Nativité du Seigneur

 L'alpha et l'omega

 Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre...

La Création est l'acte par excellence qui atteste que Dieu est amour :

Dieu crée le monde dans un débordement de son Cœur

tant il veut aimer toujours davantage.

Faisons l'homme à notre image,

selon notre ressemblance (Gn 1, 26)


Au commencement était le Verbe,

et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous.

Si la Création était déjà le signe merveilleux de son amour,

l'incarnation de Dieu en est l'achèvement inouï.


Elle dépasse en grâce et en révélation la création du ciel et de la terre,

elle est infiniment plus grande que l'apparition des montagnes ou des océans,

des plantes, des arbres ou des animaux ;

et même la création de l'homme et de la femme à l'image de Dieu

n'est que l'esquisse de ce qui se passe au cours de la nuit de Noël...


À la fin, en ces jours où nous sommes, Dieu a parlé par son Fils.

Ce Fils, cette Parole d'amour de Dieu au monde, 

est bien davantage que la lumière du premier jour de la Création,

davantage que les astres, 

bien supérieur à tous les anges réunis !


Ce Fils est Dieu, né de Dieu,

Lumière née de la Lumière ;

il est la vie, 

tout rempli de grâce et de vérité.

Il est baiser du Père à sa créature pour créer en elle l'Amour véritable,

la Création véritable.


C'est par lui que tout est venu à l'existence,

et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui.

Il était auprès de Dieu avant le commencement,

et il doit tout récapituler à la fin des temps, 

tout en tous.


L’Incarnation du Créateur du monde est le sommet de la Révélation :

Dieu nous dit tout son amour en son Fils,

lui qui est l'image du Dieu invisible et le Premier-né de la Création nouvelle (cf. Col 1,15).


Ce qu'il nous dit, il le dit d'abord en silence,

dans la nuit de Bethléem, 

par la venue d'un petit enfant.

Le silence n'est-il pas la plus intense des paroles d'amour ?

Celle qui fonde véritablement la communion ?


Sans l'aide de l'Esprit Saint, 

comment pourrions-nous entrer dans le mystère de cette origine ?

Car il y a vraiment là un commencement.

La naissance de l'enfant Jésus est désormais le centre par lequel nous devons tout comprendre.

Or on ne comprend qu'avec le cœur,

on ne connaît l'amour qu'en ouvrant ses propres entrailles...


De la nuit de Noël jaillit la Lumière.

Dieu avait dit : que la lumière soit.

Il dépose maintenant son Verbe comme un germe dans notre terre,

comme une semence de vie éternelle.

La sainteté ensemence les ténèbres, 

le levain divin fait lever la pâte humaine d'un éclat de clarté qui ne s'éteindra plus.

Aujourd'hui advient l'origine de toute l'histoire du monde.


Par l'ouverture de notre cœur, 

aujourd'hui est aussi l'origine de chacune de nos histoires personnelles.

Par l'incarnation de Dieu en notre existence,

un monde nouveau peut être soulevé,

illuminé de l'intérieur,

réorienté vers la vie.

L'enfant veut nous saisir aux entrailles...


Mais puisque le Christ doit tout récapituler en lui à la fin des temps,

il est aussi appelé à devenir la fin de toute chose,

la fin ultime de l'histoire,

le but définitif de chacune de nos vies. Tout en tous.


Jésus naît à Bethléem, Dieu-avec-nous,

l'alpha et l'oméga,

le commencement et la fin.


À tous ceux qui ont reçu l'enfant, dit l'évangéliste Jean,

Dieu a donné de pouvoir devenir aussi enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.

Alpha et oméga,

l'enfant du commencement fait devenir enfant de Dieu, il fait devenir Dieu, tout en Lui.


L'incarnation est l'acte d'amour par lequel Dieu vient à nous,

par pure miséricorde, 

pour nous aimer jusqu'à partager notre humanité abîmée.

Pour nous aimer jusqu'à ce que nous devenions fils dans le Fils.


Il nous suffit de l'accueillir.

Il nous suffit de nous laisser enfanter à cette nouveauté radicale.



En ce Jubilé de la Miséricorde,

Noël prend une signification d'une profondeur nouvelle.

Nous y sommes invités à contempler Jésus comme l'expression la plus aboutie 

de la Miséricorde de Dieu pour nous,

la réponse de Dieu à nos souffrances et à nos inquiétudes les plus profondes.


Jésus, l'expression parfaite de l'être de Dieu,

est le visage humain qui donne à voir le Père dans la plénitude de son amour.

Quel visage de Miséricorde l'enfant-Jésus nous révèle-t-il donc ?


La réponse du Dieu tout-puissant à nos angoisses et à nos peurs,

c'est Jésus, l'enfant né de Marie et reçu par Joseph.

Il s'unit à nous là où nous en sommes, pauvres et vulnérables,

et il marche avec nous.


Notre humanité est faible et vulnérable ?

Dieu se fait nouveau-né dans une crèche.


Notre monde est anxieux et traversé par la peur ?

En Jésus, Dieu nous fait reposer en lui,

et il vient au devant de nous.


Notre société a perdu son espérance et la vision de son avenir ?

Le Christ est la fin de toute chose,

et dès à présent, il a vaincu le monde.


La Création, désormais, n'est plus seule, elle n'est plus perdue ou errante.

Dieu, en Jésus, l'a rejointe,

et il avance avec elle jusqu'à son accomplissement définitif.


Craindrons-nous encore de prendre toute notre place en ce monde ?

Dieu, en Jésus, est définitivement solidaire de notre histoire.


Il ne nous épargne pas la souffrance ou les épreuves,

mais il les habite, 

mieux, il les porte avec nous.

Il les conduit au but, c'est à dire à la plénitude de l'amour,

à la plénitude de Dieu.



Devant la crèche, dans la paix et la confiance,

nous pouvons entendre le silence nous dire les paroles du disciple bien-aimé :


Bien-aimés

aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. 

Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. 

Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : 

Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. 

Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, 

nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres (1 Jn 4, 7...11).


Pourquoi ne pas entrer dans ce monde nouveau ?

L'amour est vulnérable et fragile, comment l'amour ne ferait pas souffrir ?

Mais il est rayonnement de la gloire du Père et Vie éternelle,

il est notre seul avenir, plus fort que la mort.

L'amour ne passera jamais.


Aujourd'hui, l'amour se donne à nous,

il dresse sa tente dans notre camp :

prenons Jésus chez nous, avec grande tendresse et adoration.

 

Méditer la Parole

25 décembre 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaie 52,7-10

Psaume 97

Hbreux 1,1-6

Jean 1,1-18