Fête de la Mère de Dieu - C 

Marie, Mère universelle

En ce premier jour de l'année, 
la première lecture de cette liturgie qui a été proclamée est une bénédiction.
Il s'agit de la formule de bénédiction donnée par Dieu lui-même

aux prêtres de la première alliance
afin qu'ils la fassent reposer sur le peuple.

Cette bénédiction est admirable de tendresse.
Les mots pour dire la relation que notre Dieu d'amour désire avec nous
sont comme ceux d'une mère pour son enfant :
il tourne vers nous son visage,
il sourit, faisant briller l'éclat de sa face sur notre propre visage,
il se donne à rencontrer et suscite en nous une paix profonde et durable.

La bénédiction du livre des Nombres était jadis invoquée sur les fils d'Israël.
Mais maintenant, alors que l'histoire atteint sa plénitude,
Dieu nous bénit en son Fils Jésus,
il donne sa paix comme un sourire d'enfant dans la joie d'une naissance.
Il la donne aussi par une femme : Marie.

La Vierge Marie est elle-même une bénédiction de Dieu pour les hommes.
Nous la fêtons aujourd'hui comme « Mère de Dieu »,
à l'issue de l'octave de la Nativité du Seigneur.
Ce nom de Mère de Dieu a été donné à Marie au concile d’Éphèse, en l'an 431,
à l'issue d'une controverse qui portait sur le Christ :
Jésus, l'homme Jésus né de la Vierge Marie, est-il vraiment Fils de Dieu ?
S'il est vraiment homme, né d'une femme,
et vraiment Dieu, conçu dans le sein de la Vierge par l'opération du Saint Esprit,
alors on doit considérer précisément que Marie est bien Mère de Dieu.

Ce mystère de la conception de Jésus, indissociablement vrai Dieu et vrai homme,
en la Vierge Marie est au cœur de notre foi.
Nestorius voulait souligner la distinction entre la divinité et l'humanité de Jésus.
Il déclarait : « Je refuse de voir un Dieu formé dans le sein d'une femme ! »
L'enjeu est bien la justesse de notre foi en l'incarnation du Seigneur :
quand elle enfantait l'homme Jésus, c'est bien le Verbe de Dieu qui prenait chair en elle.

La contemplation de ce mystère en Marie est tout à fait nécessaire à notre foi.
Il n'a cessé d'inspirer à l’Église des prières, des hymnes et des méditations
qui ont creusé dans les croyants la foi en Jésus-Christ

avec un profond attachement à Marie.

Il suffit du simple bon sens pour comprendre en quoi Marie est un modèle,
en quoi sa foi est exemplaire,
en quoi son fiat est l'expression la plus ajustée à la volonté de Dieu,
comment sa manière de retenir tous les événements

et de les méditer en son cœur peut nous conduire nous aussi

à l'adoration en esprit et en vérité.

Mais il fallait une longue méditation du mystère de l'incarnation,
de génération en génération,
pour entrer dans la profondeur de la grâce que Dieu a fait à l'humanité
en réalisant son œuvre de salut dans le sein de la Vierge.

Au IVe siècle, on priait déjà en disant :
« Sous ta protection, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. »

Au IXe siècle, dans la prière Ave stella Maris, les chrétiens demandaient à Marie :
« Montre-toi notre mère.
Qu'il accueille par toi nos prières, Celui qui, né pour nous, voulut être ton fils. »

On invoque Marie comme

    Mère de miséricorde,
    salut des infirmes,
    refuge des pécheurs,
    consolation des affligés,
    secours des chrétiens...

Ces prières sont moins le résultat d'une réflexion théologique systématique
que l'expression du cœur de ceux qui ont fait l'expérience

de la grâce enfantée dans le sein de Marie.

Marie, une femme comme nous,
mais choisie par Dieu d'une manière spéciale

pour devenir Mère du Verbe de Dieu fait homme.
La Vierge révèle une maternité qui s'élargit au delà de l'enfant de la crèche.
Car si Jésus doit devenir tout en tous,
Marie, Mère de Jésus, doit ainsi devenir Mère de tous en son Fils.
Cette maternité universelle va au delà de nos conceptions,

du moins si nous les pensons avec la tête.

