JMJ 2011 - Carnet de bord de la Route ignatienne

«Enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi» (Col 2,7)

Récit – jour après jour – et images d'un pèlerinage hors du commun...

Voir le reportage photos (© FMJ et JAJ)

Lundi 8 août

Ce lundi 8 août ce sont de jeunes pèlerins sac au dos – gros sac au dos – qui convergent vers le cloître des sœurs de Jérusalem. Joie car l'heure du départ est enfin arrivée, mais qui laisse transparaître une légère inquiétude en soupesant leur chargement. Allez ! On scie nos brosses à dents et deux paires de chaussettes suffiront bien. Étudiants ou jeunes pros, fidèles de nos fraternités ou visages encore inconnus, vieux habitués des JMJ ou novices... c'est par cette première eucharistie que nous devenons une petite communauté. Mais déjà les deux cents autres pèlerins de la route ignatienne nous attendent. Notre première traversée sera celle du métro parisien direction Denfert Rochereau, et nous embarquons pour une nuit qui nous donnera un avant-goût à la fois de la joie et de l'inconfort à venir.

Mardi 9 août

La majesté des montagnes pyrénéennes nous aide à ouvrir nos yeux appesantis de sommeil. Comme pour le psalmiste, nos yeux se lèvent vers les monts (Ps 121,1) et nous demandons : «C'est donc cela qu'il faudra escalader ?», «Seigneur, donne à ton serviteur ta force !» (Ps 86,16). Concrètement, un solide petit-déjeuner nous attend, préparé par les scouts qui assureront tout au long de la marche l'intendance avec leur serviabilité légendaire.


Notre première ascension nous conduira à l'abbaye Saint-Martin du Canigou, isolée au cœur de la montagne, fondée en 1005 par des moines bénédictins, aujourd'hui confiée à la communauté des Béatitudes. La première montée est raide, il fait chaud et les sacs pèsent. La célébration de l'eucharistie avec toute la route Saint-Ignace et présidée par Mgr Namias, évêque auxiliaire de Paris – qui nous accompagnera une grande partie du chemin –, sous les voûtes de l'édifice roman, nous offre la force et le repos dont nous avons besoin. C'est là aussi que nous prennent en mains nos deux accompagnateurs de montagne, Matthieu et Cécile, s'étonnant encore eux-mêmes d'avoir accepté ce défi. Ils ne nous rassurent pas vraiment en nous annonçant que la difficulté de la marche sera progressive mais la joie et le soutien que nous ressentons déjà au sein du groupe affermissent les hésitants et nous entraînent dans la cordée. Ce soir ce sont les habitants du village de Py qui nous accueillent, autour d'un barbecue aussi réconfortant que convivial.

Mercredi 10 août

Journée sans ravitaillement d'eau où la soif éprouvée nous interrogera sur une autre soif, celle de l'eau vive et celle du Dieu vivant (Ps 63,2). Nous montons en «chapitres», où l'on apprend à partager et à porter attention à chacun. Silence, paysages à couper le souffle (aux sens propre et figuré !), chants des offices, méditation de la Parole... (mais aussi nos sachets quotidiens Fleury Michon pour sportifs de haut niveau !), sont la nourriture qui nous permettra d'aller jusqu'au bout de la route. Un rocher pour autel, un torrent glacé pour salle de bains, quelques chevaux sauvages pour compagnons, et nous nous endormons dans ce paysage de beauté originelle au refuge Da Silva, au cœur d'une réserve naturelle à 2100 mètres d'altitude.

Jeudi 11 août

Aujourd'hui le Seigneur nous conduit au désert des crêtes. Cela ne se fera pas sans efforts préalables. Chemins arides plombés par le soleil ; chemins de pierres balayés par les vents. C'est un paysage lunaire qui sera l'écrin de notre eucharistie mais la pause de midi est écourtée car les nuages approchent et il nous faut encore descendre pour rejoindre l'Espagne.

