Les raisons profondes de la virginité consacrée

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 De frère Pierre-Marie

Extrait du Sources Vives n°117 - Le célibat

 


 

Pour aller plus avant dans la compréhension du grand mystère du célibat consacré et approcher si possible, avec l’aide de l’Esprit, de la vérité tout entière, il convient à présent de s’en tenir à l’expression de «virginité consacrée».

 

Le terme de «célibat» en effet n’existe quasiment pas dans tout le Nouveau Testament (hormis une simple mention en 1 Co 7,8, où Paul dit avoir fait ce choix) et celui de «chasteté» guère davantage. Par contre la «virginité» est explicitement mentionnée (même si c’est parfois indirectement) en sept textes essentiels : deux concernant Marie, dans les Évangiles de l’enfance (Mt 1,25 ; Lc 1,34) ; deux dans les paroles du Christ à vivre de la sorte (Mt 19,10-12 ; Lc 20,34?38), deux dans les lettres de Paul (1 Co 7,25-40 ; 2 Co 11,2) et une dans l’Apocalypse (14,4).


Il est intéressant de noter que cette expression, dans le Nouveau Testament, concerne autant les hommes que les femmes, car, justement, elle transcende la masculinité ou la féminité au plan génital. Et elle vise une orientation de vie, un choix tourné vers l’avenir plus que la mention d’une intégrité physique qui aurait été préservée, car elle est justement choisie et donc vécue en vue du Royaume des cieux.

 

Pourquoi donc la virginité consacrée ?

1. Pour une raison anthropologique tout d’abord

La virginité consacrée nous rappelle à tous ce qu’est la vraie nature de l’homme et, par là même, sa vocation première. La Bible nous enseigne en effet que l’homme n’est pas d’abord défini par son sexe, même s’il est nécessairement masculin ou féminin, mais par sa dimension de créature divine. Il est littéralement en ce sens, et avant toutes chose, image et ressemblance de Dieu (Gn 1,26). Et le texte de la Genèse précise : Alors Dieu créa l’homme. C’est un singulier. À son image, il le créa. C’est toujours au singulier. À l’image de Dieu il le créa. On répète intentionnellement ce singulier. Homme et femme, il les créa. Le pluriel apparaît et l’on ne dit plus que cette caractéristique est en soi image de Dieu.


La leçon est claire et elle vaut pour tout homme. C’est l’être humain, l’Adam-Terrien dans son ensemble qui est image et ressemblance de Dieu et dans son être tout entier qu’il est donc d’essence divine. Or Dieu n’est pas sexué ! Judaïsme, islam et christianisme le proclament d’une voix unanime (à l’encontre des mythologies païennes des polythéismes qui ne sont que des anthropomorphismes).


Il y a donc dans l’état originel quelque chose d’essentiel et de très beau qui rappelle à tout homme cette vocation fondamentale commune à tous. Qui réoriente, comme directement, l’humain vers le divin. En ce sens, la virginité consacrée redit et proclame le primat de l’Esprit et l’absolu de Dieu. La chair est bonne, mais elle ne peut rien, nous dit Jésus. C’est l’Esprit qui vivifie (Jn 6,63). Certes le Verbe s’est fait chair, mais c’est par la puissance du Très Haut (Lc 1,35 ; Jn 1,14). Ainsi le corps est-il pour le Seigneur et le Seigneur pour le corps (1 Co 6,13). La virginité consacrée nous rappelle que, d’ores et déjà, on peut donc glorifier Dieu dans notre corps (6,20). En attendant que Celui qui a ressuscité Jésus... redonne aussi la vie à nos corps mortels par son Esprit qui habite en nous (Rm 8,11). Quelle belle vocation religieuse que celle qui rappelle ainsi à tous les hommes de la terre que nous restons tous «reliés», ontologiquement, dans notre être le plus profond, au Dieu qui nous a façonnés, pour la louange de sa gloire (Ep 1,14) !

2. Pour une raison eschatologique ensuite

L’Alpha rejoint l’Omega. Le Principe annonce la Fin. Ce qui était très bon à l’origine sera plénitude de perfection au terme de la route. Nous comprenons par là à présent le sens si intense et si profond de la parole du Seigneur quand il nous révèle que la virginité consacrée est plus encore en vue du Royaume des cieux (Mt 19,12). Littéralement : «vers» ou encore : «orienté» à ce Royaume d’en-haut. Comment donc bien entendre cela ?