Car on ne comprend la maternité qu'avec les entrailles.
Soit des entrailles de femme qui savent ce que c'est qu'enfanter.
Soit des entrailles d'enfant qui savent ce que c'est qu'être enfanté.

Au fil des siècles, les entrailles de générations de croyants

ont compris que Marie était leur mère.
Frères et sœurs, il y a une semaine,
nous fêtions la naissance de Jésus, vrai Dieu et vrai homme.
Aujourd'hui, c'est de notre naissance qu'il s'agit,
notre naissance à la grâce.

Comme au concile d'Ephèse où les pères cherchaient qui est le Christ
et ont abouti à nommer Marie Mère de Dieu,
c'est en considérant que le Christ s'est fait chair afin de nous enrichir de sa divinité,
afin de nous unir à lui pour que nous devenions comme lui,
qu'alors nous découvrons que la Mère de Jésus doit nous enfanter peu à peu à la pleine stature du Christ.
La pleine stature du Christ, selon l'expression de saint Paul, c'est Christ qui vit en moi,
c'est le Christ qui imprime en moi sa divinité dans ma chair.

Cette chair transfigurée par le Christ est enfantée par la Vierge
dans la mesure où Marie est le point de contact premier entre notre humanité et le Christ.
Cet enfantement s'opère par une maternité spirituelle,
une matrice de la grâce qui unit patiemment en son sein
la pleine humanité et l'accueil du Souffle divin
en un lent travail de gestation spirituelle.

Chaque baptisé, au fur et à mesure que se développe en lui la pleine maturité spirituelle,
reçoit une fécondité puissante comme don de Dieu pour le monde.
Cette fécondité est faite de paternité et de maternité,
et son cadre d'épanouissement, c'est l’Église.

Si toute paternité spirituelle vient du Père céleste,
toute maternité trouve aussi sa source et son accomplissement

dans l'action créatrice de Dieu,
à travers une attitude singulière :
le sein maternel est fécondé par la grâce,
il est habitée par la grâce en engageant la personne toute entière.
Le sein maternel garde en lui la vie, il la protège
et la laisse croître jusqu'à ce que la grâce ait donné son fruit.
Et quand l'enfant est à terme, la mère le donne au monde.

Il en est ainsi de la maternité spirituelle de Marie.
Elle offre à l’Église sa maternité universelle
afin que soit enfanté l'homme nouveau, l'homme selon l'Esprit,
l'humanité féconde d'où naît le Royaume de Dieu.

Madeleine Delbrêl, une figure spirituelle parmi les plus marquantes du XXe siècle,
méditant sur la vocation propre de l'homme et de la femme, écrit :
« C'est toujours à une femme qu'un homme donnera un enfant ;
au monde, c'est la femme qui le donne. »

C'est ainsi de Marie : elle est pleinement femme,

dans toute la profondeur de sa vocation propre.
L'enfant qu'elle reçoit, c'est pour le donner au monde.
Et elle fait ainsi pour tous les enfants qu'elle reçoit :
elle les enfante à la grâce pour les donner au monde.


Les événements de notre monde nous dépassent et nous déroutent.
Notre Église saura-t-elle recevoir Marie comme le disciple bien-aimé à la croix,
quand Jésus lui dit : Voici ta mère ?
Saura-t-elle vivre de la maternité universelle de Marie
jusqu'à laisser enfanter en son sein les maternité spirituelles dont le monde a besoin ?

L’Église, en effet, a besoin de pères spirituels ;
elle a aussi plus que jamais besoin d'authentiques maternités spirituelles
qui reçoivent les événements du monde dans la profondeur de leur être

comme on recevrait la vie,
qui, comme Marie, les retiennent et les méditent dans leur cœur

jusqu'à les enfanter selon la grâce,
qui les redonnent au monde fécondés par l'Esprit.

Si Marie, Mère de Dieu, est donnée à l’Église,
c'est afin que l’Église soit pleinement mère,
pleinement féconde,
et qu'elle mette au monde les fils et les filles du Royaume de Dieu.

Méditer la Parole

1er janvier 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Nombres 6,22-27

Psaume 66

Galates 4,4-7

Luc 2,16-21