 

 

Nous continuons donc en priant pour ce pays, dont la frontière est signalée par un simple panneau de bois à flanc de montagne. Comme il est émouvant de franchir une frontière en pèlerin ! Arrivés à la station de sports d'hiver de Vallter 2000 le décor est des plus bucoliques puisqu'il nous faut planter nos tentes au milieu d'un troupeau de bovins peu décidés à nous céder leur place ; il nous faudra donc nous habituer au tintement léger mais persistant de leur clochette qui rythmera toute la nuit.

 

Vendredi 12 août

On nous avait annoncé la veille avec délicatesse mais réalisme une journée des plus intenses puisqu'il s'agira de franchir le pic de la Vaca, point culminant de notre marche, parcourant un dénivelé de 1000 mètres. Mais nos premières journées de marche nous ayant aguerris, le soutien entre pèlerins se confirmant au fil des jours et le Seigneur ayant envoyé quelques anges pour délester – un peu – nos sacs à dos, nous parviendrons finalement en avance à Nuria, sanctuaire marial qui est aussi une station de sports d'hiver. Curieux mélange, mais Marie doit s'y retrouver... Nous animerons l'eucharistie pour tous les pèlerins en partance pour Madrid ici rassemblés, devant la Vierge, lui confiant les journées à venir.

Samedi 13 août

Déjà, il nous faut redescendre. Comme chacun le sait, la descente n'est pas plus facile que la montée. Nous laissons les paysages minéraux et rocailleux pour retrouver la douceur d'une végétation plus abondante. Au terme de cette marche, c'est l'action de grâce qui habite nos cœurs. Oui, ce ne sont pas des mots, nous y avons goûté : Dieu était là, sur la montagne, nous l'avons rencontré à travers sa création, les sacrements partagés, la joie et l'unité. Qu'il soit béni pour ce qu'il a fait en chacun de nous ! Et que soient aussi infiniment remerciés ceux qui ont assuré si discrètement et efficacement la logistique de ce projet.

Après cinq jours sauvages, nous retrouvons notre car à Queralbs et partons pour visiter Manresa, un des lieux de passage célèbres de l'un de nos accompagnateurs principaux sur cette route : saint Ignace. Nous laissons maintenant nos tentes ; ce seront désormais des gymnases (avec quelques douches !) qui nous accueilleront. À la fin de l'eucharistie, il nous est proposé de vivre une petite retraite en gardant un climat de silence jusqu'au lendemain midi, occasion pour les pèlerins de méditer en leur cœur les derniers événements et de nous faire un peu plus écoute pour la Parole du Seigneur. Les récits de la vie d'Ignace accompagneront notre repas. Beau défi pour 250 pèlerins qui ont joué le jeu de bonne grâce. Tous ont apprécié ce silence avant le rush de Madrid.

Dimanche 14 août

La matinée est consacrée à la visite en petits groupes des lieux significatifs du séjour d'Ignace à Manresa, notamment de la grotte où le saint a médité et rédigé ses exercices spirituels.


La suite de notre pèlerinage nous conduit à Barcelone. Une première balade à travers la vieille ville, vers le port, en passant par le glacier... nous donne un avant-goût de cette magnifique ville, embellie notamment par l´architecte Gaudi. Puis, nous découvrons l'apogée de l'œuvre de ce dernier : la Sagrada Familia. Nous nous laissons éblouir par ce mystère encore en devenir, sorti de la contemplation de la nature. Rencontre entre le génie de l'homme et la grâce divine, entre tradition et avant-gardisme. Enracinée dans la terre espagnole, touchant le ciel universel. Réunis pour une messe présidée par le cardinal de Barcelone pour les pèlerins francophones et italiens, nous sommes heureux et émus d'être parmi les premiers fidèles à célébrer dans ce temple déconcertant, époustouflant, aspirant et inspiré «par le livre de la nature, le livre de la Sainte-Écriture et le livre de la liturgie» (Benoît XVI lors de la dédicace de la Sagrada Familia le 7 novembre 2010).

