Lundi de la 14ème semaine du temps ordinaire 2008

Matthieu 9, 18-26


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Une fois n’est pas coutume : Matthieu est plus bref que Marc dans la recension de ce double miracle : la guérison d’une femme et la résurrection — ou plutôt la réanimation — d’une enfant. Et ceci cache peut-être la relation entre ces deux miracles imbriqués dans le récit. Marc, entre autres précisions, répète un chiffre qui invite à un rapprochement : la femme était malade depuis douze ans, la petite fille avait douze ans. L’une avait des pertes de sang — or «la vie, c’est le sang», dit l’Écriture (Lévitique 17,11) —, l’autre avait perdu la vie. L’épisode parle de confiance et de miséricorde : confiance du père et de la femme qui espèrent qu’un simple contact avec la main de Jésus, voire avec son vêtement, sera salutaire ; miséricorde du Seigneur, ému par l’amour de ce père et l’humilité de cette femme. Mais la relation entre ces deux histoires, sans leur ôter leur poids d’humanité, invite à une lecture plus symbolique. Cette femme, vieillie dans la maladie, ne représente-t-elle pas l’humanité blessée dès l’origine, en quête d’un Sauveur ? Sous la figure de la jeune fille de douze ans — l’âge où l’on acquiert l’autonomie —, elle est relevée par le Christ pour une vie nouvelle. «Le Seigneur, écrit Cyrille d’Alexandrie, au Ve siècle, prend comme coopératrice pour son œuvre sa propre chair afin de montrer qu’elle a le pouvoir de donner la vie.» C’est dire qu’il a pris un corps d’homme mortel pour que l’humanité puisse en sa chair avoir part à l’immortalité divine. Mais aussi que par sa chair donnée en nourriture (cf. Jean 6,54-55) nous pouvons, nous aussi «toucher» le Christ, bien plus nous en nourrir, et être guéris et relevés.