3e Dimanche de l'Avent - C

Miséricordié et miséricordieux en vue de la communion 

 Les foules qui viennent se faire baptiser par Jean 

lui demandent : «Que devons-nous faire ?» 

Telle est la question qui habite aussi notre cœur 

alors que nous venons d’entrer dans une année sainte, 

le jubilé de la miséricorde.

Une double démarche nous est proposée : 

faire nous-mêmes l’expérience de la miséricorde de Dieu 

et partager cette expérience autour de nous. 

Seuls des hommes et des femmes transformés 

peuvent être à leur tour instruments de transformation.


Entrer dans ce jubilé c’est donc prendre conscience 

qu’une grâce va nous être donnée.

Dans l’Écriture, une année de jubilé, 

c’est «une année de bienfaits» (Is 61,2).

Dieu nous veut du bien.

En cette année, il veut particulièrement 

nous révéler son visage de tendresse, de bonté, 

de compassion, de pardon.

Dieu veut nous libérer du péché qui nous rapetisse 

et dont «le salaire est la mort» (Rm 6,23).

Sa miséricorde n’est pas un signe de faiblesse.

Elle est au contraire un signe de sa toute puissance.

Dieu est tellement grand, infini, le Très-Haut,

qu’il est capable de rejoindre notre propre misère humaine 

sans perdre sa grandeur.

La miséricorde de Dieu dit quelque chose 

de sa force qui peut transformer en vie 

ce qui est voué à la mort.

La miséricorde de Dieu ne désespère de personne, 

d’aucune situation.

Nul ne peut imposer une limite 

à l’amour de Dieu qui pardonne.

La miséricorde est toujours plus grande que le péché.

Nous qui sommes tous pécheurs, 

si nous savons humblement nous reconnaître 

comme tels, nous pouvons compter 

sur la miséricorde de Dieu.

Elle va nous transformer 

et faire de nous des êtres «miséricordiés».

L’Église tout entière doit vivre cette expérience 

transformante de la miséricorde.

Cette expérience, c’est une rencontre avec Quelqu’un.

Car la miséricorde de Dieu, c’est une personne.

C’est Jésus, «le grand prêtre compatissant» (He 2,17).

Il a annoncé la Bonne Nouvelle aux pauvres (Lc 4,18).

Il est l’ami des pécheurs (Lc 7,34),

Il a pitié des foules (Mt 9,36),

Il rend son fils à la veuve de Naïm (Lc 7,13),

Il rend leur dignité à la pécheresse 

et à la femme adultère (Lc 7,50 ;  Jn 8,11),

Il proclame en paraboles l’Évangile de la miséricorde (Lc 15).

Il est le visage de la miséricorde du Père.

À son passage, tous crient : «Seigneur prend pitié».

Et là où le péché a abondé, la grâce surabonde (Rm 5,20).


Le miséricordié ne peut être à son tour que miséricordieux.

Là est bien la visée de cette année jubilaire, 

en réponse à l’appel de Jésus lui-même : 

«Soyez miséricordieux 

comme votre Père est miséricordieux» (Lc 6,36).

«Allez donc apprendre ce que signifie : 

c’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices.

En effet, je ne suis pas venu appeler 

les justes mais les pécheurs» (Mt 9,13).

L’apôtre Paul ne fait que confirmer la parole de Jésus : 

«Montrez-vous bons et compatissants les uns pour les autres 

vous pardonnant mutuellement 

comme Dieu vous a pardonnés dans le Christ» (Ep 4,32).

De même l’apôtre Pierre :

«Vous tous, en esprit d’union, dans la compassion, 

l’amour fraternel, la miséricorde, 

l’esprit d’humilité, ne rendez pas le mal par le mal, 

l’insulte pour l’insulte.

Bénissez, au contraire, car c’est à cela 

que vous avez été appelés, 

afin d’hériter la bénédiction» (1 P 3,8-9).


Il ne nous suffit pas de dire :«Seigneur, Seigneur».

Des œuvres de miséricorde sont à accomplir 

car «au soir de notre vie, 

nous serons jugés sur l’amour» (S. Jean de la Croix).

«Aurons-nous donné à manger à qui à faim 

et boire à qui à soif ?

Aurons-nous accueilli l’étranger 

et vêtu celui qui était nu ?

Aurons-nous pris le temps de demeurer auprès de celui 

qui est malade et prisonnier ?  (cf. Mt 25,31-45).