Lundi 15 août

Nous continuons à déambuler dans cette ville fascinante, surplombant la mer. À midi, l'incroyable équipe d'organisation du diocèse de Paris a concocté une paëlla géante pour les 5000 pèlerins parisiens. Il nous fallait bien cela avant le départ au milieu de la nuit pour Madrid. Mais, avant, nous rejoignons une fois encore la Sagrada Familia pour une messe de l'Assomption présidée par le cardinal Vingt-Trois, suivie d'une veillée, pour tout le diocèse de Paris. Nous tentons ensuite de dormir un peu sur le béton du stade olympique.

Mardi 16 août

Douze heures après notre départ nocturne, nous voici à Madrid pour la messe d'ouverture, notre première découverte de la capitale et notre installation (pour plusieurs jours cette fois !) au gymnase de Colmenar, à une trentaine de kilomètres de Madrid, que nous rejoindrons tous les jours en train ou en bus. Nous découvrons également que parmi les surprises réservées aux pèlerins, environ 6000 restaurants nous proposeront en échange d'un ticket restaurant un menu du pèlerin, typique, sympathique et éclectique.

Mercredi 17 août

Nous commençons la journée par la catéchèse, vivante et riche d'expériences, de Mgr Pontier, archevêque de Marseille. Nous sommes frappés par sa capacité à répondre aux questions de chaque jeune. Après l'eucharistie suivant la catéchèse, nous profitons de l'occasion pour visiter au pas de course le Musée du Prado, la ville de Madrid ayant gratuitement ouvert ses musées pour les JMJistes. Nous pouvons par exemple y admirer la Descente de la croix du Caravage, spécialement acheminée des Musées du Vatican. C'est avec joie que nous retrouvons ensuite la «Route européenne», partie de Strasbourg, pour les vêpres autour des reliques de sainte Thérèse de Lisieux. Vêpres interrompues pour une procession, où nous sommes à la fois fiers et émus pour les jeunes portant les reliques, suivis par les frères et sœurs. Notre journée s'achève enfin par un envoûtant concert de flamenco.

Jeudi 18 août

La catéchèse est aujourd'hui assurée par Mgr Ravel, évêque aux Armées. C'est une catéchèse aux intonations monastiques, nous invitant à ne rien chercher d'autre que le visage du Christ, terme de notre pèlerinage. La journée sera ensuite marquée par l'attente du pape, plusieurs heures, sous le soleil madrilène... L'attente – alimentée grâce à la générosité de quelques âmes généreuses de glaces et boissons fraîches nous permettant de survivre –, sera récompensée par la joie de voir la papamobile passer à quelques mètres de nous. Nous retrouvons ensuite une nouvelle fois le groupe de Strasbourg, à l’église del Carmen pour une veillée de louange et d’adoration, dans une église comble, fervente et joyeuse, animée par les Fraternités apostoliques d'Ossun.

Vendredi 19 août

Nous écoutons pour cette dernière catéchèse le nouvel archevêque de Québec, Mgr Lacroix, qui nous bouleverse par sa bienveillance, son dynamisme, son amour de la Parole. Nous sommes tous à présent habités par l'image d'Eutyque, au bord de sa fenêtre (Ac 20, 7-12), point de départ du développement de Mgr Lacroix. Après un – bref – temps de repos au parc del Buen Retiro nous nous rendons ensemble au chemin de croix, sobre, priant et recueilli, accompagné par les pasos, ces statues représentant les différentes stations portées par les confréries de pénitents, si typiques de la piété espagnole.

Samedi 20 août

C'est aujourd'hui que le pape nous a donné rendez-vous à Cuatro vientos. Il nous faudra d'abord parcourir 8 kilomètres sous un soleil de plomb. Occasion supplémentaire de prendre conscience du caractère si précieux et vital de l'eau... Après des heures d'attente brûlantes, nous vivons une vigile mouvementée, l'orage, la pluie et le vent se décidant enfin à nous apporter un peu de fraîcheur. Mais une accalmie nous permettra de vivre un temps d'adoration saisissant. Un quart d'heure de calme entre deux tempêtes... La présence du Christ dans le Saint-Sacrement a rendu silencieuse une foule que l'orage avait rendu un peu fébrile. C'est finalement dans la paix que nous nous endormirons pour quelques heures sous le ciel étoilé de Cuatro vientos, consacrés par le pape au cœur sacré de Jésus, après la magnifique interprétation par la chorale de l'Ave verum.

