Jésus au cinéma

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Échos d'une session «Ogives» à Vézelay animée par Mgr Wintzer

Quel évangile préférez-vous ? Selon Zeffirelli ou selon Nicolas Ray ? La passion selon Mel Gibson ou selon Pasolini ? Chacun de nous a souvent, depuis l'enfance, associé l'image du Christ à tel film, tel acteur, car depuis le péplum des frères Lumière, le cinéma n'a cessé de raconter les histoires de la Bible et les scènes de la vie du Christ. Et de façon d'autant plus convaincante qu'il nous hypnotise en reconstituant la réalité avec toutes les apparences du réel.

 

Mais aucune image n'est neutre, et surtout pas les plus apparemment réalistes, historiques. Monseigneur Wintzer, nous en a fait la démonstration magistrale en nous entraînant des biographies «officielles» de Jésus, signées Zeffirelli ou George Stevens aux épures de Pasolini, Bresson ou Rosselini. Montrer le Christ, nous dit-il, le représenter, c'est toujours interpréter, choisir telle scène, tel miracle, et donc c'est toujours faire œuvre théologique, accepter ou refuser que cet homme ait été plus qu'un homme.

 

Pascal Wintzer nous fit appréhender cet apparent paradoxe : les films qui se présentent comme des biographies scrupuleuses de Jésus nous montrent ce que les évangiles ne sont pas (un récit purement historique), tandis que ceux qui ont construit une fiction à partir de la Bible ont toutes les chances de toucher à sa vérité en nous faisant comprendre ce qu'elle est : l'histoire d'une rencontre, d'une promesse, d'un pardon. Ainsi «Jésus de Montréal» de Denys Arcand (1989), qui situe dans le Canada contemporain un spectacle monté sur Jésus, proclame haut, fort et clair que parler de Jésus, ce n'est jamais parler d'un homme qui a vécu il y a bien longtemps. C'est une histoire vivante, que l'on ne peut raconter sans en être profondément transformé. Denys Arcand nous montre le Jésus qui offre aux gens de Montréal comme à tous les hommes, une vie nouvelle : Celui-là est le véritable Jésus.

Mais le cinéma, lieu d'éducation est aussi un lieu de séduction, créateur d'idoles qui enferment et ne renvoient pas au delà d'elles-mêmes (comme Marilyn Monroe, prise elle-même au piège des images). Aussi Monseigneur Pascal Wintzer plaida-t-il pour une éducation aux images qui permet de ne pas rester scotchés et fascinés devant ces idoles modernes que nous tend le cinéma. Il nous exhorta à rester éveillés, à ouvrir (comme les personnages du film «Eyes wide shut» de Stanley Kubrick) nos yeux grands fermés sur notre aveuglement, à ne pas prendre l'illusion du réel pour le réel lui-même. Car si le père du mensonge règne sur l'imaginaire, le domaine divin est celui du réel.


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