3e Dimanche de l'Avent - C

 Les demandes du Seigneur à son peuple

 

 

Avez-vous entendu les quatre demandes

que le Seigneur fait à son peuple,

à Israël, à la fille de Sion ?

Crie de joie !

Éclate en ovation !

Réjouis-toi !

Tressaille d’allégresse ! (So 3,14).

 

Mais comment peut-on être si joyeux

sur une terre qui est si souvent une « vallée de larmes » ?

Parce que le Seigneur

a levé les sentences qui pesaient sur toi ;

il a détourné ton ennemi (v. 15).

Il est désormais au milieu de toi

et il te renouvelle dans son amour (v.17).

 

Regardez cette tendresse de Dieu

qui voit son peuple enfargé dans son péché,

dans ses trafics, dans ses vices, dans ses trahisons

et qui vient se faire proche.

Le cœur de Dieu se retourne contre Lui-même

et dépassant toute justice,

allant au-delà de toute justice,

Dieu répand son pardon, libère, guérit

et relève son peuple.

Il nous renouvelle dans son amour.

Il fait de nous de nouvelles créatures.

 

Voilà la folie de l’amour de Dieu.

Sans cette folie d’amour, moi-même,

je serais incapable de me tenir

à cet ambon devant vous,

parce que je suis pécheur.

Parce que j’ai péché et donc nécessairement,

j’ai entraîné d’autres dans le péché.

 

Et nous tous, moines et moniales,

nous ne pourrions rester

en vêtements blancs devant vous

sans la miséricorde de Dieu.

Le blanc que nous portons

n’est pas le blanc de vies impeccables,

mais la blancheur du pardon.

 

Le Pape lui-même le disait

à des prisonniers rencontrés en Bolivie :

« Je suis un homme pardonné ».

« Je suis pécheur, je me sens pécheur,

je suis sûr de l’être ; je suis un pécheur

que le Seigneur a regardé avec miséricorde. »

 

Avez-vous remarqué que depuis cinquante ans,

l’Église parle de plus en plus de miséricorde ?

Paul VI a commencé, puis surtout Jean-Paul II

avec sa lettre Dives in Misericordiae,

avec la canonisation de sœur Faustine

et avec l’institution de la Fête de la Miséricorde divine.

 

Et de quoi le Pape François a-t-il parlé

dans son premier Angelus ? De la miséricorde !

Et deux ans plus tard, que nous offre-t-il ?

Un jubilé extraordinaire de la miséricorde.

Et il l’explique : « J’ai senti

qu’il y a comme un désir du Seigneur

de montrer aux hommes sa miséricorde.

Ce n’est pas une stratégie.

C’est venu à l’intérieur de moi.

L’Esprit Saint veut quelque chose.

Il est évident que le monde d’aujourd'hui

a besoin de miséricorde,

qu’il a besoin de compassion.

Nous sommes habitués aux mauvaises nouvelles,

aux nouvelles cruelles et aux atrocités.

Le monde a besoin de découvrir que Dieu est Père,

que la miséricorde existe,

que la cruauté ne mène à rien,

que la condamnation ne mène à rien.

J’ai senti que Jésus veut ouvrir la porte de son cœur,

que le Père veut montrer ses entrailles de miséricorde

et que pour cela, il nous envoie l’Esprit Saint,

pour nous mettre en marche et nous secouer ».

(extraits de l’interview du Pape François

à la revue Credere).

 

Ce Jubilé n’est donc pas une stratégie pastorale,

mais un appel du Seigneur.

Le Seigneur frappe à la porte de nos cœurs

pour y déverser sa miséricorde.

Dieu notre Père veut manifester au monde d’aujourd'hui

la profondeur de son amour.

Cet amour qui sympathise avec la faiblesse,

qui déverse son amour, son cœur, dans notre faiblesse ;

cet amour qui est même indulgence

qui veut guérir les conséquences du péché dans nos vies.

C’est « l’Indulgence du Père ».

Ce n’est pas du commerce d’indulgences (au pluriel),

mais l’Indulgence du Père qui nous embrasse,

nous caresse, nous restaure.

 

Vous percevez cet amour du Père

qui dansera de joie avec des cris de joie

quand nous dirons oui à la miséricorde.

 

À quoi cela se voit

que quelqu’un a dit oui à la miséricorde de Dieu ?

Au fait qu’il – ou elle – devient miséricordieux

pour soi-même et pour les autres.

Quand vous sentirez monter en vous

une nouvelle tendresse pour tout ce qui est pauvre,

blessé, blessant en l’autre et en vous,

dites-vous que le Jubilé a commencé à porter son fruit.

 

Alors, quelle route prendre pour ce Jubilé ?

Notre évêque, dans sa lettre reproduite dans le semainier

nous propose trois étapes :

la première est de contempler cet Amour

et de nous en imprégner.

La deuxième sera d’entreprendre

des démarches de pardon et de réconciliation.

La troisième sera de porter aux « périphéries »

la bonne nouvelle de la tendresse de Dieu.