De deux manières semble-t-il : tout d’abord parce que, comme dit Jésus, son Royaume n’est pas de ce monde (Jn 18,36). Mais, dans ce monde, Dieu veut des témoins de l’Autre Monde. Les vierges qui lui sont consacrées sont donc les témoins de ce monde à venir. En vivant de la sorte, ils sont une espérance pour tous les hommes de la terre qui passe, qui habitent dans un corps périssable. Comme des sentinelles dans la nuit, lampe allumée, vierges sages, parmi tant de vierges folles, ils guettent pour tous le retour de l’Époux pour crier au milieu de la nuit : Voici l’Époux qui vient, sortez à sa rencontre (Mt 25,1-12). Veillez donc, leur dit-il, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. Plus que jamais peut-être, notre monde affairé, distrait ou endormi, a besoin de ces veilleurs postés par le Seigneur sur les remparts des mégapoles (Is 62,6).


La virginité consacrée nous rappelle ensuite que, si le Royaume n’est pas d’ici-bas, il est cependant et paradoxalement «déjà là», en nous et au milieu de nous. Car, sachez-le, le Royaume de Dieu est parmi vous (Lc 7,21). Il est si urgent et si important de le redire aussi à ce monde traversé de tant d’épreuves, de doute, de solitude. Au ciel, nous dit Jésus, nous serons comme des anges, c’est-à-dire délivrés de toutes les contraintes du temps et de l’espace, du vieillissement, de la maladie, de la fatigue et de la pesanteur, en un mot de ce qui fait la souffrance de notre condition humaine. Et nous anticipons ce jour en le vivant déjà un peu, comme saint Bernard l’a si bien dit, «à la manière angélique», en le chantant, comme eux, dans nos liturgies.

 

N’est-ce pas une joie pour tout un chacun, gens mariés, non mariés ou consacrés, que de savoir qu’il y a un ciel qui nous attend et que nous sommes tous appelés un jour à ne plus devoir mourir puisque pareils aux anges, nous serons alors pleinement fils de Dieu en étant fils de la résurrection (Lc 20,36) ? Ici-bas, il est donc nécessaire de procréer, si nous voulons subsister, puisque nous sommes tous mortels des suites du péché (Rm 5,12-14). Mais au ciel, ce ne sera plus nécessaire, puisque nous serons rendus à l’éternité en devenant pleinement participants de la nature divine. L’enfantement est pour la terre. L’engendrement est pour le ciel (on y reviendra). La virginité consacrée, anticipant quelque chose de la joie du ciel, le rappelle à la terre.

3. Pour une raison apostolique et pastorale également

L’Évangile n’est pas une Bonne Nouvelle à déguster individuellement et pieusement, mais un message de lumière et de vie à proclamer. Le Christ, témoin fidèle et vrai, appelle à sa suite des témoins également vrais et fidèles. Le malheur à moi si je n’évangélise pas, lancé par l’apôtre Paul (1 Co 9,16), s’adresse à tout chrétien digne de ce nom, depuis le chartreux dans son ermitage jusqu’au missionnaire dans ses tournées de brousse. Qu’importe que l’apostolat passe par le silence et la prière, ou par l’action et la prédication, pourvu qu’il se fasse.


Or cette évangélisation du monde, que ce soit par le témoignage d’une vie au désert ou par le témoignage d’un engagement en plein champ paroissial, appelle d’abord une crédibilité de la part des témoins (2 Co 10,14). C’est ici que parle, et peut-être plus que tout, le signe donné par ce à quoi on a renoncé pour partir annoncer le Royaume de Dieu (Lc 9,60). Telle est la force convaincante du «quitte-tout» évangélique qui peut alors devenir le tout à tous apostolique (1 Co 9,19-23) qui dit déjà un peu, à sa manière, que le Christ, le Premier, veut être tout en tout (Col 3,11).


La vocation consacrée, qu’elle soit monastique ou apostolique, exige en effet toute une disponibilité, tant à l’égard du Seigneur à qui l’on appartient, que des hommes que l’on sert. Comme dit à juste titre l’apôtre Paul : Celui qui est marié a le souci des affaires de ce monde... et je voudrais, moi, vous voir exempt de ces soucis, pour pouvoir porter alors, avec le maximum de liberté, de disponibilité et de paix, ce qu’il appelle aussi le souci de toutes les Églises (1 Co 7,32-35).


