Nuit de la Nativité 

 Naître pour fraterniser

Il y a plus de 2000 ans, Jésus est né.

Sa naissance a bouleversé le cours du temps 

à tel point qu’elle marque un repère fixe 

dans l’histoire de l’humanité.

Tout événement terrestre est désormais daté 

en fonction de cet avènement.

Mais en quoi cette naissance de Jésus 

peut-elle aussi venir changer toute notre vie aujourd’hui ?

Là est bien la portée de cet événement 

qui est certes inscrit à un instant «t» dans le temps 

mais qui le transcende tout autant.

Ouvrons donc notre cœur pour nous laisser enseigner 

par cet Enfant qui vient de naître.


Contempler Jésus petit-enfant, 

c’est tout d’abord reconnaître 

que nous sommes aimés de Dieu.

Nous le savons bien 

et pourtant nous avons du mal 

à accueillir cet amour.

Dieu aurait pu apparaître sous une apparence humaine, 

déjà dans la force de l’âge, au détour d’un chemin, 

pour venir à notre rencontre et nous dire tout son amour.

Une telle proximité divine 

aurait déjà été une magnifique marque d’amour.

Mais Dieu a choisi de venir vers nous 

en assumant la fragilité du nouveau-né.

Il veut nous dire ainsi combien notre humanité 

a du prix à ses yeux.

Lui qui est si grand accepte d’être si petit.

Lui qui est infini consent aux limites de la chair humaine.

Lui qui est Dieu, il se fait homme, semblable à nous.


Frères et sœurs, la naissance de Jésus 

doit provoquer en nous un profond changement intérieur, 

une véritable conversion.

Nous sommes aimés par Celui qui nous a créés.

De quoi aurions-nous crainte ?

Notre humanité est vulnérable, périssable, mortelle 

mais elle est habitée, visitée, 

rachetée de l’intérieur par la divinité.

Pourquoi manquerions-nous d’espérance ?

Même si notre cœur venait à nous condamner, 

Dieu est plus grand que notre cœur (1 Jn 3,20).

Si nous gardons un cœur vigilant, 

chaque moment qui passe peut devenir 

une rencontre offerte avec l’Éternel.

«Il y a trop d’amour dans le cœur de Dieu 

pour qu’il puisse vivre loin de l’homme» (fr. Pierre-Marie).

En ce Noël, laissons-nous donc saisir 

par cet amour divin qui nous précède toujours.


Contempler Jésus petit-enfant, c’est ensuite reconnaître 

que nous sommes graciés par Dieu.

Non seulement Dieu nous aime, 

mais en plus il nous pardonne nos fautes.

Il ne vient pas pour nous juger, nous condamner 

mais pour nous relever, nous guérir, nous ressusciter.

Notre Père du ciel est riche en miséricorde, 

lent à la colère et plein d’amour

dit l’Écriture et cette miséricorde divine 

prend en cette nuit le visage d’un nouveau-né.

Sa miséricorde ne peut toucher 

ceux qui se croient grands dans ce monde 

car ils ont déjà leur récompense.

C’est pour cela que la miséricorde rejoint 

de simples bergers, des laissés-pour-compte 

de la société d’alors, des marginaux.

Sous les traits d’un enfant, Dieu se laisse voir 

comme n’étant presque rien aux yeux des  hommes 

pour qu’en lui se reconnaissent 

ceux qui ont soif de miséricorde.

Le Dieu qui se révèle à la Crèche 

apparaît comme un Dieu inutile, 

un Dieu qui ne pourra jamais servir 

quelque intérêt que ce soit 

parce qu’il est absolument sans intérêt, 

au sens le plus littéral du terme.

Seuls ceux qui sont dans la misère 

humaine, économique, affective, 

ceux qui peinent sous le poids de leurs fautes, de leurs échecs, 

ceux qui n’ont plus rien à donner 

peuvent trouver en ce Dieu qui se fait petit-enfant 

un don qui n’a pas de prix, 

un don qui est gratuit  au sens où il est gracieux, 

un don qui est pure grâce 

et qui s’appelle la miséricorde.

Noël, c’est la révélation d’un Dieu miséricordieux.

«Chacun le sait : on n’ignore pas un nouveau-né. 

Mais on comprend tout ce qu’il dit 

quand on le porte dans ses bras !» (fr. Pierre-Marie)

Devant lui, nous pouvons chacun nous laisser désarmer 

et retrouver en lui notre innocence originelle.

Qui n’entend pas dans son cœur face à ce nouveau-né 

l’injonction à changer et à devenir meilleur ?


Contempler Jésus petit-enfant, c’est enfin reconnaître 

que nous sommes liés par lui 

les uns aux autres comme des frères.

«Bien-aimés, dit saint Jean, 

si Dieu nous a ainsi aimés, 

nous devons nous aussi nous aimer 

les uns les autres» (1 Jn 4,11).

Cette naissance est une frêle promesse d’humanité.

Dieu se fait homme pour humaniser l’homme.

Dieu se fait en Jésus l’aîné d’une multitude de frères

pour apprendre à l’homme à fraterniser.

Par lui, nous devenons frère et fils 

afin que désormais l’espérance 

d’une vraie fraternité humaine, 

pour être ancrée dans le rêve même de Dieu, 

soit tout sauf un rêve insensé.

Prodigieuse humilité de notre Dieu 

fait petit d’homme à la crèche ; 

sublime grandeur de notre humanité, 

pétrie qu’elle est à la crèche de Dieu même.

La fraternité enracinée en Dieu 

prend  chair par la naissance de Jésus.


Dans notre monde traversé par la violence, 

la peur, l’enfermement sur soi, 

ce nouveau-né nous appelle à aimer sans nous lasser 

comme lui nous aime.

«Il n’est pas de conversion possible 

à l’amour de Dieu sans un retournement quotidien 

vers l’amour des hommes» (fr Pierre-Marie).

La charité épanouit et réjouit la vie 

alors que l’indifférence et l’égoïsme l’attristent et la tuent.

Fraterniser, c’est découvrir à travers les profondeurs 

de l’humanité le vrai visage de Dieu, 

celui-là même qui nous est révélé à la crèche.

En tout homme se trouve ce visage de Dieu 

et c’est là qu’il faut le chercher.

Il s’y trouve toujours caché, il y transparaît parfois, 

il y est trop souvent oublié, 

et il peut être nié, tué, crucifié.


Noël est un message de paix, 

de communion entre les hommes.

Chaque naissance, chaque promesse d’humanité 

nous rapproche, nous rassemble, si bien qu’elle 

éveille chaque fois notre vivre-ensemble 

à une formidable espérance.

En cette nuit, dans cette naissance unique, 

notre espérance, non seulement prend corps, 

mais ouvre le chemin de son propre accomplissement.


Noël, c’est une naissance, celle de notre Dieu sur la terre 

mais c’est aussi la grâce d’une renaissance 

pour chacun de nous.

Laissons donc à notre vie 

l’espace de son propre engendrement.

Dépouillons-la de ce qui par trop l’encombre.

Faisons de la place, une vraie place 

à cette bienheureuse naissance, 

pour notre joie et notre paix.

C’est là tout le sens de ce qui nous rassemble en cette nuit.

 

Méditer la Parole

24 décembre 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaie 9,1-4

Psaume 95

Tite 2,11-14

Luc 2,11-14