De même il nous sera demandé 

si nous avons aidé – le frère, la sœur – à sortir du doute 

qui engendre la peur, et bien souvent la solitude ; 

si nous avons été capables de vaincre l’ignorance 

dans laquelle vivent des millions de personnes, 

surtout des enfants privés de l’aide nécessaire 

pour être libérés de la pauvreté ; 

si nous nous sommes fait proches 

de celui qui est seul et affligé ; 

si nous avons pardonné à celui qui nous offense ; 

si nous avons rejeté toute forme de rancœur 

et de haine qui porte à la violence ; 

si nous avons été patients à l’image de Dieu 

qui est si patient envers nous ; 

si enfin nous avons confié au Seigneur, 

dans la prière, nos frères et sœurs.

C’est dans chacun de ces «plus petits» 

que le Christ est présent.

Sa chair devient de nouveau visible 

en tant que corps torturé, blessé, flagellé, 

affamé, égaré … pour être reconnu par nous, 

touché et assisté avec soin».

(Pape François, Misericordiae vultus n° 15)


Cette année jubilaire sera une année de grâces 

si nous sommes prêts à vouloir le bonheur de l’autre.

De cette expérience de miséricorde 

reçue et redonnée, pourra jaillir la communion.

Il nous revient, frères et sœurs,  

de promouvoir dans l’Église et dans le monde 

cette spiritualité de la communion. 

La communion est une attitude de foi : 

elle nous appelle à voir l’autre 

avec des yeux toujours nouveaux.

La miséricorde déplace notre niveau de relation, 

de rencontre avec l’autre, 

de la superficialité à la profondeur, 

du passager à l’éternel, 

du charnel au spirituel.

Elle ouvre des chemins d’alliance entre les hommes 

et les femmes bâtissant une fraternité humaine renouvelée.


Il est urgent, frères et sœurs, de mettre en pratique 

la Parole de Jésus : «Aimez-vous les uns les autres 

comme je vous ai aimés» (Jn 13,34).

Car au lieu de tisser la communion, 

notre monde élève de plus en plus des murs.

Mur de béton, mur de métal, mur de barbelés… 

entre les États-Unis et le Mexique,

entre le Botswana et le Zimbabwe,

entre la Chine et la Corée du Nord,

entre l’Inde et le Cachemire,

entre le Turkménistan et l’Ouzbékistan,

entre la Hongrie et la Serbie,

entre Israël et les territoires palestiniens…

Mur, mur, mur,…

Mur de la peur, de l’indifférence, de la haine.

Mur entre les peuples, entre les races, entre les religions.


Et dans ce monde claquemuré sur lui-même, 

le Saint-Père nous dit avec audace :

Ouvrez les portes ! Des portes de miséricorde !

Aujourd’hui dans les cathédrales du monde entier 

et des milliers d’églises, des portes saintes s’ouvrent 

pour que le souffle de l’Esprit puisse passer, 

l’Esprit de communion qui est accueil de l’autre 

dans la réciprocité de l’amour.


Passer la porte jubilaire, c’est oser la confiance 

en voyant ce qu’il y a de beau chez l’autre, 

en pratiquant le pardon mutuel, 

en donnant une place à notre frère, notre sœur, 

en nous identifiant à l’autre jusqu’à vivre 

ses angoisses, ses peines, ses joies.


Passer la porte sainte, c’est quitter les ténèbres 

de ce monde pour entrer dans la lumière 

d’un monde réconcilié, pacifié, unifié.


Mais la première porte de la miséricorde à ouvrir, 

elle est dans le plus profond de notre cœur.

À nous de sortir pour aller vers l’autre, 

lui tendre la main, 

faire route avec lui, avec elle.

Que la miséricorde devienne pour nous un style de vie !

Alors la joie nous sera donnée en partage, 

la joie du ciel quand un seul pécheur se repent, 

la joie des bergers quand ils découvrent Dieu-petit-enfant, 

la joie de Dieu quand il contemple sa créature. 


Oui, soyons toujours dans la joie.

Que notre sérénité soit connue de tous les hommes !

Le Seigneur est proche (Ph 4,4-5)

Accourons à sa rencontre et jubilons !

 

Méditer la Parole

13 décembre 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Sophonie 3,14-18

Cantique Isaie 12

Philippiens 44-7

Luc 3,10-18