La virginité consacrée, ainsi entendue, atteint sa vraie fécondité. C’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus, assure l’apôtre Paul aux fidèles de Galatie (Ga 4,19). Elle fait de celle ou de celui qui la vit dans cet esprit, non seulement un frère, une sœur, mais encore une mère pour le Christ. Une mère du Corps du Christ dont on enfante les membres (1 Co 12). En ne privilégiant aucun amour particulier, on peut se donner à un amour plus universel. Toute une discrétion est assurée par le fait même d’une vie en seul à seul avec Dieu seul. Le rayonnement apostolique et l’efficacité pastorale, le témoignage monastique, jusqu’au vœu de chasteté perpétuelle, n’en sont que plus authentiquement vécus et perçus. L’Église du Christ ne peut donc que tout mettre en œuvre pour maintenir l’appel à une telle vocation dont l’engagement, vécu jusque là, proclame son double amour et de Dieu et des hommes. Porté par la prière qui devient à son tour «l’âme de tout apostolat».


Face à un monde sécularisé, érotisé, matérialisé, comme celui qui nous entoure, il devient peut-être plus nécessaire et urgent que jamais de lui offrir le témoignage perceptible de l’engagement jusqu’à la virginité consacrée. Ce monde attend sans doute plus qu’il n’y paraît que lui soit ainsi redonné ce «supplément d’âme» si cher à Henri Bergson. On connaît le mot fameux de Dostoievski faisant dire à un de ses personnages : «Les moines sauveront la Russie». Peut-être pourrait-on dire, dans la droite ligne de l’Évangile : c’est la virginité consacrée qui sauvera l’Occident paganisé ?

4. Pour une raison spirituelle et mystique enfin

Là est peut-être le plus beau de ce mystère de la virginité consacrée. Cela nous situe en effet au plus profond du paradoxe. On pourrait penser qu’un renoncement aussi radical à avoir femme ou mari, comme nous y invite le Christ, à sa suite, ne peut que conduire à la solitude et à la stérilité. Mais il n’en est rien, tout au contraire !


La virginité consacrée n’est pas la solitude, mais la nuptialité. Elle ne fait pas de ceux et celles qui l’épousent des stériles, mais elle  conduit à la suprême fécondité. Sur les pas de Jésus qui se présente comme l’Époux par excellence.?La vocation à la virginité fait de ceux et celles qui l’embrassent des participants d’une nuptialité déjà commencée ici-bas. On épouse alors bel et bien un état de vie, une communauté, une cellule d’Église et même, si on sait assez s’élargir le cœur aux dimensions de l’Église et du monde, l’Église entière et le monde entier. Il n’y a de limite à l’amour que celle que nous voulons bien lui fixer ! On comprend le cri plein d’enthousiasme de la petite Thérèse à cette découverte intérieure : «Ma vocation, enfin je l’ai trouvée ! Dans l’Église ma mère, je serai l’amour !»


Comme il est bel et bon alors de pouvoir se dire que l’on épouse bel et bien une paroisse, un diocèse, un institut, une fraternité, toute une catholicité. Et, plus particulièrement encore, au-delà de tout sensible et de tout sentimental, que l’on épouse celui qui se déclare en personne comme un Époux pour nous, et va jusqu’à nous donner son corps et son sang. Au point de pouvoir dire qu’il demeure alors en nous et que nous demeurons en lui. On comprend l’enthousiasme de la grande Thérèse cette fois, parlant d’«union transformante». Toute une fécondité, une fois encore, ne peut dès lors que découler de cette union avec le Prince de la Vie.


Mais le plus beau de cette nuptialité est encore celle qui, là-haut, nous attend. En vue du Royaume des cieux, cela signifie en effet en vue des noces éternelles. Car il n’y a qu’une seule vocation au monde pour les hommes que Dieu aime : celle à la nuptialité. Pas seulement une nuptialité spirituelle qui a toutes les limites que l’on voit. Pas seulement une nuptialité charnelle qui a toutes les contraintes que l’on sait. Rien de ce qui est ici-bas ne peut nous conduire à un bonheur de plénitude. Mais si le monde passe, l’éternité advient. Si le vieil homme doit mourir, l’homme nouveau se renouvelle à l’image du Créateur (Ep 2,23 ; Col 3,10). C’est donc la joie indicible et infinie de la nuptialité éternelle qui nous attend.


Voilà l’étonnante découverte de la mystique chrétienne, éclairée par la révélation du Christ appelant ses disciples à vivre virginalement en vue du Royaume des cieux. Les vierges se marient bel et bien. Plus exactement encore, au-delà des épousailles partielles et spirituelles d’ici-bas, il y la promesse du ciel nouveau et de cette terre nouvelle où l’amour habitera. Notre patrie est là-haut. La ville que Dieu nous a préparée est céleste (He 11,16). Et elle est ouverte à tous, mariés, non mariés, consacrés. Pour nous notre patrie se trouve dans les cieux d’où nous attendons ardemment comme sauveur – et comme Époux – le Seigneur Jésus Christ. Il transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu’il a de pouvoir se soumettre tout l’univers (Ph 3,20-21).


