Fête de la Mère de Dieu - C 

Dire oui avec Marie à l'inattendu de Dieu

Que le Seigneur te bénisse et te garde ! (Nb 6,24).
C’est-à-dire :
Que le Seigneur fasse rayonner vers toi son Visage (v. 25) ;
Que le Seigneur lève vers toi son Visage ! (v. 26).

C’est de cette manière
que Dieu enseigne à Moïse la bénédiction,
la plus belle bénédiction.
Que le Seigneur fasse rayonner vers toi  son Visage !
Qu’Il lève vers toi son Visage !
Dieu inscrit dans le cœur d’Israël
le désir de son Visage !
Et le fruit de ce Face à face,
de ce Visage à visage
est la grâce et la paix (6, 25-26).

C’est ainsi qu’Israël a appris à prier.
Et nous avons retrouvé cela
dans le Psaume chanté tout à l’heure :
Que Dieu fasse briller parmi nous son Visage (Ps 66/67).

Le Peuple de Dieu
est un peuple assoiffé du Visage de Dieu.
Voir son Visage…
Laisser son Visage resplendir sur nous,
sur nous tous ensemble !

Or cette prière d’Israël, Dieu l’a exaucée :
Le Verbe s’est fait chair (Jn 1,14).
Celui qui est l’image du Père s’est fait chair.
Le Visage de Dieu est apparu sur la Terre.
Et à qui ressemble-t-Il ?
À sa toute jeune maman : Marie.

Aujourd'hui, comme les bergers de l’Évangile,
nous regardons l’un et l’autre visage.
C’est l’heure de l’émerveillement.
Mais regardons particulièrement
le visage de cette Maman de la crèche.
Lorsque les temps furent accomplis,
avons-nous entendu de la bouche de l’apôtre Paul,
Dieu a envoyé son Fils né d’une Femme (Ga 4,4).
Marie…
Que dire de Marie ?

Qui fut la première personne à chanter la maternité de Marie ?
Élisabeth avec ces mots :
« Bienheureuse celle qui a cru » (Lc 1,45).
Marie la croyante.
Croire, ce n’est pas simplement
être persuadé de telle ou telle vérité ;
croire, c’est donner sa confiance,
sa pleine et totale confiance à  Dieu.
Croire à l’école de Marie,
c’est donner une confiance démesurée à Dieu.
Oui, Marie a donné un oui démesuré à Dieu.

L’annonce de l’ange était totalement inattendue.
Marie a dit oui.
L’annonce d’une maternité
semblait contredire sa vocation à la virginité.
Marie a dit oui.
L’annonce d’une maternité sans qu’un homme la féconde
était de l’ordre de l’humainement impossible.
Marie a dit oui.
L’annonce d’une maternité,
alors même qu’elle ne vivait pas encore avec Joseph,
la menaçait de la plus terrible condamnation.
Marie a dit oui.

Marie dépossédée.
Marie qui consent à l’inattendu,
à l’humainement impossible,
à l’humainement scandaleux.
« Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38).

Il y a là une pauvreté de cœur devant Dieu inouïe.
Une kénose.
Une mort, même si elle était toute illuminée
par la promesse d’un règne d’amour qui n’aurait pas de fin.
Une mort, mais quel fruit !
Marie a ouvert en elle un chemin à Dieu, à Dieu Lui-même.

Par Marie ce n’est pas simplement
une œuvre de Dieu qui s’accomplit,
un prodige de Dieu,
un acte de salut.
C’est Dieu Lui-même qui vient.

Marie ne nous porte pas un don de Dieu :
Elle nous porte Dieu.
Elle s’est ouverte intérieurement
pour que Dieu en personne
visite et transforme notre monde.

Marie n’est pas la maman d’un envoyé de Dieu
comme tant de saintes femmes du Premier Testament.
Elle est Mère de Dieu.
La Mère de Dieu.

Elle a laissé l’Amour en personne prendre chair en elle.
Et le Visage de l’Amour,
le Visage de la Miséricorde,
est apparu sur cette Terre.

*

Par la suite, Marie est-elle tombée dans l’oubli
une fois que l’Enfant est né ? Non !
En s’ouvrant à l’Amour en personne,
Marie est entrée dans une maternité démultipliée.
Jamais femme sur cette terre
n’a eu ou n’aura une telle maternité !

Cependant, ce sera au prix d’une nouvelle perte de soi,
au pied de la croix :
Marie délaissée.
Marie abandonnée.
Marie qui, par là-même, devient co-rédemptrice.

Par son acte de foi total
et qui la dépossède totalement d’elle-même,
Marie est entrée dans une maternité extraordinaire.

Une grande revue qui n’a rien de confessionnel
la présentait récemment
comme la femme la plus puissante du monde !
Si c’est la puissance du « monde », cette revue a tort.
Si c’est la puissance de l’amour, que c’est vrai !

*

Et nous, frères et sœurs,
nous, en cette nouvelle année ?
La contemplation de Marie nous invite à une chose :
comme elle, dire OUI.
Comme elle, dire oui à l’inattendu de Dieu.
Ce qui est de Dieu est toujours la réalisation d’une promesse
et est toujours inattendu.
Parce que Dieu est Dieu.
Parce que nous ne sommes pas Dieu.

Si Dieu frappe à ta porte,
par un appel à aimer,
par un appel à pardonner,
par un appel à faire miséricorde,
par un appel à rompre avec l’indifférence,
par un appel à donner ta vie,
comme Marie, ne le fais pas attendre.
Mieux : fais-toi tout proche de Marie
et puise dans son oui.

Marie est l’Immaculée,
nous ne le sommes pas !
Aussi l’amour nous fait peur.
Mourir nous fait peur.
Mourir d’amour nous fait peur.
Donner notre vie, nous fait peur.
Alors, prenons la main de Marie
pour dire oui à l’inattendu de Dieu.
Disons oui dans son oui !

Et Dieu Lui-même viendra dans ta vie.
Dieu Lui-même veut être l’habitant de ton cœur.
Dieu Lui-même veut occuper sa place en toi.
Parce que ton être profond est un creux en forme de Dieu,
qui attend que Dieu l’habite
et que tu habites un Dieu.
Ton être profond attend que l’Amour y demeure
et que tu demeures dans l’Amour.

Alors tu auras l’impression de mourir,
mais c’est à ce moment-là
que ta vie entrera comme Marie, avec Marie,
dans la maternité ou la paternité
que Dieu, depuis toute éternité, veut déployer en toi.

Méditer la Parole

1er janvier 2016

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Nombres 6,22-27

Psaume 66

Galates 44-7

Luc 2,16-21