 

La première étape est donc, maintenant,

de contempler la Miséricorde divine.

Je vous invite à embarquer dans ce défi contemplatif.

Prenez votre Bible et lisez, et cherchez, et contemplez.

Dans l’Ancien Testament en particulier,

vous rencontrerez trois mots-clés.

 

Le premier est emet qui signifie la fidélité,

la solidité de l’amour de Dieu.

Tu te sens pauvre, inconstant… c’est vrai.

Mais l’amour de Dieu est constant,

solide comme un chemin sûr

sur lequel tu peux t’avancer en toute confiance.

 

Le deuxième est hesed,

qui signifie une faveur imméritée, une bienveillance

complètement indépendante de nos mérites.

Tu te sens lâche vis-à-vis de Dieu,

absolument pas à la hauteur de ce que Dieu attend de toi.

Sa hesed te dit que tu es aimé sans mesure…

 

Le troisième enfin est rahamim,

terme qui signifie les entrailles maternelles, l’intérieur.

L’amour de Dieu est viscéral,

il n’est pas séparable se son Être,

il est indéracinable et d’une tendresse maternelle extraordinaire.

 

À partir de ces termes, à vous de chercher, de contempler.

Vous pouvez par exemple partir de tous les textes cités

par la lettre du Pape Le visage de la Miséricorde.

 

Vous voulez que votre vie change ?

Vous voulez que le monde soit transformé ?

Au travail !

 

Nous avons aussi des outils à notre déposition.

Notamment ce que le diocèse a mis en ligne sur son site,

les rendez-vous qui nous sont proposés,

mais surtout un outil très précieux, très efficace, le pèlerinage.

Nous sommes tous invités à vivre cette année des pèlerinages.

Un pèlerinage, c’est choisir de quitter mon lieu de vie,

et donc mes habitudes,

de marcher, de me fatiguer, de prier, de méditer

pour rejoindre un lieu de grâce,

un lieu de rencontre de Dieu et de repartir transformé.

 

Je quitte, je marche, je passe d’une vie peu miséricordieuse

à une vie renouvelée où la miséricorde devient puissante en moi.

C’est un passage.

Je passe d’une culture du succès, de la performance,

de l’individualisme à une culture de tendresse et de miséricorde.

Pour nous aider à sentir et à vivre ce passage,

le Pape François a voulu que l’on utilise le symbole de la porte.

Ce n’est pas magique.

Tout dépend de la démarche intérieure que vous ferez !

Mais ce peut-être un pèlerinage déterminant pour votre vie,

parce que le Seigneur nous attend.

 

Je prends un exemple.

Vous fixez une date.

Vous choisissez une église où il y a une porte de la miséricorde.

Vous vous préparez par des lectures, de la prière,

un entretien avec un(e) ami(e) qui a une expérience spirituelle.

Et le jour venu vous partez, à pied si possible,

sinon par le moyen que vous voulez.

Vous partez avec le désir

de vous convertir davantage à la miséricorde.

Vous partez en portant dans votre cœur un vivant ou un défunt

qui a besoin de la tendresse de Dieu.

Vous allez près de la porte.

Vous priez, vous priez, vous priez.

Vous passez la porte pour dire :

« Oui, Père, je veux entrer dans ta miséricorde ;

je dis oui à ta tendresse imméritée. »

Puis, vous allez recevoir le sacrement du pardon

pour entrer dans la vie nouvelle.

Ensuite, vous vivez un moment de communion,

en priant le Credo de l’Église,

en priant au moins aux intentions du Pape François

et en demandant au Père son indulgence

pour la personne que vous portez dans votre cœur.

Puis vous vivez avec intensité la messe

ou un temps d’adoration eucharistique.

 

Ça, ça vous refait le cœur…

Mais… à une condition : que vous y mettiez votre cœur !

C’est en fait un vrai chemin de conversion !

La miséricorde de Dieu ne nous dispense pas de la conversion ;

au contraire, elle provoque en nous la conversion.

C’est pour cela que le message de Jean-Baptiste

est une Bonne nouvelle.

Jean-Baptiste, qui était pleinement conscient

de la gravité et de l’horreur du péché du monde,

avait perçu que Dieu ne condamnait pas le monde,

mais offrait au monde un chemin de guérison, de salut,

dans la personne de Jésus.

Jean a compris qu’Israël avait une dernière chance,

une planche de salut.

Il a perçu que la miséricorde divine

venait à notre rencontre

et nous appelait à la conversion.

Conversion du cœur qui se traduit,

se manifeste dans des œuvres de miséricorde.

 

Chers frères et sœurs,

belle année sainte !

Que chacun de nous, nous devenions plus miséricordieux

et nous serons alors des artisans

de la révolution de la tendresse

dont notre monde a tant besoin.

Méditer la Parole

13 décembre 2015

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Sophonie 3,14-18

Cantique Isae 12

Philippiens 4,4-7

Luc 3,10-18