Tout avance donc en perspective de ce festin nuptial, promis à quiconque vit dans la fidélité à sa Parole, l’éveil de sa foi et l’authenticité d’une vie d’amour. En regard de ce jour où la Cité sainte, Jérusalem céleste, descendra du ciel de chez Dieu, belle comme une jeune mariée parée pour son Époux (Ap 21,2). Nous comprendrons alors avec tous les saints la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de cet amour du Christ qui surpasse toute connaissance et nous entrerons de toute notre plénitude dans toute la plénitude de Dieu (Ep 3,18-19). Nous saurons alors pourquoi le grand théologien mystique, saint Grégoire de Nazianze a pu oser dire : «La première des vierges, c’est la Trinité».


On n’enfante pas en effet dans la maison de Dieu. Nous y serons comme des anges. Mais on y engendre dans une jubilation infinie de bonheur et d’allégresse !

Agenda liturgique

Bruxelles  Du 26 juin au 22 juillet 2017

HORAIRES DES LITURGIES DU 26 JUIN AU 22 JUILLET

Du mardi 27 juin au vendredi 30 juin: laudes (7h); OMJ (12h30) et vêpres-messe (18h)

Samedi 1er juillet: laudes (8h); messe (12h30); vêpres (18h30)

Dimanche 2 juillet: laude (8h) et messe (11h30). Pas de vêpres

Du mardi 4 au mercredi 5 juillet: pas de liturgie

Du jeudi 6 au samedi 8 juillet: horaires habituels (laude-OMJ et vêpres-messe)

Dimanche 9 juillet: laude (8h) et messe (11h30). Pas de vêpres

Du mardi 11 au vendredi 14 juillet: laudes (7h) et OMJ (12h30). Pas de vêpres ni de messe

Samedi 15 juillet: laudes (8h) et messe (12h30). Pas de vêpres

Dimanche 16 juillet: laudes (8h) et messe (11h30). Pas de vêpres

Du mardi 18 au vendredi 21 juillet: laudes (7h) et OMJ (12h30). Pas de vêpres

Samedi 22 juillet: laudes (8h) et messe (12h30). Pas de vêpres


Strasbourg  Du 11 au 16 juillet 2017

Stage d'iconographie : initiation

Stage d'initiation à l'iconographie se déroulant au rythme de la vie monastique, avec sr Ikuko, iconographe. Participation libre aux offices. Stage destiné aux personnes n'ayant jamais pratiqué l'iconographie. 

 

Horaire : 08h45

Lieu : Salle Sainte Odile

Prix :

 220 Euros (animation) et 40 Euros (matériel)<

Contact


Cologne  Du 30 juillet au 31 août 2017

Keine Liturgie im August

Da sich unsere Gemeinschaften im August in Exerzitien befinden, wird es in der Zeit von Sonntag, 30. Juli ab der Vesper, bis einschließlich Donnerstag, 31. August, keine Gebetszeiten und Gottesdienste in Groß Sankt Martin geben. Ab September halten wir unsere Gebetszeiten wieder wie gewohnt.

 

Die letzte Gebetszeit vor der Abreise am Sonntag, 30. Juli:

11.00 Uhr Heilige Messe

 

Die Kiche bleibt von Dienstag bis Sonntag am Nachmittag von 14.00 -17.00 Uhr für das stille Gebet und zur Besichtigung geöffnet.

 

Wir bedanken uns für Ihr Verständnis und bleiben mit Ihnen im Gebet verbunden.

Die Schwestern und Brüder von Jerusalem


Strasbourg  Du 1er au 31 août 2017

Absence des Fraternités au mois d'août

Les frères et sœurs des Fraternités Monastiques de Jérusalem seront absents du mardi1er au jeudi 31 août 2017. Les liturgies reprendront à Saint-Jean le vendredi 1er septembre avec le chant des laudes à 7h. 

 

Au cours du mois d'août, il vous est possible de participer à la messe paroissiale célébrée à 17h30 à Saint-Jean le dimanche ainsi que le lundi 15 août.

Lieu : Église Saint-Jean-Baptiste


Mont-Saint-Michel  Le 5 août 2017

Fête de la Transfiguration

Vigiles : RDV à l'entrée de l'abbaye à 20h30

Attention, plan VIGIPIRATE : les valises, les sacs à dos et objets coupants ne sont pas autorisés dans l'abbaye.