Dimanche 21 août

Retour de la chaleur écrasante mais ambiance fervente pour l'unique messe célébrée en ce jour à Madrid : la messe de clôture de ces JMJ.

 

 

Il est ensuite temps de retourner dans la ville pour une dernière promenade dans cette capitale à laquelle nous nous sommes rapidement attachés. Temps de repos puis vêpres dans un des parcs madrilènes... Certains en profitent encore pour visiter la cathédrale et tout particulièrement la superbe chapelle du Saint-Sacrement, décorée par Rupnik. Dernière soirée conviviale dans l'un des nombreux restaurants partenaires des JMJ, puis retour «chez nous», dans ce gymnase devenu familier, pour notre dernière nuit espagnole.

Lundi 22 août

L'aventure n'est pas encore terminée. Dernier cadeau de notre périple : la visite d'Avila. Quel bonheur d'avoir la chance de pouvoir s'imprégner de ces lieux habités par des saints tels qu'Ignace de Loyola ou maintenant Thérèse d'Avila ! Mgr de Dinechin nous donne un enseignement sur la vie de la sainte en ce monastère de l’Incarnation où elle vécu 30 ans et tenta d’introduire sa réforme. Puis nous retrouvons nos chapitres pyrénéens pour un temps de partage-détente-promenade, selon les aspirations de chaque chapitre... C'est ensuite une nouvelle paëlla que nous partageons avec nos amis de la route «européenne». L'après-midi est consacrée à la visite du monastère San Jose, première fondation de la grande Thérèse à quelques centaines de mètres de son premier monastère, à une dernière visite aux glaciers qui nous sont si chers dans cette Espagne si chaude et enfin à la messe en la cathédrale d’Avila. Nous embarquons le soir pour une folle nuit de car qui nous mènera à Saint-Gervais dans l'après-midi du lendemain, où nous nous dirons au revoir après le partage de l'eucharistie. En prenant déjà rendez-vous pour une journée de retrouvailles mi-septembre...

De retour de ces JMJ, la liste des motifs d’action de grâces est très longue… Citons quelques exemples de ce qui nous a particulièrement touchés : l’unité de notre groupe, la solidarité, l’écoute, la simplicité de nos relations, la réelle fraternité dont nous avons fait l’expérience ; le travail de tous les volontaires et des organisateurs, sans oublier ceux ayant œuvré dans l’ombre ; les partages avec des jeunes venus du monde entier ; l’accompagnement de grandes figures de sainteté, comme Ignace de Loyola, Thérèse d’Avila, Thérèse de Lisieux ou Jean-Paul II ; la veillée avec Benoît XVI, les différents offices, les moments de silence…

Témoignage

Martin : «De ces JMJ, je retiens trois grands moments, avec la traversée des Pyrénées à pied, les paysages magnifiques, le silence, la simplicité dans laquelle nous avons dû vivre. Puis, une veillée de prière auprès de la Vierge Marie à Nuria, notre première étape espagnole. Enfin, à Madrid, le Chemin de Croix vécu avec tous les JMJistes dans une grande profondeur. Le Seigneur a pu parler à mon cœur. Alors que depuis quelques mois j'avais tendance à vouloir contrôler les choses, il est venu me rappeler l'importance de s'abandonner et de ne pas se préoccuper de l'avenir. Mon avenir est dans sa main, et je sais qu'il me réserve surprise sur surprise, le tout pour mon bonheur. Je remercie encore tous ceux grâce auxquels nous avons pu vivre ce beau moment des JMJ.»

Contacter par mail

Pour contacter frère Joseph, responsable de l'organisation des JMJ 2011 à Madrid avec Jérusalem, tu peux poster ton message ici.