui conduit tout droit à la Parole.

Et laisser celle-ci enlever les nombreuses pierres 

qui encombrent le chemin rocailleux 

qui nous conduit de la tête au cœur.


Dieu me parle si je choisis d’écouter sa Parole, 

de me laisser transformer par elle.

Pétris de la Parole, 

nous pouvons alors être prophètes comme Jean, 

devenir Voix qui crie dans nos déserts contemporains, 

comme ceux de nos villes modernes.


Dire Dieu au monde par une vie de sainteté.

Voilà le défi lancé par l’Évangile !

Par la charité, le pardon, l’entraide, 

c’est Dieu qui se dit à travers nous.

Cela nous oblige à oser la rencontre,

à combler les ravins de nos enfermements,

à rendre droits les passages tortueux

de nos a priori, de nos jugements, de nos rivalités 

pour aller vers l’autre, le frère, la sœur 

et bâtir avec eux la fraternité.


La Parole de Dieu nous pousse 

à sortir des palais de nos certitudes 

et des temples de nos idoles 

pour voir Dieu dans le monde, 

pour contempler sa plus belle image

dans le frère et la sœur que nous côtoyons.


Contempler, telle est bien l’attitude du prophète, 

du disciple du Christ en quête du Visage de Dieu.

Adorer le Seigneur présent dans le Saint-Sacrement 

comme vous êtes si nombreux à le faire ici dans ce sanctuaire,

c’est éduquer notre regard à cette contemplation 

qui nous ouvre à la fraternité universelle.


Le plus lointain se fait proche, 

l’oublié devient présent,

le délaissé trouve du prix à nos yeux.


Plus aucun obstacle, ni montagne ni ravin, 

ne peut empêcher la communion.

Ce qui adviendra pour toujours 

est aujourd’hui à notre portée

si nous nous convertissons à l’appel de Jean.


Oui, réjouissons-nous frères et sœurs, 

dans le Seigneur, car Il vient.

Jubilons en cette année sainte qui va commencer 

car « sa miséricorde s’étend d’âge en âge » (Lc 1,50).

« Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » (Mt 5,8).


(*) cf. fr. Jean-Marc Gayraud o.p., www.domuni.org

 

Méditer la Parole

6 décembre 2015

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Baruch 5,1-9

Psaume 125

Philippiens 1,4...11

Luc 3,1-6